‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 242 sur 247 · CCXXXII. — Â la sœur Elisabeth de Sainte-Agnès le Féron · texte numérisé non relu

CCXXXII. — Â la sœur Elisabeth de Sainte-Agnès le Féron

Attendre la recolle de la bonne semence dans les âmes. — 11 faut s'approcher souvent de Dieu.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !

Jeudi '12 novembre 1654.

Ma très-chère sœur. Je vous envoie votre lettre de M. Singlin, que j'ai retrouvée. Elle vous fera souvenir combien Dieu vous a prévenue de>es bénédictions, en vous faisant aimer et rechercher de si bonne heure une conduite si salutaire, et qui vous devoit faire croître dans la vertu avec l'âge. Que s'il vous semble que vous n'avez point avancé depuis, ce n'est pas à dire qu'elle vous ait été inutile et que cette semence divine soit étouffée, mais je veux croire plutôt qu'elle est réservée pour un autre temps. Les blés qu'on jette dans la terre ont besoin d'un hiver pour prendre racine; de nièuie il faut que les âmes passent par des tentations et des dégoûts avant que de porter le fruit des vertus. Vous êtes maintenant, ma trèschère sœur, dans cette fâcheuse saison ; il faut espérer qu'elle passera, et que les beaux jours de la grâce donneront la joie à votre cœur; mais cependant il faut vous garantir le plus que vous pourrez des grandes froidures de cet hiver spirituel, en vous approchant souvent de Dieu, qui est le feu qui fait fondre nos glaces. Un seul regard vers lui est capable de nous échauffer; une petite prière, un bon désir, un gémissement de se voir si froide à son service, tout cela sont des bûchettes qui allument un petit feu qui peut devenir fort grand par le souffle du Saint-Esprit. Sonmies-nous si misérables, ma très-chère, de nous laisser mourir de froid, ayant du bois pour nous chuuUer, a quoi il ne manque qu'une allumette pour le faire brûler? C'est ce que dit l'Écriture sainte,

CCXXXIII.— A LA MKUK MAUIK-lH>HOTHHE DE L'iNCARNATKiN. .{.{'J

que le pareaseiw meurt du faim parce qu'il néglige de porter la main à sa bouche.

Je me sens obligée de prier Dieu plus particulièrement pour vous ce mois-ci, parce que jui lire sainte Klisabetli. Je la trouve admirable en toutes ciioses, et surtout dans l'ardeur qu'elle avoit pour Dieu des son enfance. Je ne lui demande pas néanmoins qu'elle vous en obtienne une semblable, caria grâce observe les proportions, et ce seroit taire une trop grande violence à votre naturel de le rendre si fervent; mais ce qu'elle ne peut manquer de vous donner, parce qu'autrement elle ne pourroit subsister en vous ije dis la grâce;, c'est une fidélité a faire sans sentiment les mêmes choses que la ferveur fait faire au\ autres. Vous êtes vous-même, ma trèschère, la preuve de ce que je vous demande, car vous êtes religieuse, et vous 1 avez été non pas avec celte passion sainte qui y purte la plus grande partie des autres, mais par l'esprit de la lui, qui vous a persuadée que votre salut étuit attache à cette coudition. Prie/ donc Dieu souvent qu'il vous augmente cette même loi, qui vous élevé au-dessus des dillicultes que vous rencontrerez dans la suite. Quand vous aurez posé ce fondeiucnt, vous élèverez l'esiieraiice au-dessus, et la charité sera le comble. Demandez-la a Dieu pour moi, ma très-chere, encore que vous pensiez (jue vos prières ne sont pas bonnes. Je crois au contraire cjue toutes celles que vous ollrez a Dieu lui sontagnables, mais je crains (jiie vous en las.-icz tro|» peu.

Notre mère ' m'urdonne, en lui demandant permission de vous écrire, de vous saluer de Sii part et de nous dire, en attendant (pi'elle puisse vous faire réponse, davciir bon courage et que tout ira bien. Je suis, ma Ires-chère sœur, entièrement à vous.

CCXXXIII.— A la mère Marie-Dorothéo de l'Incarnation Le Conte, prieure de Port-RoyaJ-des-Champs.

Sur la jHCiuière l'Icdiori do la nuTf Mane-^lcs-Ainjes Suireau, aLlw.sso

di' l'(irl-U<iyal.

• .VoivHifcrc) 16.'j4.

Notre mère vous éci il (iue ce sera dimanche que vous ferez I I.a nière Angélique,

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