CCXIII.— A la sœur Elisabeth de Sainte-Agnès le Féron
L'exaclilutle dans les devoirs extérieurs attire la grâce intérieure pour s'en Inen acquitter. — Nécessité d'éviter les moindres (aules.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement I
De Purl- Royal de Paris, ce 16 février l6o4.
Ma très-chere sœur, Jai été bien aise d'apprendre de vos
Crxm.— A LA SfF.l R KLISABETU DE SAINTE-AGNÈS. .^OO
nouvelles par vous-iuèiDe, el j'ai IrouNé ikMnioi me ivjoiiir, encore qu'elles ne soient pas telles (juoii les peut désirer, dans la satisfaction (|ue vous témoignez avoir du lieu où vous êtes, et par de si bons motifs: car il est à espérer (luayant tant d'estime des personnes qui sont a Dieu comme il tant, et qui rend<'nt une odeur de vertu qui vous édifie, vous lâcherez de leur ressembler. Il ne tient à guère, ma clière sœur, puisipie le j)lus fort est fait. Vous vousètes engagée dans une vie de pénitence, c'est-à-dire de violence contre vous-même, et cependant vous vous laissez vaincre à une légère tentation, comme est celle de dillércr votre office ; au lieu (|ue n'ayant pas peut-être toute la dévotion (jui seroil nécessaire pour vous en bien ac(|uitler, vous y devriez sup|)léer par la ponctualité à lé dire précisément aux heures, autant (ju'il est possible, puis(|ue l'un déjtend bien plus de vous (juc l'autre. Nolre-Seigneiu" dit qu'on donnera à celui qui a quelque chose, el qu'à celui qui n'a rienon lui ôtera même ce qu'il n'a pas. Vous devriez avoir la fidélité à faire extérieurement ce (|ue Dieu demande de vous, et il vous donneroit le mouvement intérieur que vous ne sauriez avoir sans la grâce. Que s'il ne trouve [iQs cela en vous, non-seulement il ne vous donnera rien, mais il vous ôtera ce (|ue vous u'aNcz pas, en vous laissant Icnnber dans une impuissance op|)osée an pouvoir qu'il vous avoit donné de vous vaincre; car la réitération di's fatiles forme une habitude, el riiabitudfi une continue, la coniinne une nécessilé dont il est très-difficile de se délivrer, parce que Notre Seigneur dit (jue celui qui commet le péché est esclave du péché. Appréheiiilez donc, ma chère su'ur, un état si misérable el a quoi vous ne vous laissez aller i\n\ n croyant (jue ce n'est pas };rand' chose, ne croyant |)as que vous voulussiez adhérera une chose que vous croiriez tort mauvaise, (|iioi(juece soit une maxime infaillible imisqu'elle est de la vérité éternelle. <pie rrtui </((/ est infidèle en peu de choses, le sera en de (jrundes choses; et il est plus aisé de se maintenir dans la fidélité aux petites choses, que de s'empêcher de tomber dans les ^^randes fautes lors- (ju'on y est disposé par le relâchement volontaire dans les petites, qui esl une autre vérité terribW', elcjui nous doit donner autant dhorrenr, eounn*.' dit M. de Saint Cv raii, du moin-
dre péché véniel que du plus grand péché morlel. Je me promets, ma chère sœur, que votre dévotion du carême vous portera à corriger ce défaut principal, et que votre âme étant fortifiée par le jeûne spirituel, (au lieu que celui du cor()S affoiblit,) vous serez tout autrement fervente que vous n'avez été jusqu'à présent.
Je n'ai pas manquéle jour de sainte Agnès de vous recommander aux prières de nos sœurs du noviciat; elles vous demandent les vôtres du même cœur qu'elles les offriront à Dieu pour vous; et moi, ma chère sœur, je me joins à elle pour vous désirer toutes les grâces qu'il plaira à Dieu de vous donner, puisqu'il m'oblige de n'avoir pas moins d'affection pour votre salut que pour le mien propre.
