‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 48 sur 247 · XXVII. — A MONSIEIR ARNAILD d'aNDILLY. r>l · texte numérisé non relu

XXVII. — A MONSIEIR ARNAILD d'aNDILLY. r>l

lions bonnes et mauvaises; les mauvaises, parce qu'elles sont contraires a IMeu ; et les bonnes, comme n'ayant pas leur entière perfection à cause du mélange que nous faisons de nos propres instincts avec ceux de Dieu, qui ne doivent subsister qu'en lui-même, c'est-à-dire, ne nous les rendre pas propres, pensant qu'avec cela nous pourrons trouver Dieu qu'il faut clierclier par lui-même, recevant à toute beure une nouvelle inlluence de grâce qui nous j^ssède et nous emporte a lui, au lieu que nous le voulons attirer à nous et mettre l'immense dans le fini. Et c'est une cliose étrange que, pour rendre notre petitesse capable de Dieu, il la faut rendre encore plus petite, afin que de ce néant Dieu en tire une capacité digne de lui. Et je crois que Ton peut prendre pour preuve de cette vérité la parole de icsus-Cinii^L: qui perdra son âme, il la (jardera pour la vie éternelle ; ei c'est se perdre que de s'oublier et n'avoir aucun appui sur soi-même, entrant continuellement dans l'inlinité de la [)uissance divine jtour y trouver ce que nous avons perdu en nous-mêmes; ce qui nous met dans un état de résurrection par kM|uel, étant morts au pécbé,nous vivons à Dieu séparés de nos infirmités et revêtus de sa force ; et il n'est |»as possible de faire une action de vertu (}u'il ne faille entrer dans cette mort et dans cette vie, étant besoin de mourir a sa juopre action pour recevoir celle de la grâce, qui veut bien notre consentement, mais non pas notre mouvement; étant plus vrai dans l'ordre de la grâce que dans celui de la nature, quVn lui (c'est-à-dire en Dieu), nous vivons, nous mouvons el nous sonnnes, et que la conservation dans la giàce est aussi continuelle que celle de l'être, n'y ayant [)oint de moment qu'elle ne nous soit otlerte ; ce qui me donne dévotion au titre <|ue Dieu prit autrefois (|uand il s'appela Celui qui est. Dans le ciel 1»'S saints le louent d<.' ce qn'it a éU', qu'il tsl et qu il sera. Mais en la terre il faut seulement considérer qu'// est, et tàcber de faire (|u'il soit en nous dans cliaque moment. Une si l'on manque de le faire en run,s'ellor(er que ce soit en l'autre, sans s'arrêter au temps perdu qui nous teroit perdre celui que nous possédons. Je ne trouve rien si utile, mou clier freie, «pK; d aller toujours, sans faire refie.vion sur ce (|ue nous avons fait. Notre-Seigneur dit expressément que celui qui

regarde derrière soi n'est pas propre au royaume de Dieu. Et il me semble que de regarder nos manquemens de la manière dont nous avons accoutumé de les voir (qui est avec confusion de notre misère en tant qu'elle humilie notre amour-propre), c'est les renouveler, et nous servir de la lumière que la grâce nous donne pour les connoître et nous en retirer, pour nous y enfoncer encore davantage, selon que dit le Fils de Dieu : que si la lumière qui est en nous est ténèbres, ces ténèbres seront extrêmement grandes.

Et à propos de ces paroles dont j'ose me servir pour exprimer mes petites pensées, je vous supplie très-humblement, mon cber frère, que votre principale lecture de dévotion soit le Nouveau-Testament qui est vraiment le livre de vie, où l'onction de la grâce est répandue pour les âmes qui y cherchent la source de la dévotion où tous les autres livres l'ont puisée. Les autres lectures se font par la capacité de notre propre esprit; mais pour celui-là, il faut que le même esprit qui l'a dicté en donne l'intelligence en l'imprimant dans les cœurs qui en sont les livrcsvivans, où ces paroles qui sont esprit et vie produisent des fruits de la vie éternelle : et comme pour adhérer aux vérités de la foi, il faut que l'entendement se captive pour recevoir la doctrine qui lui est proposée^ de même pour rendre le respect que nous devons à ces mêmes vérités, en ce qu'elles regardent les mœurs et le règne de la grâce, il leur faut donner entrée dans un parfait silence du cœur qui ne répugne point aux lois qu'elles voudront imposer à nos affections, leur donnant le pouvoir de détruire tout ce qui s'oppose à leur établissement. Vous vous êtes longtemps occupé de la vie de Jésus-Christ pour en découvrir les secrets et les lumières; il reste d'en ressentir les ardeurs, et de vous laisser consommer de ce feu qu'il est venu allumer en la terre. Nous en avons la fournaise sur les autels^ et c'est en la présence du Saint-Sacrement qu'il se faut mettre pour écouter ces paroles divines qui sont un feu violent, dont il promet de parler aux cœurs desâmes qu'il tire en la solitude, c'est-à-dire quiseséparentd"elles-mèmes,se taisant devant lui i)Ourprèterroreilleàce qu'il leur dit par des effets de sa présence en elles. Je vous renvoie à ses instructions intimes et secrètes, où l'on apprend

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la science des saints, sans (jn'il soit besoin debeancoup d'ctndo, mais seulement d'une grande fidélité pour ne se point lasser d'apprendre, encore qu'on oublie souvent ce que l'on a appris. Si j'avois profité en cette école, je vous entretiendrois plus utilement; votre bonté suppléera à tout, et me rendra digne de la continuation de notre sainte et nouvelle alliance en Taniour de Jésus-Cbrist.

XXVIIî.- A Monsieur le Maitre.

Klle s*u|)posc encore à ce qu'il s'engage duns le mariage, el relève l'excellence de l'état ecclésiastique.

De Solrc-Datnede Tard, ce 26 août 1634.

Mou Ires-cber neveu, