CCVIII. — A LA Sitl R MAKlE-AN(.ÉLiyrE DE S"-THÉRKSE. .JO'J
ma chère sœur, afin qu'il ne gale point le mérite de ce cjue vous souffrez, qui pourra expier toutes vos fautes, pourvu que vous soyez docile en toutes choses, et (|ue vous édifiiez dans votre cœur cet autel (jue M. Sitii^^lin dit hier aux novices qu'elks dévoient hâtir dans elles-mêmes, pour s'y otîrir en hostie vivante, sainte et agréable à Dieu ; et ce hàlinient et cette oblation se fait par un seul souvenir qun Dieu est dans vous, et qu'il ne se faut pas présenter devant lui les mains vides. Prenez donc tous vos maux et lui en faites un sacrifice, en voulant bien les soutlVir puisqu'il vous les envoie; et encore que ce ne soit pas avec une volonté si [)leine et si parfaite qu'elle pourroit èlre, ne laissez pas de lui donner votre consentement, afin qu'il dispose de vous comme il lui plaît. H y a dans l'Évangile : Je crois, Scif/neui'y mais aidez à mon peu de rolunlé. Notre-Seigneur dit dans l'Évangile (jue le royaume des deux ressemble à un grain de moutarde, pour nous apprendre (ju'il n'y a rien si pelil dans l'ordre de la grâce qui ne nous puisse conduire au royaume du ciel, parce que (|uand Dieu a jeté une semence dans notre cœur, encore (ju'elle soit lrés-peli(e, pourvu qu'on ail soin de la eulliver en la lui exposant, il la fait croître et nous donne par elle tout le reste dont nous avons besoin , comme il est dit que ce pelil grain de moiilarde devint nu grand arbre. Je veux conclure, ma chère SQ'ur, qu'il se tant cnntenlei' de ce (|ue Dieu donne, et tâcher de le faire valoir, sans se décourager de ce que c'est peu de chose, [tarce (|ue ce sera toujours assez, pourvu «|u'onen use bien.
Je ne pourrai vous voir que vendredi, le temps me semblera bien long jus(pie-la, car je vondrois bien pouvoir vous consoler plu> souvent. Je revins hier avec confusion de ne vous avoir rien dit (pii vous fût utile; je prierai Dieu une autre fois «pTil me donne (piehpie bonne parole poui' vous fortifier.
CCIX.— Ala sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld d'Andilly.
11 faut soigner les maladies de noire âme , dans la vue de lui procurer une santé éternelle.
Vers novembre 1653.
Je serai bien fâchée, ma très- chère sœur, si ce petit grain vous a fait du mal, ne pouvant croire qu'il fût si bigarré que de faire tant de bien aux unes pour maltraiter les autres; si ce n'est qu'il faille dire que ce sera à vous qu'il aura bien fait, en ajoutant un diamant à la couronne de votre patience; et il m'aura fait torl si la santé qu'il m'a rendue ne me sert pour mortifier mon esprit, puisqu'il faut toujours souffrir ou dans le corps ou dans l'âme, qui ne guérit point durant cette vie, c'est pourquoi on a toujours bien des affaires à la traiter. Il lui faut souvent donner de la nourriture qu'elle n'aime point, parce qu'elle est toujours dégoûtée des choses bonnes et saintes pendant qu'elle est malade. Il la faut aussi saigner quelquefois, en lui retranchant une partie des choses en quoi elle prend vie, et c'est lors qu'on lui fait beaucoup de plaies dont elle ressent bien de la douleur. Enfin on tâche de lui donner une petite drogue spirituelle pour guérir son mal de tête spirituel, et cette drogue s'appelle l'oraison et la contemplation, pour la faire reposer en Dieu et pour guérir les agitations de son amour-proi)re.
Mais il se rencontre en même temps qu'il faut couvrir la maison qui n'est pas encore achevée, ce qui empêche son repos et par conséquent son soulagement; c'est pourquoi il ne reste plus qu'un remède qui est de vouloir bien être malade; car il ne faut pas faire tous ces remèdes spirituels afin de guérir son âme et de n'avoir plus rien à faire, car ce seroit un amour-propre; mais il les faut faire pour nous procurer une santé éternelle, espérant en Dieu qu'il nous guérira tôt ou tard, pourvu que nous n'ayons pas négligé les remèdes de la pénitence.