CCXIV. — A la sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld d'Andilly.
On est obligé de s'humilier pour ses infirmités. — Les religieuses infirmes qui sont vertueuses ne sont jamais à charge.
Vers la fin de février 1654.
Puisque vous avez éprouvé que vous êtes plus mal en ce temps-ci, il faut vous contenter de faire l'abstinence et ne rien faire de suiTroîtqui vous puisse empirer; c'est pourquoi je ne puis vous donner de règle pour l'office, sinon d'y aller quand vous pourrez. Vous savez qu'on est obligé de s'humilier pour ses infirmités, et que c'est une chose bien opposée que d'avoir tant de peine de ce que l'on peut penser des dispenses que l'on vous donne , et d'arrêter votre esprit sur ce que vous êtes à charge à la maison tant pour le corps que pour l'esprit. Pour le premier, je vous dirai une pensée de notre mère, qui est que les religieuses infirmes qui sont vertueuses ne sont jamais à charge; au contraire elles sont la bénédiction des monastères, parce qu'elles pratiquent l'humilité et donnent sujet aux autres d'exercer la charité, qui sont les plus excellentes de toutes les vertus. Mais pour ce qui est du défaut de bonne volonté, et ensuite de fidélité aux devoirs de la religion qui regardent l'esprit, celles qui y man-
rrXV. — A LA SOFIR MADELFINE DE SAINTE-CHRISTINE. "îll
qiicnl iiolalilenient sont toujours à char^'c et occupent iniililcment une [)lace clans la religion (jui est une école île vertu; c'est pourquoi il faut lâcher de n'être pas de ce nombre. Pour la veille du Saint-Sacrement, ce sera assez que vous la fassiez une fois la semaine.
Je prie Dieu que l'exactelé' que vous aurez à la garde du silence soit le supplément de tout le reste que vous ne ferez pas, comme il est un instrument général de toutes les vertus, et particulièrement [)Our obtenir l'esprit d'oraison et de recueillement, sans lequel on est au rang de ces bêtes qui éloient avec Jésus-Christ dans le désert, qui étoient incapables d'avoir de la conversation avec lui. Cette pensée m'a frappé l'esprit, encore qu'elle soit bien basse, mais nous sonmies encore audessous, n'étant que trop vrai que notre esprit ne s'élève vers Dieu (lue très-passagèrement.
CCXV— Ala sœur Madeleine de Sainte-Christine Briquet, alors pensionnaire, àyt-e <Je 12 ou 13 ans-.
Au sujet de sa première communion.
Ce 8 avril MVS\ .
.Ma très-chère sœur, J'ai eu bien de la joie d'apprendre par voire lettre que vous avez lait votre premieri- communion, et de ce que madame dWinnont nous a dit que Dieu vous avoit donné beaucoup dt; n;spect et de dévotion pour une action si sainte et si imporlantea votre salut. Je ne inan(|uerai |ias de vous recommander aux prières de nos sœurs, atin (jue la grâce (pie Dieu vous a faite soilsiii>ie d'une autre grâce (|iii est celle (le tirer fruit d'une si grande la\(iir (|iie vous avez revue de Dieu. Vous ne le sauriez mieux faire, ma clicre tille, qu'en devenant bien humble, coiiiine Dieu vous iiis[iire di; le (b'sirer. Je voii^ envoie nue petite image poui' vous faire souveiiii'
' Kx-nclitudc.
* I.a «id'iir Madeleine de Sainle-Clirisline l{ri(|(ifl fui «'levée à Porl-Royal depuis l'àiçc de U<iis ans; elh; r»(;iil l'Iialtil de novice le "J février \i\h^, el fil profession le M avril KKiO. Klle esl niorle le M noveinlire !(iX'.», àj^ée de iT an».
;M2 lettres de la mère agnès.
que votre cœur est maintenant le tabernacle de Jésus-Clirist où il ne doit rien entrer que lui seul.
