‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 46 sur 247 · X.VV. — \ MONSIEIU II-: MAIIUE · texte numérisé non relu

X.VV. — \ MONSIEIU II-: MAIIUE

de mépriser le mariage comme un étal imparfait (pic saint Paul souffre à la vérité, mais qu'il persuade autant qu il peut de ne choisir pas, que votre témérité (jui avilit la di^nilé de l'état ecclésiastitjue i»ar la considération des vices des |)arliculiers, qui ne sauroient lui ravir la sainteté de la grâce, non plus que diminuer les vérités de la foi? A (jui vous adresserezvous maintenant jiour prononcer i'analiième contre moi, ayant tous les prélats de l'Eglise pour partie, votre invective ne faisant aucune mention qu'il y en ait d'exempts de la condamnation dans la(pielle vous les envelo|ipez tous? Celle pièce que je puis produire contre vous n'est-elle pas capahle de vous obliger à faire la paix, et à me pardonner d'avoir quel(|ue peu passe les bornes du respect que je dois à ce tjue l'Eglise approuve, comme je vous excuse de vous èlre oublié de la révérence que vous devez aux dieux de la terre qui sont établis pour juger, et pour n'être jugés de personne, (pioique la sainteté de leur vit; ne soit pas toujours égale à la liignité de leur ministère? Il suffit (ju'il y en ait encore plusieurs puissans en œuvres et en paroles, du nombre des(|uels je veux es|>érer que vous serez, n'y ayant rien de plus aisé {|ue de faire d'un bon chrétien un excellent ecclésiastique, et d'un séculier qui n'a point de vices ini |>rctre qui aura toutes les vertus. Car quelle place pourra i»rendre l'ambition dans votre esprit d'où vous l'avez déjà bannie? Auriez-vous de la vanité prêchant les vérités divines, aux(|iiell».'s la créature n'a aucune part, n'en ayant [loint eue dans les applaudissiMiiens où l'on vous attribue avec raison la gloire des heuieux succès (jui vous arrivent*? Vous êtes comme ce personnage de l'Evangile a (jui il ne manquoil qu'une seule chose pourêlre parfait, quiéloit de suivre le Fils de Dieu : et c'est aussi c- (jue vous lui demandez tous les jours en vos prières, comme vous dites a la lin de votre lettre, n'ayant pu empêcher que ce mot ne soit sorti de l'abondanc».' de votre co'ur. Conlinnez, mon très-cher neveu, un(! pric're si sainte jus(pra ce (|ue U' Fils de Dieu vous ait l'ait un royaume et un :-acerduce en son san;:. Je joindrai mes vieux aux vôtres pour cela ; et (juand vous |iosséderez celtc' précieuse dignité, je n'aurai gaide d(; vous refuser l'amour <|nL' je vous dois comme a mon trcs-cher neveu, et la révérence

comme à mon père. Cependant je serai selon la mesure des dons de Jésus-Christ,

Mon très-cher neveu, Votre très-humble et très-affectionnée tante et servante. Sœur Agnès de Saint-Paul, I. R. B.

XXVI — A la mère supérieure des Ursulines de Châtillon.

Elle lui témoigne la compassion qu'elle a de sa peine; et sa joie en voyant raccomplissemeiii des desseins de Dieu sur elle.

'25 juillet 1634.

Ma très-chère mère, Je combats en moi-même si je dois entrer dans la compassion de votre peine, ou dans la joie de la complaisance que Dieu prend en l'accomplissement de ses desseins sur vous. J'accorde tous les deux ensemble, ma chère mère, ayant pitié de ce que vous souffrez, sans vouloir néanmoins aucun changement en Tordre de la divine sapience qui doit tout assujettir à soi. Votre répugnance est votre adhérence, n'en doutez pas, puisqu'elle vient d'im principe que Dieu approuve et que Dieu fait lui-même en vous, qui est votre humilité. Il se contente que vous ne lui résistiez pas; et plus vous avez de peine à vous rendre, plus il prend de puissance sur vous, sachant bien que le fond est tout à lui, et que ce n'est pas que vous ne vouliez bien lui être sacrifiée si vous croyez être une hostie digne de sa sainteté. Quand vous aurez reçu les prémisses de l'Esprit par une lettre de M. de L.', vous n'aurez plus aucune pensée que de vouloir bien être ce qu'il veut que vous soyez. Vous serez en silence quand il aura parlé, parce qu'il dit, et toutes choses sont faites; il commande, et l'on voit aussitôt en être ce qui n'en avait point. Je ne saurois assez vous confirmer, ma chère mère, les assurances de la donation que nous vous taisons de nous-mêmes. J'ai charge de notre communauté pour cela, et c'est un droit qui vous est si acquis en suite de ce (jue vous êtes à M. de L. (cVst-à-dire des meilleures de ses bonnes filles), que vous en devez jouir comme de