CtX. — A LA S(tl K MAUlE-AXiÉLlyLE DE îsAINTE THÉRÈSE. 305
CCX.— A la sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld d'Andilly.
Les seiilimenls d'action de grâces et de confiance en Dieu doivenl accompai^ner l'uveu du peu de profil que l'on fait de la grâce de Dieu.
Vers le 15 ih'cembre 1653.
J'élois hier tort loible (juand je reçus votre billet, ma trèschère fille, c'est ce qui m'empêcha de vous témoigner la satisfaction que j'avois de ce (jue vous avez écrit à M. Sini^lin, et de ce que vous l'ave/ fait dans luie véritable reconnoissance de votre état. Il me semble néarunoins, qu'encore que vous ayez raison de reconnoîlie (jue vous faites très-peu [»our Dieu, vous devez d'autre part estimer beaucoup le peu que vous faites, puisque c'est une grande miséricorde de Dieu de vous avoir fait venir jnsqucs-là. El pour moi, ma chère tille, je vous avoue que j'ai été fort occupée de cela dans la commémoration (|U(? j'ai faite de votre habit', ne pouvant assez admirer d'où l>ieu vous a tirée pour vous mettre comme je crois (appuyée sur sa bonté (|ui est infinie ) dans la voie du salut; car encore (|ue vous n'y marchiez ^uère. vous n'en sortez pas toutefois; et c'est un si ^rand bonheur d'y être, qu'il y auroit autant de mal a ne point ressentir cette grâce, comme il y eu auroit a tK- pas avouer (|u'on en fait très-peu de prolil. il faut donc, ma chèie sœur, vous partaj:er entre ees deux sentimens, et je crois que celui de l'action de grâces et tie l'espérance en Dieu doit avoii* le dessus, à présent ipje Dieu vous fait faire pénitence en toutes manières, et plus (jue vous n'en ferez quand vous serez en santé. C'est pounjuoi je ne vous demande (|ue cela, de vous souvenir souvent de ce (|ue Dieu a fait pour vous et de lui dire connue sainte Thérèse ; Misericordina Domini in (Vienium cindabo; car encoie (|U«' la \ôtre soit fort inégale a la sienne, elle ne laisse pas d êtredigne d'une rec(»nnoissance éternelle. Adieu, mou cher enfant, je vous appelle amsi par le ressentiment (|ue j'ai vers Dieu de ce cjuil vous a donnée a nous.
> Le 1 3 décembre.
T. I. iU
300 LElTHES DE LA MÈHE ACMiS.
CCXL— A la mère Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte, prieure de Port-Royal-des-Champs.
Sur divers sujets. — La sœur Angélique de Sainte-Agnès est envoyée à Port-Royal-des-Champs.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement!
Jeudi mutin (IS rJécemhre \6o3).
Ma très-chère mère. Je vous renvoie saint Thomas^ que je donne à M. Singlin : j'ai peur qu'il ne nous le rapporte, faute de s'en souvenir, mais je n'ai point d'autre voie assurée entre-ci et demain.
Je crois que vous savez bien que nous n'avons point l'Annonciation de la sainte Vierge, ni le second et -le quatrième dimanche de carême, ni saint Mathias,
Cela est bien triste que saint Joseph n'ait rien : je ne me souviens que d'une petite page qui ne dit pas grand' chose.
Je ne me suis point encore avisée de faire aller nos sœurs converses professes à l'eau bénite devant les postulantes du chœur, commes elles font à la communion et à toutes les cérémonies des cierges, des cendres, des rameaux, et je crois que celle-là doit aller de même; mais voyant que je ne m'en suis point encore avisée, j'ai pensé qu'il valoit mieux le mander à notre mère^ afin d'en prendre son avis, et que l'on fît de même à une maison qu'à l'autre.
La première sœur (jui doit communier ne se prosterne plus seule, on le réserve pour notre mère; toutes les autres vont deux à deux, et celle du premier chœur communie la première bien que plus jeime.
Je ne sais ce que je dois vous dire, ma chère mère, sur le sujet du voyage de ma sœur Angélique^ pour vous en consoler, sinon que je me promets qu'elle sera selon son nom comme les bons anges, qui épouvantent au commencement de leurs visites et qui réjouissent à la fin; car si ce change-
1 Les Considérations de l'abbé de Saint-Cyran sur la fêle de saint Tliouias.
2 La mère Angélique.
3 La sœur Angèliiiue de Saiule-Ai^iiès de Marie de la Falaire.