Je vous supplie, ma très-chère fille, de le prier qu'il me fasse miséricorde, et de me croire votre très-humble servante.
CCXVI.— A la sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld d'Andilly.
C'est en s'abstennnt des satisfactions des sens que nous trouvons de la consolation en Dieu : on ne doit point rom()re volontairement ce jeûne de l'esprit, mais l'accompagner de l'oraison.
{Vers Pâques. Avril 1654.)
Ma très-chère sœur, Je prends grande part à la bénédiction que vous avez reçue de parler à M. Singhn. Dieu fait cette grâce à qui il lui plaît, et il la refuse aussi comme il lui plaît; le premier est toujours par miséricorde et le second avec justice, car nous ne méritons point qu'il nous donne un si grand secours; c'est pourquoi il le faut recevoir avec actions de grâces et comme un talent (ju'il faut faire valoir. J'espère, ma chère sœur, que vous en profiterez encore plus que les autres fois que vous en avez toujours été fortifiée. C'est une chose bien aisée que celle qu'il vous a ordonnée de rendre compte de votre état, pourvu que vous vouliez bien être connue dans vos foiblesses et que vous vous serviez des moyens qu'on vous donnera pour en sortir. Je crois, ma chère sœur, que votre plus grand remède est de lever souvent les yeux au ciel pour demander à Dieu qu'il vous donne ce qu'il vous demande. Il nous dit par la bouche de saint Paul ce que nous devons faire loisqu'il nous a ressuscites avec Jésus-Chiist (comme il fait toutes les âmes qu'il appelle à son service), qui est de chercher les choses d'en haut et de goûter les choses célestes. C'est un état bien élevé à quoi néanmoins tous les chrétiens sont obligés. Mais pour y aller par degrés, il faut peu a peu ne rechercher plus les amusemens qui plaisent aux sens, et ne les goûter plus quand ils se présentent; et quand iNotre-Seigneur verra que nous nous abstenons de ces choses, il nous fera trouver de la consolation en lui-même, selon que dit la sainte Vierge
rr.xvir.— A i.a stF.iR varie-anc.ki.iqie de sainte-thfrf.sk. 113
dans \^ MiKjnifirat : qu'il n'mjilil de bicua ruitx (/i/< uni faim. C'est la, ma clière sœur, le jcùiie ijne vous ilevtz {iarcier, et moi avec vous, non-seulement depuis la Sainte-Croix jusqu'à Pà(|ucs, mais aussi de[)uis Pà(juos jusiju'a la Sainte-Croix; car on doit avoir dessein de ne roni|ire point ce jeûne si salutaire (jui engraisse et fortifie nos âmes; et c'est pour cela qu'il est tant recommandé dans l'Écriture sainte, (|ui ne parleroit [las si avantageusement du jeune du corps s'il ne compre-noit celui de l'esprit. C'est [)Our(|iioi elle dit (jne l'oraison doit accompagner le jeûne, parce qu'il dispose à la bien faire, rem[»lissant l'àme de saintes pensées et attirant les consolations divines dans son cœur, selon ce ()ne dit David : Mon orne a refusé d'être consolée, c'est-a-dire, elle n'a point cherché de divertissement, je me suis souvenu de Dieu, et j'ai été comblé de joie. Je supplie Notre-Seigneur (|u'il vous fasse sentir (ju'il n'y a point de gène dans celte |)ralique, au coulraire (jue l'àme y trouve son repos et sa liberté.
J'ai bien remercié M. Singlin de la charité ipi'il vous avoil faite; il espère que Dieu achètera eu vous ce (ju'il y a commencé. C'est ce que je lui demande de tout mon cœur, et (ju'il me fasse la grâce de vous pouvoir servir |)Our être toide a lui.
Je vous supplie de demander permission à notre mère que la sœur qui fait la conférence du noviciat assure toutes nos sœurs qir'elles me sont fort chères, et (|ue je me réjouis qu'elles aient gagné à notre absence.