1 M. de Lfumres.

XXVI. — A LA MKRE SUPÉRIEl RE DES IRSILINES DE CnATlI.LON. U»

votre propre; et pour mon particulier, ma clière mère, (jue Jésus-Christ, Notre-Seigneur, ma liée àvoussiélroilemeutque sa grâce supplée à tout le défaut de connoissance que je puis avoir de vouS;Vousvoyauteii Uiidunœildedileclion Irès-parliculiére, et ce n'est pas merveille si l'on connoît votre bonté qui se rend si visitjle. Je ne désire pourtant pas que vous croyiez à mes paroles, mais que vous en tiriez des elfets tels qu'il vous plaira, sans avoir égard à mon incnpacité qui pourra bien être suppléée de la parfaite volonté que j'ai de vous être assujettie, car il n'est rien d'impossible à la charité. C'est assez dire sur ce sujet à une personne toute disposée à me croire, l»uisqu'il est vrai qu'on juge autrui par soi-même, et(|u'ayant un si bon cœur pour nous, vous ne pourriez pas douter de la fidélité des nôtres.

Nous avons des nouvelles de M. de I^.' de vendredi dernier. Il nous mandoit par le i)récedent courrier que sa fièvre le reprenoil de temps en temps. Il faut qu'elle soit réglée puisqu'on en parle par accès. Nous ferons re[)rocheà Paris, de ce qu'on nous en écrit qu'il se porte assez bien. C'est a nous de le conserver en nous rendant telles que Jésus-Christ ne nous puisse refuser ce que nous lui demanderons en son nom et pour la gloire de sa divine majesté.

Nous ne craignons plus ici ie duc Charles qu'on dit qui a été repoussé, niais le roi de Hongrie qui veut passer en Flandre, et, s il ne peut, il ravagera quelque jjroviuce (jui seroit celleci comme étant le plus à sa bienséance. L'on fait des prières en celte ville depuis trois mois; c'est notre tour dans huit jours c<tnnne étant les dernières, et nous devrions accomplir la parole de l'Ecriture, i\ui dit que la tin de l'oraison est meilleure que le connnencement. Nous vous demandons les vôtres, ma mère, pom* réparer notre indignité.

Je vouscongratule (le votre boniK! lille, ma sœur Anne de la Sainle-Triiiite, (jui se hâte tant iju'elle ptut dedevenir sainte. Je vois d'ici la joie de son cœur de vous rendre ce que vous lui avi'Z prêté avec tant de tidélité et d'amour. Je crois (|iril fait fort bon vous voir ensemble, mais elle n'est pas raisonnable

' M. (le Lan^ret.

qu'elle vous devance à aimer son état plus que vous ne faites le vôtre; ils sont tous deux saints et par conséquent également aimables, l'un d'un amour de complaisance, et l'autre de souffrance. Je m'en allois écrire à votre bonne assistante, mais une affaire pressée m'en a dérobé le temps. Je vous demande permission de la saluer très-humblement, et ma chère sœur Anne de la Trinité, sans intérêt de sa solitude, puisque Notre-Seigneur a dit qu'où il y auroit deux ou trois ensemble en son nom, il seroit au milieu d'eux. Voyez-moi, s'il vous plaît, ma chère mère, en votre compagnie et la sienne, car mon cœur ne vous quitte point, étant toute à vous pour jamais.

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