CLXXVII.— A Monsieur le Maitre
Sur la m;iiiiéie humble el dnc-leavec laquelle il avail reçu raveilisseiiifiil qu'elle lui avail duoné.
2 avril 1653.
Mon très-cher frère, Je \ois bien que je me suis méprise en vous accusant d'avoir excédé où il n'y avoit pas sujet de le croire. Mai? je vous dirai mon intention ; je crus que ce n'eloit qu'un éclianlilloii de ce que vous seriez capable de faire de vive voix, et je crus devoir jtrévenir cette effusion de charité qui auroit été trop rem j>lie d'onction ; el j'ose vous dire qu'un peu de sécheresse sans dureté pourtant, sans indifférence et sans mépris, seroit plus pardonnable que ces grcinds épanchcniensque je m'élois fi-jurés. Je ne me repens pas néanmoins, mon très-chei- neveu, de ma poiutillerie, puis(|u'elle a servi à me faire coimoilre votre docilité el votie bonté, (}ue je croyois bien être grandes envers le père et la mère, mais je ne pensois pas (pi'elles s'étendissent jus(|u"à ma petitesse.
Que ce mesl un avanlafj:e de vous avoir humilié, afin d'apprendre à aimer l'humiliation à votre exemple !
Connue Dieu fait tout pour ses élus, il |iermet aussi pour leur bien loiil ce (jui ariive de mal. Que si nous osons espérer être de ce nombre, nous devons prendre comme un préservatif tout le blâme qu'on nous doime. Vous avez été très-ponctuel à lever une des accusations (|uon nous donne, qui est de ne tenir pas sa parole, en nous renvoyant si promptemenl les papieis, Cl' «pii étoit le premier chef de votre petite lettre. I.e second étoit fou<lé sur ce (ju'on dit (|ue h'S .Vrnauld n'estiment (|u'eux-mcmes et qu'ils sont admirateurs les uns des autres. Vous avez encore n-paré ce (h';faut en nous assurant par vous el par votre avocate' <jue vous ne voulez point estimer la personne dont il s'agit (ma sœuv Augéli(|iie de Saiul-Jeau d'.Vndilly) pour ses qualités naturelles, el (jue votre charité sera discrète el sage pour ne la |»as produire plus (ju'il ne faut.
J'ai devoli«»ii a ce verset: Domine itntr le omur dcsiderium
I La sœur Marie-Uorolliée de rhicarnatiun Le Cuiile.
^56 LETTRES Dli LA MEllE AGNÈS.
meum, et je dis de même : Seigneur, toutes mes affections sont devant \ous pour les régler comme il vous plaira. Ce n'est pas^mon cher frère, que je veuille dimiuuerl'inclination que vous avez pourN., car certes elle le mérite bien en toute façon, mais elle sera plus forte et plus solide quand elle se répandra moins au dehors.
Tout ceci est superflu puisque vous avez déjà tout ce que je vous désire et à quoi je vous exhorte. Mais j'ai cru ne devoir point répondre si succinctement à une si longue et si bonne lettre comme la vôtre. Je vous dirai encore pour conclusion que je ne prétends pas répandre de Thuile sur votre tête en vous donnant des louanges, puisque vous n'avez aucune part à celle que je vous donne d'être humble et doux, n'y ayant que Dieu qui arrête votre orgueil et votre fierté naturelle, comme vous le reconnoissez fort bien. Pour moi j'aurois bien sujet de me plaindre de tout ce que vous me dites d'avantageux, mais il ne faut pas toujours tancer, encore qu'on ait affaire à un esprit si docile qu'il le veut bien toujours souffrir. Priez Dieu pour moi, mon cher neveu, en suite du sermon où vous aurez bien pleuré, et ce sera de l'eau-de-vie qui allumera le feu dans votre méditation.
CLXXVIII. — A la sœur Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte.
Au sujet de M. Antoine le Miiilre; elle la remercie de s'être rendue son avocat.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremenl ! Vendredi matin (4 avril) 1633.
Ma très-chère sœur, Je vous sais bon gré et je vous remercie de tout mon cœur, de vous être rendue l'avocate de frère Antoine'. Vous avez eu à défendre une bonne cause, car certes je vois bien (ju il est innocent de la chose dont je lui avois écrit. Quand sa faute auroit été grande, il l'auroit réparée par sa lettre qui est si bonne et si humble (jue rien plus, et ce qu'il vous a dit encore, qu'il aimeroil moins N.^ que la
' Antoine le Maitre.
- La sœur Angélique deSaiiU-Jean.