CCXVII. A la sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld d'Andilly.
Sur la conduite qu'il fuul (garder dans TiHul de maladie.
IVr.s Iti fin d'avril MVM.
Ma Irès-chère so'iu" , Je dcMiamlciai (h; vos nouvelles à M. Singlin. Je crois (|u'il aura etc; coulent de vous si vous avez fait (|ue|ijn(; chose de bon, encore (jue ce ne soit |>as tout ce (jue l'on peut désirer, car pour peu que l'on marche dans la bonne voie', on apprctche toujours du lieu oii l'on teml. Je suis
314 I.ETTIîES DE LA MKRF. Af.NÈS.
fàclléo aussi bien ([uc vous de ce que vous allez être malade, et je prierai Dieu de vous guérir, comme on le prie déloignei de nous les tentations et les occasions de nous alîoiblir. Mais après tout il faudra que nous ajoutions que la volonté de Dieu soit faite; car c'est elle seule qui est sainte, et de qui dépend notre sanctification. Et. puisqu'il faut réparer ses fautes par des actions contraires dans les mêmes sujets oii l'on a manqué, c'est peut-être le dessein de Dieu qu'ayant été fort imparfaite dans vos maladies, de vous en envoyer une autre dans iacjuelle vous vous comportiez plus religieusement. Mais ce ne sera pas en cachant votre mal le plus que vous pourrez, au contraire vous le devez dire dès le commencement, afin de vous soumettre aux remèdes que vous n'aimez point et qui font une partie de la croix de la maladie. Après cela il faut encore accepter tous les manquemens qui arrivent dans les soins qu'on a de nous, et ne les exiger pas comme des choses dues, mais les recevoir comme des charités dont on demeure redevable à ceux qui les rendent. Il faut encore souffrir l'ennui qui est pire que le mal, et l'offrir à Dieu en union de la tristesse de Notre-Seigiieur Jésus-Christ dans le Jardin, et se souvenir qu'il attend de nous ce supplément à sa Passion , (jue nous souffrirons de bon cœur les maladies dont il n'a point été capable.
Enfin, ma chère sœur, cotnme il y a sujet de se relâcher dans la maladie, il y a aussi de quoi profiter beaucoup pour peu qu'on le désire, car tout contribue à mortifier, à détacher et à priver de toutes les choses auxquelles on se plaît et on s'amuse dans la santé; et vous savez par expérience qu'un seul regard vers Dieu élève plus le cœur et le nourrit davantage que de longues oraisons en autre temps. Et puisque la foi nous oblige de croire que cet état est le meilleur, il faut que l'espérance suive et que la charité ne s'en éloigne pas.
Je vous supplie de saluer ma sœur Angélique de Saint-Jean pour moi, et de l'assurer (jue je satisferai à ce (ju'elle désire. Je la traite en aînée en ne lui écrivant point, car c'est un partage avantageux en la loi nouvelle d'être peu caressé et peu considéré extérieurement. Si je pensois qu'elle désirât autre chose, je lui ferois plus di; façon, et je l'en aimerois moins.
rrxvill. — A lA MKKK MARIK-DOnOTHÉE DR l.'iNC AHNA TKiN . ilTi
Je VOUS cli.irgo encore de salut r de noire pari (eûtes celles que vous verrez Itgiliniement et par occasion, car il n'y en a point, ni petite, ni j:rande, que je n'embrasse de tout mon cœur, et (|ue je n'aie sujet de remercier de la charité (|u'elles ont pour moi, car c'est de ((uoi je ne doute [>oinl et de quoi je ne veux pas être ingrate, non plus que de la vôtre qui surpasse celle (|ue j'ai pour vous, mais non pas celle que je désire avoir s'il plaît a Dieu de me la donner.
Adieu, ma chère sœur.
CCXVIII.— A la mère Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte.
Sur divers sujets.
4 0 mat 1654.
