‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 246 sur 247 · LETTRES DE LA 31ÈRE AGNÈS · texte numérisé non relu

LETTRES DE LA 31ÈRE AGNÈS

vivre dans une parfaite union : cela est fort admirable, et me fait désirer d'avoir part aux prières de toutes les deux.

Je suis à l'une et à l'autre toute acquise en Jésus-Christ Notre-Seigneur,

Sœur Agnès de Saint-Paul.

Je vous supplie, ma chère sœur, d'écrire le plus tôt que vous pourrez à la mère Baptiste, pour la remercier de la corbeille : encore que ma sœur Anne l'ait fait, cela ne suffit pas. Je crois que vous avez reçu vos livres.

GCXL.— A la sœur Marie de Saint-Joseph Midorge.

Quelles sont les ressources d'une religieuse privée de la consolation des observances régulières.

Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement !

Vers 16.34.

Ma très-chère sœur. Je ne doute point que votre état ne soit très-pénible, vous voyant privée de la consolation que vous receviez des observances régulières. Vous savez bien néanmoins que ces mêmes choses, quoique bonnes et saintes, se rapportent plus à l'intirinité humaine, qui a besoin de quelque chose de matériel, que non pas à Dieu, qui est un esprit pur et invisible. Cest pourquoi dans le ciel oi^i l'on est occupé dans des louanges continuelles, il n'y a point de temple, ni de lumière du soleil ni de la lune, parce que lAgneau est la lumière et le temple dans lequel les saints l'adorent sans cesse par l'union qu'ils ont à Dieu et à Jésus-Christ. C'est en cette manière que Dieu veut être honoré de quelques âmes en certain temps de leur vie. Il leur ôte le pouvoir d'aller à l'église, pour leur en faire trouver une dans euxmêmes, où le Fils de Dieu nous ap{)rend que le royaume de Dieu se trouve. Que si son royaume est dans nous, son temple y est aussi, et nous l'y trouverons toujours si notre foi est assez éclairée pour ne [)as ignorer une si grande vérité, C^est donc bien à tort, ma chère sœur, que nous nous plaignons de ce qui nous manque au rlchors, puisque nous avons tout au fond de noire âme, où nous le possédons bien sûrement,

«:CXLI. — A LA !HKRE MARIE-AN(;ELIQrE ARNAII.I». •.ir^\

parce ([lie rainour-propre n'y a point d'entrée, an lien ([ne nons le devons bien craindre dans les choses qui nous apportent de la consolation ; car c'est ce qu'il cherche que d'avoir «juelqne chose d'extérieur à quoi se prendre, ne pouvant se satisfaire dans ce qui est tout S|)irituel. Notre-Seij^nrur nous enseii^ne, quand nous voulons prier noire Père céleste, d entrer dans noire cabinet et de fermer la parle sur nous, de peur que notre amour-propre y entre; et en un autre lieu il nous ordonne que notre main gauche, qui est noire [trofjre intérêt, ne sache point ce que fait la droite, qui est l'intention que nous avons d'agir pour Dieu seul. Vous voyez par là, ma chère sœur, (jue lors(iue nons sonmies i)Iiis dénuées de dévotions sensibles, notre àme s'élève plus purement à Dieu et reçoit plus de force et de grâce, quoiqu'elle ne s'en aperçoive pas, si ce n'est (lu'elle soit tort spirituelle. Mais il faut tâchera le devenir en jugeant des choses non pas selon l'apparence, mais selon que Dieu en juge; et vous savez qu'il dit d.ins l'Écriture sainte (jiie bienlieurcu.r est celui <iui souffre tentation, parce que quand il sera éprouvé il recevra la couronne dévie. Dites souvent à Notre-Seigneur avec les apôtres : Seigneur, au(jinentez-nous la foi, et mettez-nous au nombre de ces justes (pii vivent de la foi.

Je vous supplie très-humblement, ma chère sœur, de me donner part aux mériles que vous ac(inerrez dans votre solitude intérieure et extérieure, et de croire que je désire d'être à vous autant (jne l'obligation générale que j'ai a toutes mes sœurs, et celle dont je vous suis redevable pour la couliance particulière q«ie vous avez eu nous m'y oblige.

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