LETTRE DE LA MÈRE AGNÈS
sire de nous rendre esclaves de la justice, l'un et l'autre agissant en nous pour attirer notre consentement, qti'il ne faut que donner à la grâce pour être délivrés du règne de la mort, duquel nous ne saurions nous garantir par nos propres forces, puisque ce n'est pas de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. Ainsi, celte excellente personne queJésus-Ciirist jtossède maintenant m'écrivoit une fois ces paroles : « Je crois que ce ne seront pas vos bonnes volon- « tés qui vous amenderont, mais la mort de votre volonté, et « l'anéantissement de votre propre action ; » ce qui m'a depuis servi de règle pour ne donner plus de vie à mes désirs, mais les perdre dans ceux de Dieu, à qui la mort des saints est précieuse; et je l'entends de la mort intérieure par laquelle nous devons mourir non-seulement aux choses mauvaises mais aux bonnes, qui est une mortsainle, digne d'être animée de la vie de Jésus- Christ, qui est la résurrection et la vie des âmes qui anéantissent eu elles tout ce qui n'est point de lui. Je ne vous eslime pas plus mauvais pour être toujours dans vos promptitudes et vos impatiences (qui peut-être ne vous quitteront jamais'; mais je désirerois que votre esprit fût tran- (juille et patient dans la vue de cette imperfection, ne désirant poiut d'en guérir, mais bien de la souffrir, qui est une manière plus séparante que toute autre séparation. Et je vous dirai que j'ai aj)pris dune àme fort travaillée de la colère, qu'elle en avoit été soulagée par un instinct que Dieu lui donna de se livrer à cette passion pour en souffrir les violences; en quoi elle fit un sacrifice à Jésus-Christ qui lui coûta beaucoup, sinon tjue le mouvement de la grâce ne lui permit pas de le considérer, remportant connue un torrent par son impétuosité, qui est en quehjue manière perdre son âme, comme le Fils de Dieu le commande, afin de la sauver. Je ne change point d'avis dans la créance que j "ai prise que vous étiez fort assujetti à la divine Providence, hien que vous vous accusiez d'entrer (juelquefois dans l'in(|uiétudesur se sujet, ce qui est plutôt une soulfrance qu'une infidélité, ne pouvant empèclier (jue des objets si présens n'emportent votre esprit à les considérer, et n'impriment quelque défiance a (juoi vous vous rendez par une intfdélilé passagère; mais le fond ne change pas pour cela.