‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 217 sur 247 · CXCIII.— A la sœur Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte · texte numérisé non relu

CXCIII.— A la sœur Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte

Sur la confiance el la soumission avec lesquelles elle devait représenter à la mère Angélique ce qu'elle croyait être utile ou nuisible.

23 août (1633).

Ma très-chère sœur, Je suis touchée de la peine que vous avez eue de ce qui s'est passé touchant l'équivoque de ma sœur Anne de Saint-Augustin '\ Je comprends bien que cela vient de ce que vous voulez vous rendre à tout, et ne point contrarier du tout; et quand il arrive qu'il y a lieu de vous en soupçonner, cela vous trouble, croyant donner de la peine ou de la contrainte à notre mère*. C'est l'effet d'un esprit docile et honnête, comme dit la règle, mais il y a de l'excès en cela;

• Marie de Sainte-Thérèse CoUard.

2 Le docteur Antoine Arnauld.

3 Sœur Anne-Gertrude de Saint-Augustin Garnier.

* La mère Angélique, alors abbesse de Port-Royal.

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car quel malheur est-ce que notre mère reçoive cela avec humilité? nous nous en devons édifier et en profiter, et non pas nous en fâcher. Et si c'étoit une autre qui eût fait la même chose, vous n'en seriez poiut incjuiétée ; ce qui montre (jue l'amour- propre y a grande part. Il me semble que l'obéissance d'une personne qu'on emploie à servir la communauté, au regard de la discipline de la maison, n'est pas comme celle d'une autre qui est particulière. On peut discerner les choses, et représenter ce qu'on croit être nuisible ou utile, et prendre pour cela les meilleures voies, ou en le disant soi-même, ou en le faisant dire par d'autres. Et si la chose eût été comme vous l'avez crue, vous eussiez dû faire ce que vous n'avez pas fait, ou d'écrire vous-même, ou de faire dire par M. de la Place que cette sœur étoit pénible aux autres étant là, ce qui n'est pas ici ' ; car si cela étoit égal , il y auroit moins de sujet de s'en vouloir exempter, mais vous jugez fort bien qu'elle est mieux ici |tour elle-même étant j)lus assujettie. Quand il fut question de délibérer sur son retour, je m'y opposai de tout mon pouvoir, croyant qu'elle s'en prévaudroit fort, et se croiroit nécessaire. Je voyois bien que cela donnoit peine à notre mère, ce qui m'en faisoit aussi ; mais la connoissance (jue j'ai de sa soumission à M. Singlin qui étoit de mon côté, me le flt entreprendre ; et elle s'y rendit avec une douceur merveilleuse, dont l'Ile ne nous donueroit pas l'exemple, si on n'osoit jamais rien dire contre ses senlimens : et cela ne s'appelle pas contrariété, mais plutôt liberté et confiance de représenter à une su|>érieiire ce (jue l'on croit être le meilleur, avec intention de se soumettre ace (|u''.lle voudra en ordonner. Ce (pie vous dites (|ue vous ne vous regardez pas connue permanente dans la charge, ne me plaît pas non plus, parce (jue cela signifie quebjue chose qui n'est pas bon. Quand vous n'auriez à y être qu'un mois, vous devriez agir comme si ce devoit être pour toute votre vie. C'est votre fâcherie qui vous a fait dire cela, parce (\\w. vous ne voulez point vous bn»uiller. Il Faut le vouloir bien cpiand cela se rencontre. Ces sortes de brouilleries (jui ne viennent point d'opposition aux sentimens, mais seulement

« A Paris.

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