CI.XXXVII — A MADEMOISELLE PEKDREAL
fait Ions les biens du nioiide a lame (jiiaïul on le prend comme il faut, [luisijuon sait [lar la foi les promesses de Dieu, (ju'en même lemjis que notre mère sort, Dieu entre pour remplir le vide qu'elle fait. L'on nous eontirme tous les jours (jue la reine viendra dimauclie; ce sera vraiment la Susception de la Croix ; celle dont nous faisons loflice peut sanelilier celle-là. et en elle et en nous, encore quil y ait plus a craindre qu'aesjiérer ce bon cifet.
CLXXXVII.— A Mademoiselle Perdreau, à Amboise.
Elle lui (onM-ille de ne se puiiu iiu|iiit'ter, el de se disposer à rentrer à Porl-Rityal avec plus d'assurance. Klle lui donne avis au sujet de ses fautes, et de la sainte cummuiiion
{Commencement d'août 1653.)
Ma très-cbère sœur, je vous conseille de ne vous mettre en aucune peine de la bulle ', non plus (|u<.> nous qui n'en sommes point (lu tout in(|uiétées; nous condamnons ce qu'elle condamne, sans savoir ce (jue c'est; mais c'est assez de savoir que c'est le pape (|ui l'a envoyée, et qu'en qualité de tilles de l'Église, nous sonmies obligéi;s de révenr tous les décrets du Saiut-Siége*. Dieu a voulu (|ue vous ayez rencontré celte petite persécution pour vous faire encore [)lus désirer de rentrer au port, où l'on est exempt de ces orages, car nous sommes dans la même tran«|uillité où vous nous avez laissées. J'espère que tout cela servira à vous faire rentrer d'une manière toute ditl'érente de la première, où vous avez |)aru comme emprimtée, au lieu tpie vous serez libre et assurée comme une tille de la mai.son. Si ce n'est (|ue Dieu ne vous V(!iiille pas si tôt délivrer de votre timidité, poiu* vous faire soullrir cette peine. 11 sidlit (jue dans le fond du cœm' vous
• La liulle du pape binocenl X, «lu nmis de m:ii Ifi.");), contre les cinq fameuses pioposilinns attriliures à Jaiisi'uins.
> Ce passade est une |»reuve «'nlrc nidii- dr* la docilité des religieuses de l'url-ltoyal. Lors(]ue dans la suili- on voulut les oliliger à signer que les cinq pr(>|>osili»)ns étaient ilaii> V .Xnijn'iliitus, ce qu'on a appelé la <picslion de lail, cIli'N s'v refusèrent |tar un ellet de la délicaU'sse de leur conscience, «lui ne Ic'iii permettait pas, dans l'ignorance oii elles étaient, de jurer sur I Kvan^ile que tes propositions étaient dau> un livre latin qu'elles n'avaient jamais lu.
soyez affectionnée au lieu oîi Dieu vous appelle, el aux personnes auxquelles il vous a unie ; el c'est de quoi je ne doute point par les témoignages que vous nous en rendez, et je les lis dans votre disposition encore |)lus que dans votre lettre. Ne doutez point, ma chère sœur, que Dieu ne vous considère comme si vous étiez effectivement dans les observances de la religion, puisque vous y avez le cœur. C'est ce qui vous doit faire avoir moins de scrupule des fautes que vous faites par dissipation, et non par attache ni au lieu, ni aux affaires dont vous vous occupez. Je ne vous conseille pas de vous priver de la sainte communion pour des clioses semblables; au moins ne devez- vous pas être plus de huit jours sans le faire. Pourvu qu'une âme soit dans la santé, le pain du ciel et des anges est toute sa force. C'est cette mauducation sainte qui rappellera votre âme au dedans d'elle-même, et la défendra des distractions et des égaremens oîi l'on se laisse aller insensiblement dans le commerce du monde.
