‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 232 sur 247 · CCVII.— A Mademoiselle Perdreau, à Amboise · texte numérisé non relu

CCVII.— A Mademoiselle Perdreau, à Amboise

Elle lui témoigne sa charité, et la rassure au sujet de sa timidité naturelle- Elle lui donne quelques nouvelles de Port-Royal.

De Port-Royal, 22 novembre (1 633).

Ma très-chère sœur, Je ne sais comme vous pouvez avoir de la retenue à nous écrire, ne pouvant douter que nous n'ayons de la consolation de recevoir vos lettres, après les assurances que je vous ai données tant de fois, que nous vous regardons comme une de nos chères sœurs, à qui nous ne sommes pas moins unies dans votre éloignement, que si vous étiez encore avec nous. Ce sera M. Singlin qui vous déterminera pour votre retour, et si cela dépendoit de moi et qu'il ne falKit pas avoir égard à des choses à quoi je n'entends rien', je vous dirois de prendre des ailes comme une colombe pour voler et vous reposer dans ce port.

Vous m'avez fait peur, ma chère sœur, de me dire que vous vous trouviez comme sur le bord du précipice; mais j'ai eu envie de rire de ce que vous expliquez que ce grand péril c'est l'appréhension de vous trouver dans le même étonnement à votre retour où vous avez été la première fois. C'est à quoi je m'attends aussi bien que vous; mais je ne m'en étonnerai point, sachant bien qu'on ne peut |)as changer son naturel, et que ce n'est pas un vice d'être timide en la manière que vous l'êtes, au lieu qu'il y a grand danger d'être fort assurée, parce que cela ne se trouve guère dans une novice sans présomption. C'est un avantage que d'avoir atTaire à des personnes craintives, parce qu'il n'y a rien à faire qu'à les encourager, qui est une chose plus facile et plus agréable que d'avoir à rabattre celles qui s'élèvent trop. Consolez-vous donc, ma chère sœur, d'avoir un défaut qui n'est pas des pires, et qui ne vous empêchera pas d être du nombre de ceux à qui le Fils de Dieu dit dans l'Evangile: Ne craignez pas, petit troupeau, car il a plu à voire Père de vous donner un royaume.

* Ces choses auxquelles il fallait avoir égard étaient quelques biens que Mlle Perdreau avait à partager avec son frère.

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