CLXXXIX.— A Madame d'Aumont
Sur divers sujets.
(11 août 1653.)
Ma très-chère sœur, Vous êtes riche et nous pauvres, car vous avez entendu un beau sermon *, et nous rien que la légende, qui ne dit pas trop bien ce qu'elle veut dire. J'ai eu recours aux miettes que vous m'envoyâtes il y a deux ans, dont j'ai nourri mon àme; c'étoit de la victoire des passions qui nous doit tenir lieu de martyre. J'espère que vous nous garderez une petite retenue de celui-ci, qui nous suffira si nous sommes spirituelles, comme une goutte d'eau désaltère un oiseau, et il en faut un seau aux animaux de la terre.
Je viens de rencontrer une image du mystère d'aujourd'hui^, je me suis souvenue que vous vouliez de l'écriture au dos, c'est pourquoi je n'ai osé vous renvoyer toute nue. Il y a deux objets bien différens : le premier, d'une douceur, d'une bonté et d'une patience infinie, et l'autre, d'une rage et d'une cruauté épouvantable. C'est le portrait de tous les pécheurs quand ils agissent selon leurs passions enragées. Que cela est horrible, que la furie de nos mauvais désirs ont formé une couronne d'épines à Jésus-Christ, au lieu qu'une volonté flexible et soumise à la sienne et un cœur humble guérit ses plaies. Demandez-lui pardon pour moi, ma très-chère sœur, et je le ferai pour vous, de ce que nous sommes coupables j3e ce qu'il souffre.
Je me porte bien, Dieu merci.. Je me suis réjouie à mon réveil d'avoir à vous mander que j'avois dormi huit heures de suite. Vous trouverez notre noviciat augmenté d'une personne et diminué d'une autre. Ma sœur de BuzenvaP y entra hier, et mademoiselle Bertrand en sort aujourd'hui; elle reviendra
1 Le jour de saint Laurent, 10 août.
2 11 août, fêle de la Susception de la sainte Couronne d'épines de Nolre- Seiiçneur.
3 La sœur Madeleine de Sainle-Agallie Clioart de Buzenval. Elle prit riiabil de novice l'année suivante, le 6 août 1651, et fit profession le 22 août 1655. Elle est morte le 24 avril 1692.