Ma très-chère mère, Nous avons renvoyé tout ce que nous avons reçu de vous pour l'Ascension. Il y en avoit une partie jointe au dimanche de Qiiasimodo. Nous vous enverrons la Pentecôte assez à temps. Puis(jue M. de Sacy trouve les sermons beaux et utiles, nous les devons tenir pour tels; avec les ornemens (|uil y aura donnés, il égalera le re<te.
Pour répondre aux doutes, \« nous ne taisons point mémoire du Saint-Sacrement à Laudes, encore qu'on ait fait l'olfice d'un doiihle, l'adoration du malin en tient la place; 2" l'on dit tous les jours Ih' l'rofundis ii /';<'//o.sv/, hormis le jour de Pâques et celui de la Pentecôte; .'{" on dit trois oraisons (|"iand on h; fait de la Vier.v^î, la deuxième pour l'K^-lise et la troisième pour la |tai\. S'il arrive <|u'ou n'ait pas dit Exaudial après la messe, on dit l'oraison pour le roi à la place de celle pour ri''^lise ; i" on dit 0 Snrrnmmtnm pour la commémoration (lu Saint-Sacrement, pendant les octavis où l'on chante les hymnes sur léchant des doubles.
Je ne vous puis dire, ma chère mère, la joie; (|ue j'ai (jue vous ayez vu M. Sui;.'lin tout de bon, et cpie vous n'aurez plus de peine à l'avenir jiour ce regard. Vous \()ila niaiulenaut «Jans »me liberté d'esprit tout entière, l'I tous vos liens sont rompus, n'ayant |»lus aucun suji;l de croire (|u'on ne vous coniioil p.i-^, ( I ensuite \ous sei-ez obli^éi^ de croire de Mtus
tout ce que l'on vous dira, n'ayant plus à dire qu'on se peut tromper parce qu'on ne \ous connoît i)as. J'ai bien envie de faire ce que dit M. de Saint-Cyran, qu'il faut recevoir le Saint- Esprit en la compagnie de ses amis, parce qu'il est un don commun. Il me semble que cela \eut dire qu'il faut le désirer pour ceux que nous aimons autant que pour nous-même. Et pour moi, je le désire encore plus pour ceux-là que pour moi, parce que je crois qu'ils sont mieux disposés à le recevoir. Je le supplie seulement qu'il ne s'éloigne pas tout à fait de moi, et qu'il me donne, s'il lui plaît, quelque étincelle de ces grandes flammes qui embrasent les parfaits, qui tiennent dans l'Église la place des apôtres.
Je vous supplie de dire à ma sœur Angélique de Sainte- Agnès que je lui écrirai, s'il plaît à Dieu, au premier jour , (pie je la salue très-humblement, et que j'ai satisfait à ce qu'elle a désiré de moi. Je salue de tout mon cœur les trois autres Angélique ' : je me promets que la fièvre de ma novice na |)as continué. J'écrirai à ma sœur Marie de Sainte-Élisabelh quand j'aurai le sermon du premier dimanche, qui n'est pas encore fait; je la salue très-humblement.
Je suis, ma chère mère, entièrement à vous.
CCXIX.— A la sœur Angélique de Sainte-Agnès de Marie de la Falaire,
Au sujet d'une autre religieuse. — Il n'y a de paix en ce monde qu'en mourant tous les jours à soi-même : il ne faut pas craindre de irop faire pour Dieu.
Vers /<? 20 mai 4 654.
Ma très-chère sœur, Celle que vous avez écrite à N. est fort capable de la toucher, s'il plaît à Dieu d'y donner sa bénédiction. Si elle vouloit bien faire ce que vous lui dites, de croire plus aux autres qu'a elle-même, il y auroit lieu de la servir, en lui faisant voir l'importance de ses maiiquemens, et en lui donnant des remèdes. Mais quoique souvent on s'accuse en
> La mère Angélique, qui vint à Paris dans l'octave de la Pentecôte, 24 mai 16o4, et retourna à Poil-Royal-des-Champs dans l'octave de la fête du Saini-Sacrenient ; la so^ur Angélique de Saint-Jean, et la sœur Marie Angélique de Sainte-Thérèse.
