‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 240 sur 247 · CCXXIX. — A l.A S<FXR KLISABF.TH DE SAINTE-AclNKS. A · texte numérisé non relu

CCXXIX. — A l.A S<FXR KLISABF.TH DE SAINTE-AclNKS. A

sainte communion, nue s il dillere de vous la faire éprouver, ce sera pour vous obliger de vous affermir en la loi (|ui sait bien qu'elle est enfermée dans ce divin mystère, quoi([u'elle ne l'éprouve i)as. Vous ne devez point vous étonner de vous trouver dans ces froideurs qui viennent de votre naturel, et non pas de votre choix. Nous ne nous sommes pas faites nousmêmes, c'est Dieu qui nous a rendues telles qiie nous sommes. Que s'il nous a donné quelque avantage que les autres n'ont pas, nous l'en devons remercier; et s'il nous a privées de quelque bonne (jualilé qu'il a donnée aux autres, il faut le trouver bon et reconnoître ijuil ne nous doit rien. Si vous aviez plus de feu et de vigueur naturelle, vous penseriez élre bien dévote, et ce ne seroit peut-être que la nature (|ui agiroiten cela.

La vraie dévotion c'est de préférer Dieu a toutes choses, et de faire avec lidclilé et bonne volonté tout ce qu'il demande de nous. OH'ind vous vous serez rendue à tous vos devoirs tout le long de la journée, il ne vous importera pas le soir d'examiner si vous lavez fait avec dévotion ou sans dévotion, pourvu que vous vous y soyez portée pour ac<:omplir la volonté de Dieu, et par un désir de lui plaire. Tout est enfermé là dedans, et Dieu y voit tous les bons mouvemens que vous voudiiez bien avoir. Les anges ont promis la paix aux âmes de bonne volonté. En suite de ces |»aroles ((u'on dit à la sainte messe, 1 Église en a ajouté plusieurs autres qui sont des mouvemens d'amour vers Dieu, des louanj^es, des adorations, des bénédictions et des prières, (pii naissent tous de celle paix, c'est-a-dire de la grâce (juc Jésus-Christ est venu apporter au monde, de sorte qu'il suflil de la posséder, ou |ilulôl d'en être possédée, pour rendre a Dieu toutes les actions de grâces, les honnnages et les respects, que les autres qui ont plus de zèle que nous lui rendent. Kt c'est un des privilèges de la religion de se pouvoir attribuer les grâces et les faveurs (jue Dieu fait à nos sœurs, puisque nous sommes plus unies par l'esprit de Dieu et sa chai ilé (|ue les membres de notre corps, (l'esl poiu- (juoi vous vous (levez r<'jouir (juaud il y eu a de ler\enles, et ollrira Dieu leur ferveur, comme étant m aiment â vous, si vous êtes bien aise (|u'elles vous surpass<Mit en cela; et tâcher

d'ailleurs qu'elles trouvent quelque vertu en vous à quoi elles puissent prendre part, car il n'y a point de membre au corps qui n'ait sa fonction qui est utile à tout le corps.

Pour ce qui est de la faute que vous faites de ne vous point découvrir, il n'y a pas moyen de vous excuser là-dedans, car c'est fermer la porte au secours dont vous avez besoin, et que Dieu ne vous veut donner que par cette voie, n'y ayant point d'apparence de vouloir que Dieu établisse un autre ordre dans la terre que celui qu'il a mis dans le ciel, où les anges supérieurs communiquent aux inférieurs les lumières qu'ils reçoivent de Dieu. Je me promets que vous aurez déjà obtenu la grâce que vous désirez pour vaincre cette peine. Au reste vous vous devez assurer, ma très-chère sœur, que l'union que vous aurez avec toutes les sœurs qui prendront Ihabit et qui feront profession dans une meilleure disposition que n'a été la vôtre, réparera les manquemens qui s'y sont trouvés, puisqu'ils n'ont pas été essentiels, mais seulement dans la superficie de votre esprit et de votre cœur qui étoient embarrassés par des agitations qui n'étoient pas volontaires; c'est pourquoi vous ne devez point douter que votre engagement n'ait été fort agréable à Dieu, et (jne vous n'en recueilliez le fruit, et dans la vie présente où vous reconuoîlrez de plus en plus les malheurs que vous avez évités, et dans la vie éternelle où vous recevrez l'accomplissement des promesses que Dieu vous a faites quand vous vous êtes donnée à lui. Je vous supplie de lui demander miséricorde pour moi, et de croire que je suis de tout mon cœur, ma très-chère sœur, entièrement à vous.

La mère Angélique a écrit au bas de cette lettre : « Ma très-chère enfant. Celte lettre servira bien de réponse à celle que vous m'avez écrite. J'ajoute seulement qu'il faut que vous mettiez des chemises de toile jusques à l'Aven t. L'obéissance supplée à tout. »

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