CLXXXV. — A LA SiEl R MARlE-nOROTHÉE DE L'iNCARNATION. 2G
Je récrirai à ma sœur Marie-Aujiustiiic ; les enfans sont mauvais pro|ilu'tes, car nous nous atlendojis bien de faire sa fête au bout des trois ans : il n'y en a point encore eu qu'on ail avancées (lue celles d'bier, mais le privilégiée nepouvoit pas être donné à pas une qui le mériiàt mieux. Je suis toute à vous, ma très-chère sœur.
CLXXXV. — A la sœur Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte.
Sur divers sujets.
4 juillet (1653).
Ma très-chère sœur. Il m'a larde de ne pouvoir vous écrire plus tôt pourvous ùlerlopinion (pie voiisavez cpie je soulVic de la douleur, ce qui n'est |)ointdu tout, mon onjj^Ie n'ayant point été ariaché parce <iu'il tomboil de rui-mèuie, et on a un peu avancé sou décès en le levant avec une petite spatule, parce qu'il enirelenoit de la boue dessous. Depuis (pTil est ôlé, il ne laisse pas de jeter et d'être un peu dur par le bout, ce qui fait croire qu'il y a encore de la maliète. Mais un sujet digue de j,'rande couq)assion, c'est celui de ma mvuv .Maiie-.Madcleiue de Saint-Augusliu ', qui est revenu au bout de sept ou huit mois (|u'on lui arracha, et on lui mit hier un appareil (|ui lui fait des m;m\ iMSU|)p(jrtables. La pauvie tille a bien bisoin de vos prières et de celles de nos sœurs, alin que Dieu la soutienne, car il est besoin d'un secours extraordinaire en ces fâcheuses rencontres.
Madame d'AuuKuil nous ii témoigné la même satisfaction a son retour (|ue vous avez reconnue pendant (lu'elle a été avec vous. Klle ne m'a l'ail aucune menliou de rt-nlrelicn ()ue vous ave/ eu ensemble, parce (prcllc sait bien (juc j eu lircidis avantage, je veux dire de la di>posilion d'espi il où vous êtes, et (pie je lui lepréseute (|Ui'l(|U('fois pour désirer en (ïlle un pareil cbaiigcmciil (pie celui (|ue Ihcu a lait en vous. Je ne saison elle |>rend (|ir<iii vous laisse a cause des Messieurs : j»î crois (|ue c'est ce (pie Ton ccuisidere le moins. Il faut toujours se décharger sur (piebpi'iiu. Pour mon sujet, ma chère sirur,
' Siiiir M;irif-.M:iilelt'ine ilc Sainl-AuKii^li» Kenridildl. I-llie est mûrie )«• 10 :i\ril |(i..7.
2(i8 LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
je ne clouterai jamais de votre affection à mon égard, et il faut que c'ait été en riant et non pas tout à bon, que je vous aie dit que vous ne me connoissiez plus, car je suis très-éloignée de cette pensée; je croirois plutôt que vous excédez en reconnoissance, et quand vous en auriez la moitié moins, je m'estimerois bien récompensée. Vous m'avez fait rire en me disant que vous vous êtes bien trouvée d'avoir été à confesse à M. Singlin; c'est de quoi je ne doute point, quoique je n'en fasse presque plus l'expérience, y ayant plus de trois mois que je n'ai été (à confesse) a lui. Je me veux représenter que j'y ai été et qu'il m'a donné les mêmes conseils qu'à vous, car c'est de quoi j'ai très-grand besoin.
J'ai été bien réjouie des bonnes nouvelles que madame d'Aumont nous a dites de madenioisellede Bonœil, et que vous nous confirmez par votre lettre. Je vous supplie de l'assurer de mon service très-humble, et que je l'aime fort chèrement; j'ai grand'pilié des maux qu'on lui a faits; Dieu lui gardoit cette pénitence quand elle seroit plus forte pour la soutenir.
Je suis métamorphosée au regard de ma sœur Marie-Angélique de Saint-Paul; elle ne me regarde plus comme un loup, soit que j'en aie perdu les qualités , ou que ses yeux soient changés en des yeux de colombe ; il reste à désirer qu'elle en ait aussi le cœur, car il est vrai en elle ce que dit saint Paul : Ce qui est charnel (c'est-à-dire en apparence) est le premier. H faut espérer que le spirituel et le sincère viendront après.
L'on ne nous a encore rien dit sur le sujet de vos nièces; nous n'avons garde de lâcher le pied, ayant sujet de croire que J.-C. nous les a données, et que c'est une espèce de démon qui les veut ôter. Nannette est bonne enfant, un peu grondeuse; la petite est encore folichon.
Je suis toute à vous, ma très-chère sœur, et à ma sœur Angélique '. J'embrasse ma sœur Charlotte * avec la permission de notre Mère ^
* Sœur Angélique de Saint-Jean.
' Sœur Marie-Charlotte de Sainte-Claire.
3 La mère Angélique.