CCXIX— A LA S(JELR AN(;ÉLlyi'E DE SAINTE-AGNÈS. 317
général, on ne laisse pas de sVxcnser intérieurement, pensant qu'on ne tait pas pire c|ue les autres; et c'est ce (jui rend plus coupable qu'on ne le seroit d'ailleurs, de ce qu'on remarque les muivais exemples et on ne considère poit)t Ii-s bons. Je crains ce défaut en elle, et cependant ceux-ci l'accuseront devant Dieu, et les autres ne l'excuseront pas. Je remanjue dans quelques-unes de nos sœurs du noviciat, qui sont les mieux intentionnées, (|u'elles ne voient que du bien et sont ravies de la maison, au lieu (pie d'autres y voient beaucoup de man- (luemens. Et c'est une manpie que ces personnes ne demeureront pas, non pas qu'on veuille qu'elles ne discernent point, et encore moins (piellt s estiment l)ien ce (pii est mal, mais on désire (jii'elb'S s'occupent d'elles-mêmes et du d( sir de leur perfection, en sorte (pi'il ne leur reste point d'application volontaire |)Our autie cliose. J'ai donné votre lettre fermée à \. avec désir (lu'elle me la montiàt, alin (pie ce me fût un sujet de lui parler; mais elle ne l'a pas lait. Elle peut ebanger, si Dieu lui en fait la friàce, sans |)arler autrement i\uc par ses actions, piiisipie (piand Dieu parle au cœur, il nous dit assez ce que nous devons faire.
Enlin, ma cbère sd'ur, vous êtes en paix après vous être tait de grandes violences, et si vous cessiez de vous en taire, vous perdriez cette tran(|uillité; car il n'y en a point en ce monde (ju'en mouiant tous les jours à soi-même, c'est-à-dire, tantôt a une; passion et tanicjt a l'autre; mais quand il n'y en a plus de dominante, c'e.-^t -a-dire de \olontaire, le combat en est doux, et n'empêcbe pas (jue la paix de Jésus-Cbrist n'emporte le prix dans nos cœurs. Il y a apparence que vous ne fussiez |»as «Mitrée dans léLit (»ii vous êtes si vous n'eiissie/ cbaiiué de lieu ', et néanmoins il sembluil (|ue vous ne fussiez point obligée a faire cet ellort ; cela nous apprend, ma cbère sd'iir, (jin,' (piaiid ou ne veut faire précisément (pie les clioses (|u on doit, Di(ii nous traite de même et ne nous donne que ce (pi il nous doit, et il ne nous doit rien ; tellement (|ue nous demeurons daii.» notre misère a\ef toutes nos bonnes (l'iivies, parce (pi elles ne se tout point avec elaij^isse-
' Kii ill.iiit j l'uil Uoyal-<li's-C.liuiii|>s.
;j18 LETIKES DE LA MÈRE AGNES.
ment de cœur, mais plutôt par mesure, comme si l'on avoit peur de faire trop, de s'iiumilier trop, se soumettre ou de souffrir trop du prochain. Et cependant il me semble qu'il n'y aura (jue ce trop-la que Dieu regardera et qu'il récompensera en son jugement, selon cette parole de rÉvangile : Ce que vous metlrcz davatitage, je vous le rendrai à mon retour. Si cette maxime étoit bien imprimée dans nos cœurs et que la pratique en fût en usage dans la religion, les anciennes préviendroienl les jeunes dans l'humilité, dans la déférence, dans l'accommodement à leur humeur, avec discrétion toutefois et d'une manière qui ne leur foroit point de peine ni de honte, mais qui seroit si convaincante que les moins dociles apprendroient à faire de même. Dieu nous fasse la grâce, ma clière sœur, d'agir de cette sorte pour contribuer au changement de celles qui en ont besoin, et au nôtre propre, qui doit toujours aller le premier, et je crois que c'est en pratiquant nous-mêmes les vertus que nous souhaitons aux autres. Pour ma sœur N., j'ai pensé qu'il n'y avoit rien à faire à son égard, sinon de conserver pour elle une entière charité, dont on est toujours redevable; mais je crains bien de ne l'avoir pas assez agissante qu'il faudroit qu'elle fût pour former une prière continuelle pour elle, car je crois ne lui devoir pas moins que cela, et je sais bien que je ne le fais pas. Il faut laisser faire Dieu, ma très-chère sœur, et la reconmiander à la parole de sa grâce, afin qu'elle détruise et édifie en elle tout ce qui est nécessaire pour être la demeure du Saint-Esprit, puisqu'il vient en la terre pour se former un temple dans l'àme de chaque fidèle. Je le supplie, ma chère sœur, de rendre le vôtre un des plus purs et des plus spacieux, en le dilatant par l'accroissement de sa sainte charité, et qu'il se fasse place, s'il lui plaît, dans mon cœur qui est si étroit.
