‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 241 sur 247 · CCXXX.— A la sœur Marie de Saint-Joseph Midorge · texte numérisé non relu

CCXXX.— A la sœur Marie de Saint-Joseph Midorge

Elle se réjouit d'npprendre que Dieu a essuyé ses larmes. — Si nous avions donné vériiablemenl noire cœur à Dieu, nous serions incapables de nous afiliger de la séparalion des créatures, etc.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacremenl !

De Port-Royal-di's-Champs, \<^^ octobre {\6ôi].

Ma très-chère sœur, Je vous remercie très-humblement de la joie que vous niavez donnée par celle qu'il vous a plu de m'écrire, en nie faisant savoir que Dieu a essuyé vos larmes d'une admirable manière, en vous faisant la grâce d'en répandre de plus saintes, que David appelle les eaux (jiii sont par-dessus les cieux, lesquelles bénissent le nom du Seigneur et sont des elîets de son Saint-Esprit qui géîuit en nous par des gémissemens ineffables. Je ne me fâche point, ma trèschère sœur, de vous voir pleurer de la sorte, au contraire je m'en réjouis, non pas de ce que vous pleurez, mais de ce que vos larmes sont eu la présence de Dieu et pour Dieu, (»our réparer le déchet que vous aviez fait à son amour en voulant posséder une créature. Pouviez-vous lui dire en cet état avec vérité ce (jue vous lui dites souvent dans le pseautier : (Juai-je voulu, S('i(jiu'ur,dan!i le ciel, cl, hors de vous, qu'ai-je désin'' sur la terre? vous èles le Dieu de moneœur cl mon unique parlayc daua rélernilé. Je dirai donc maintenant ce verset |iour vous avec joie, et ce sera une prière excellente (juc je ferai à volrtî intention ; celles (jue nous faisons a Dieu pour lui deniander ses grâces ne lui étant point agréables, si nous n'écoutons eu même temps celle (juil nous fait dans sa parole sacrée où il nous dit : Ma jille, donnez-moi votre ca-ur. Que si nous le lui avions donné véritablement, nous serions incapables d'aimer aucune «bscréalincs <ju'aulant (ju'il nous permet de les aimer; et aussitôt (ju'il nous dirctil : séparez- votis de celte personne, nous romjirions aussitôt tous les liens qtii nous y attachent, pour nous envoli.T d.ins le ^vïn de Dieu, n étant jamais plus agiles que (|uand nous sommes dépouiiléi.'s de (pielcpie eliuse pour l'amour de Im.

Je vous remercie donc une seconde fois, ma chère sœur, de m'avoir soulagée de ce qui me pesoit sur le cœur, qui éloit de vous avoir laissée dans la tristesse, au lieu que je désirois que vous fussiez du nombre de ceux que saint Paul dit que Dieu aime, parce qu'ils donnent gaiement.

Mais vous dirai-je qu'il me reste une peine dans l'esprit pour le doute où je suis que vous nayez pas demandé permission de nous écrire, parce que votre paquet n'étoit pas fermé du cachet de notre mère. Si cela est, vous aurez fait une tache à votre gloire en nous écrivant une si bonne lettre sans la bénédiction de l'obéissance, qui donne la dernière perfection à toutes nos actions. Je ne vous oserois prier, ma très-chère sœur, de me mander ce qui en est, de peur de vous donner la peine de m'écrire une seconde lettre; je me réserverai à vous le demander de vive voix, et à vous avertir en charité de toutes les autres choses que je connoîtrai qui pourroient déplaire à Dieu, afin que le purgatoire que vous craignez tant ait moins de prise en vous, et que cette cruelle séparation de Dieu qui nous sera infligée pour n'avoir pas voulu nous séparer de tout, ne dure pas si longtemps à votre égard.

Je vous envoie une lettre de la mère Marie-Geneviève du Mans, où vous trouverez son compliment pour vous : c'est une bonne religieuse, et que j'aime bien pour l'amour de vous et d'elle-même.

Je suis de tout mon cœur,

3Ia très-chère sœur.

Votre très-humble et très-affectionnée sœur et servante, en Jésus-Christ ,

Sœur Agnès de Saint-Paul. R. ind.

CCXXXI— A la sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld d'Andilly.

Sur les faiblesses passagères. Avantages Je les connaître et de les avouer.

Vers le 0 oclohre 1634.

Ma très-chère sœur. Pourvu qu'il plaise à Dieu de vous relever de vos foiblesses l'ime après l'autre, comme il a fait des

rr.XWl. — A I A SCEIR MARIE- ANGÉLIOIE DE SAINTE-THÉRÈSE 'A^l

deux dernières, elles ne vous feront guère de lorl, |»uis(iu'il n'y a que celles qu'on conserve volontairement qui alToiblisscntràine, au lieu que celles qui sont passagères lui fout plus de bien (jue de mal, en lui faisant connoître ce qu'elle est, et le besoin qu'elle a de Dieu, (pii est seul inunuable.

Je me réjouis de l'isitérance (pie vous avez de communier le jour de saint Denis ; c'est retourner à la source que de prier ce saint, qui nous a apporté la foi, de nous obtenir la charité sans laquelle notre foi seroit inutile. C'est la robe nuptiale dont nous devons être revêtues jiour |)articiper ;ui ban(juet de l'Évangile de cette semaine'. Je suppose, ma chère sœur, (juc vous l'avez, puiscjue vous aimez Dieu ; mais je désire que vous l'aimiez encore davantage, alin (jue votre robe soit jdus riche et (jue V(jus ne demeuriez pas au dernier rang. 11 vous sera avantageux que je me serve de la |)ernns5ion (jue vous me donnez de jiark'r de vous a <piel(|u'une des j)ersonnes (jui sont ici % puiscpie ne le pouvant taire (|ua celles ()ui vous aiment beaucoup, cela réveillera leur charité et les obligera de faire (luehjues violences a Dieu, de celles (|ue sa bontf'; veut ([u'on lui lasse |»0Mr lui ra\ir par force les grâces (ju'il a peut-être résolu qu'il ne vous feroit point (jue par cette voie. C'est la plus himdjle de l'Église, et (pii est réservée pour ceux (|ui n'ont |ias bien usé de leur première grâce. Soyez donc bien aise que l'on se charge de vos misères, ce qui ne peut être sans les savoir par vous-même, alin (ju'elles soient dignes de miséricorde, puis(|u'il n'y a personne (pii la mérite m(»ins qm; celles qui cachent le besoin (jnelles en ont, en s«' mettant au rang des pauvres supt.'rbes qui sont en horreur a Dieu; au lieu (jue ceux (|ui sont hund)les dans leur pauvreté sont l'objet de ses libéralités , ne pouvant mettie |)lus sûrement les dons (»récieux de sa grâce que dans lésâmes (|ui ne s'en approprient jamais rien.

Je vous supplie, ma chère S(e(ir, (piand vous verrez .M Singlin, de lui demander sa bénédiction pour moi. Une si vous l'oubliez pour n'avoir attention qu'a la grâce (jue vous rece-

' XIX" si'maiiH- ajjics la l'rntctôle.

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