‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 233 sur 247 · CCVII. — A MADEMOISELLE PERDREAU · texte numérisé non relu

CCVII. — A MADEMOISELLE PERDREAU

Ces première? paroles, ne craignez point, témoi'tînenl que ces âmes choisiLS de Dieu éloient dans letonnement et la crainle. Prenez cette consolation |>otir vous, ma très-clière sœur , et dites-vous à vous-même: Pourquoi è(es-vous triste, mon âme et pourquoi me troublez-vous? espérez en Dieu, car je le confesserai encore. Je retournerai d'où je suis sortie, et je redoublerai mes actions de grâces de ce que Dieu aura renouvelé sa miséricorde sur moi.

Je ne mamiuerai i)as de vous recommander aux prières de vos sœurs du noviciat. Il y a deux novices nouvelles de dimanche dernier ' qui sont ma sœur Marie deSainle-Luce et ma sœur Aune-Cécile-. Notre mère a eu votre lettre fort a'^éable mais elle n'a pu vous répondre, parce qu'elle est sur son départ pour P. R. des Champs^. Nous y avons fait un voyajj^e de six semaines avec madame d'Auuiont, et il n'auroit j)as tenu à elle ni a moi qu'il neùt ele plus long, tant ce lieu est agréable pour sa solitude, et pour je ne sais quel esprit de religion qu'on y goûte avec une trant|uillité merveilleuse. Nous avons laissé soixante-quinze personnes, cl nous en avons retrouvé ici plus de cent quinze, car il eu est entré six pendant que nous n'v avons pas été, tout cela sans préjudice de votre jdace (jui ne sera point remplie que de vous-même, quand vous tarderiez encore autant (jue vous avez fait, ce que je ne crois pas pourtant. Ma su'ur Marie-Angéliciue de Sainle-Tliérèse* a été fort malade et elle l'est encore; je vous sujqjlie de comiminier a son intention le jour de sainte Luce qui est le joui- (ju elle a reçu riiabil rannée passée. Nous avons une sœur ancienne qui est toute moiuante, je vous la recommande aussi et toute la maison, dont vous êtes un membre. Je m'assure, ma chère sœur, que >ous ne m'oubliez pas en particulier, connue celle

« 16 iioveiiilire.

* Sœur Anne île S;iiiile-Cécile Boicervuisc. Klle esl iiiorle le H iiuvemtjrc 1709, j l'ii^r. (Jf so JUS.

* La iiicre Aii^éii(|ueullu à l'url-Kuyal-(Jes-(Jliuiii|)s le lundi, ii novembre l'jij. A hon prcuiitT (liu|)iiie, elli" ftultiil itrieure de ceUe iiiai>on la ba'ur Mane-DuioUice de I'IcicuiiujIiou Le Coule , >ous-|)rieure, la suur Au^;éli<|ue de Suiul-Jeuu, el secundo suus-|irieure, la su-ur Agucs de Saiule- Tlietli- H..ciue.

* Lile avail re<.u l'Iubil de nu>icelc li décembre \boi.

302 LETTlltS DE LA MÈKE AG>ÈS.

qui devroit être la plus avancée dans la voie de Dieu, afin d'y conduire les autres; mais il y a beaucoup à dire que cela ne soit; j'ose dire seulement que Dieu me donne le désir de servir les âmes qu'il me met entre les mains, pourvu qu'il me donne sa grâce pour cela. Je suis en lui, ma très-chère sœur, entièrement à vous, et votre très-humble servante.

Sœur Agnès, R. indigne.

Notre mère vous salue de tout son cœur et vous assure qu'Ole vous tient pour sa fille, et qu'elle espère que vous le serez bientôt.

Souvenez-vous, ma chère sœur, que nous n'usons point de ces termes de Révérende et de ces grands espaces de papier; cela tient du monde et non de la religion, où tout doit être dans la simplicité.

CCVIII. — A la sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld

d'Andilly.

Elle l'exhorte à offrir à Dieu ses souflrances. — 11 n'y a rien de si petit dans l'ordre de la grâce qui ne nous puisse conduire au royaume du ciel.

Vers novembre 1653.

Comment vous portez-vous, ma pauvre sœur? Je crois que c'est toujours fort mal, car vos maux ne sont pas pour passer bientôt comme les miens qui n'ont été que la peinture des vôtres. Souvenez-vous, ma chère-fille, que le signe de la croix est le signe du chrétien, et que par ce signe, quand il est employé avec foi, on attire la grâce en son âme. Que si le seul signe des souffrances du Fils de Dieu a tant de force, la conformité avec lui en souffrant de bon cœur pour son amour vous sera bien plus profitable. Tâchez, ma chère sœur, devons souvenir de cela quelquefois, et de vous offrir à Dieu en l'état où vous êtes, sans désirer autre chose. Le signe de la guérison du paralytique de l'Évangile fut de sortir de son lit et de le porter ; et le signe de la guérison de votre âme ce sera d'adhérer a un lit, et de n'en point sortir plus tôt qu'il ne faudra; car si tôt que vous sentez votre cœur, on ne vous sauroit plus tenir, et ces avances vous font souvent bien du tort, et sont des effets d'un principe que je n'oserois nommer. Renoncez-y,

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