‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 244 sur 247 · CCXXXIV.— A une Religieuse de Port-Royal · texte numérisé non relu

CCXXXIV.— A une Religieuse de Port-Royal

Kilo rexliurle à passer avec dévotion le jour ainiiveisairo de sa profession. — Le vœu de stabilité est une lernielé dans le bien. — Nous sommes la maison de Dieu si nous aimons la prière.

Vers novembre i6o4.

Ma très-chère sœur, Je n'ai point voulu laisser passer ce jour

' Elle nous avoit mandé son désir qu'on élût la mère des Anges.

* C'éloit sur celle élection. Elle avoit peur que l'on pensât à elle.

( Sotes du manuscrit.) 3 Le docteur Ârnauld.

* « Le ... novembre 1654. M. de Sainte-Beuve vint (à Porl-Rojal-des- Champs) prendre les suIVrages des sœurs pour l'élection d'une abbesse, qui se lit à Paris le 26 du même mois. Ce fut la mère Marie-des-Anyesqui tut élue. Elle n'est pas venue pendant son triennal, à Port-Royal-des- Champs, ne pouvant supporter le carrosse sans être à rextréniilé, »

(Chronologie de Port-Royal.)

CCXXXV. — A I.A SiJKLK MARIlil-AMiÉLUjl E 1)K SAIM KTIIKKKSK. .Ml

qui vous est doiiblenienl célèbre |)Our la rencontre de la iï-tt; de votre sainte patronne avec celui de votre [)rofession. Je me promets (lue vous le passerez avec toute la dévotion et la circonspection qu'il vous sera possible, que celui de demain sera semblable, et inènie que vous ferez loclavc dune {j:ràce si signalée. Que si Dieu vous fait la grâce de persévérer ces huit jours, vous éprouverez, ma cbère sœur, (jue le jou^^ du Seigneur est doux et \é<ier, et (|ue ce n'est que notre inconstance et notre |)eu de mortitication qui nous le rend pesant. Demandez bien à Dieu, ma chère sœur, qu'il vous fasse concevoir (pitié vœu de stabilité est une fcrnieté dans le bien, à faute de (juoi il nous serviroit peu d(î demeurer fixes dans le luonaslère, puisque c'est seulement être dans la maison de Dieu extérieure, et non dans sa maison intérieure qu'il a|)|>elle une maison d'oraison ; c'est la marque (pie nous avons si nous y avons entrée, savoir si nous aimons la prière, et si nouslapraticjuons en nous retirant dans la maison de notre âme où nous trouverons toujours Dieu prêt à nous recevoir, et qui même nous y a|ip(^lle en nous disant (pie nous retournions a notre cœur, Cest la grâce (]ue je demande à Dieu pour vous, et que je vous supplie de lui demander pour moi, comme étant la sonne de toutes les autres, et ce trésor de l'Kvangile de votre sainte dont il est dit (pi'il est caché, parce (|uil nous fait cacher nous-mêmes et nous retirer de toutes les distractions, afin de le posséder.

CCXXXV. — A la sœur Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld d'Andilly.

Elle lui dunne divers avis.

{Vers le 2î» novembre 1654,)

Ma tres-chere s»rur, Si vous n'(''tes point rcntnV dans la mauvaise humeur et dans le dégoût de l'obéissance (jue nous Vdus avons donnée depuis ()ue vous avez reconnu M»tre faute, elle ne NOUS cmpiVlicra |»as la sainte communion, |tiiiicipalcnii'iit ayant une pénitence a faire, (jiû est de \ous soiiiiiettre a ce ti.ivail, «pii est en eflet fort désagréable ; mais les olK'issances (|ni ne coûtent rien ne sont pas de grande valeur <le\anl Dieu. Vous

connoissez votre foiblesse à "vous surmonter dans les choses de vertu, cela \ous devroit faire accepter de bon cœur celles qui dépendent de vous, et dont vous vous pouvez bien acquitter en vous faisant un peu de violence. Offrez-la à Dieu pour obtenir la grâce devons préparer à le recevoir. L'on veut bien que Dieu nous donne, niais nous ne lui voulons rien donner. On trouve que Jésus-Christ n'a point trop fait de donner son sang et sa vie pour nous, et nous voudrions qu'il ne nous coulât rien pour nous sauver. Il faut bien demander à Dieu qu'il nous préserve d'une si étrange injustice.

Pour ce qui est de l'autre chose dont vous me parlez, je n'ai rien à vous en dire puisque vous avez vu iM. N.... depuis que vous m'en avez écrit. Je crois que vous lui aurez dit votre disposition pour ce regard, et s'il l'avoil trouvée mauvaise, il vous auroit dit de ne pas communier : puisqu'il ne vous l'a pas dit, la fête étant si considérable, parce qu'elle est d'un apôtre, il me semble que vous ne devez pas vous en priver. C'est à vous à sonder votre cœur, pour discerner si vous vous êtes éloignée volontairement de la volonté de Dieu. Cette rencontre servira à vous faire mieux connoîlre les fautes que vous avez faites les autres fois que Dieu a permis qu'elle soit arrivée, et vous oblige à présent de l'accepter avec alï'eclion comme une pénitence propre à les expier.

Pour la troisième chose dont vous me parlez, je vous dirai qu'il y a des fautes à quoi on ne remédie pas pour s'en accuser et pour les recounoîlre, mais il en faut gémir devant Dieu, et prendre du temps pour s'exercer dans les vertus contraires. La source de votre mal est de n'aimer pas la croix comme le saint dont nous faisons la fête l'a aimée. Demandez-lui la grâce d'embrasser celle de résister à vos mauvaises habitudes, et qu'il vous obtienne quelque étincelle d'une ardente charité qui lui a fait trouver de la douceur dans un si grand martyre. Je supplie Notre-Seigneur de me faire la grâce de me rendre digne de vous aider à demander cette grâce.

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