Avec la permission de notre mère *, je vous supplierai de saluer très-humblement de ma part mes sœurs N , N. Je les remercie très-humblement de la part qu'elles me font la grâce de me donner à leurs prières, parce que je ne doute point quelles ne le fassent, (|uoi(iue je n'en éprouve pas les ell'ets,
* La mère Angélique.
*.t\\. — A LA .Mi:UE .MAUIK-lM>U(»im:ii ut l'incaihatmin. .*!I0
étant toujours en lélat que Dion sait, et dont je le supplie de ne pas se souvenir, non plus (jue vous, ma clière sa'ur, de toutes les peines que je vous ai données. Je ne laisse pas dVHi(\ du meilleur de mon cœur, entièrement à vous.
CCXX.— A la mère Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte, prieure de Port-Royal-des-Champs.
Sur divers sujets.
26 mai (I6;j4).
Ma très-clière mère^ Je n'ai point vu M. de (lournai ' ; M. Singlin a été d'avis de nous priver de cette consolation pour les raisons que vous dites de la consé(|uence, a quoi je n'ai pas manqué de faire la même réflexion (juc vous, par l'esprit d'Adam (|ui veut lonjoiirs des préférences.
.Nous disons à notre neuvaitie au lieu iVExaudi l'anlienne Àdjuva nos Deus qui est dans le même sens , c'est pour(|uoi il n'im|»orte la(|uelle. Nous avons dit ExmuU deux neuvaines, savoii- poui' nous et pour la Polottue. .M de Saint-Cyran nous a appris qu'il lalloit toujours joindre deux intentions avec la principale : nous le taisons ainsi à tontes. Je vous envoie le liiiiet d»,' celle-ci |)our me mieux expliquer.
C'est un grand don de Dieu en vous, ma très-chère mère, que la liberté de l'esprit, et qui ne tend (ju'a le reiulre plus ^oinnis a la grâce. Si votre charité n'étoil augnienlee, vous n'auriez pas (''lé délivi'ée (h; cette ci'ainte (jui vous resserroit tant.
Je suis tout a lait touchée de \otre entant ; j'espi-i'e pourtant en Dieu preune'ienient, et |tnis en la (pialile de son esprit ipii est ferme.
Que dites- vousde ma S(eur .\iin(-.Mai>:nerile*?C'esl celle qui non- tient le phis au (lenr pii senlrnient, conme (»nt fait toides
' M. deS:icy.
* Suiir .\iiii»'-M;irl<' de S.iinic-\l;ii^'iiiiiii', i irii[ tiir llllr de M. Arniiiild
d'AiirldIv. l'ill)' lil |iiitrr>siiiii m Ki'iK, ti |ii-ii le nom dr Mitir Anne-Marie de Siiiiile-KuLîéiiie.
les autres à leur tour; c'est quelque bon augure qu'elle s'aime à Port-Royal, ayant fort appréhendé d'y aller.
Je salue très-humblement toutes nos sœurs et me recommande à leurs prières.