Notre mère est ici depuis jeudi '; elle vous salue et vous mande d'avoir bon courage et de ne vous étonner de rien. Nos sœurs du noviciat vous embrassent, et vous convient de revenir bientôt. Je crois que vous trouverez deux postulantes novices, mais je vous les laisse à deviner sans vous les nommer, sinon que si vous eussiez été ici vous auriez été la troisième. Mais préparez-vous à n'être plus effrayée ni interdite, afin que vous soyez des premières novices ajtrès celles-là. Assurez-vous, ma chère sœur, (jue je suis à vous de tout mon cœur.
Sœur Agnès, R. ind.
CLXXXVIII.— A Madame d'Aumont (à Port-Royal-des-Champs).
Au sujet d'un pèlerinage que ceUe dame avait entrepris.
(9 août 1653.)
Ma très-chère sœur, J'apprends que vous êtes arrivée fort lard et fort lasse, et vous n'êtes qu'au connnencement des fatigues de votre voyage. S'il n'avait été entrepris que pour la
« La mère Angéliiiue. Elle retourna à Poi t-Rojal-des-Ctiamps le 24 uovenilue suivant.
CLXXXVIII. — A MADAME iV AI MONT, i73
fin que vous voulez qu'on croie, j'y aurois regret, n'étant pas assez fervenlc pour consentir que vous fissiez un pèlerinage avec tant de peine. Mais Dieu, qui sait pourquoi vous allez, vous tiendra com|)te de tout ce qu'il vous en coûtera de travail, et vous dira (par quelque grâce nouvelle) : J'élois prisonnier, et vous êtes venue à moi. Puissiez-vous revenir, ma très-clière sœur, avec la même santé que vous nous avez quittée, et avec la satisfaction d'avoir obtenu ce que vous désiriez il y a longtemps. C'est en ces sortes de faveurs de Dieu que consiste le centuple qu'il a promis à ceux qui le suivent. Je crois que vous jwurrez dire à peu |»rés dans vos allées et vos venues, par un tel tem|)S, les paroles qu'on attribue à saint Laurent : « Mou âme adhère à vous, Seigneur, parce (jue ma « cliair e>[ (juasi brûlée [)0ur l'amour de vous. » Ce sera autant de rabattu pour le purgatoire, comme dit ma sœur Marie de Saint-Ignace '. Je vous supplie très-humblement de rendre mes devoirs à saint Laurent, sous la protection duquel nous avons été près de vingt ans, afin qu'il m'obtienne la grâce que vous me trouviez meilleure (jue vous ne m'avez laissée. Faiteslui, s'il vous plaît, mes excuses d'avoir pris, dès le matin, un bouillon tel (pie vous savez, que j'avoue (jui étoit tel (jue mérite la maladie de mon âme, que Dieu veut guérir par de tels remèdes, jjarce que de plus doux ne suffisent pas. Je fais mon jiossiblc poiu' rendre mon visage serein et pour oin<lre lua tète d'iiuile de joie lorscjuc je jeûne de la sorte. Et, eu elfet, il y a de (|uoi se réjouir de n'avoir point à combattre la vaine gloire dans une sorte de vie aussi i»éuiteute (ju'est la mienne. Je iircn vais faire mou troisième repas, (|ui sera achevé avant qu'il soit l'heure de commencer le premier.
Adieu, ma très-chère Sd'ur; nous >ous oublierons moins devant lui ipie ;-i vous étiez présente, parce (pie c'est le seul devoii' (pii nous reste, et (|ue nous ne voulons pas tomber diuis celle punition (pii seioil trop juste : Adhcreat linyna nu a fauribus //ir/.s, si ni)n miniinrro lui.
Noire mère' vous salue très-humblement, et tout le (juarlier qui vit sous l'ombre de vos ailes.
' Sd'ur Poijgiii, ciiiivurbi'.
* La mère AngO'litiue.
.274 LETIUES UK LA MÈUE AGNÈS.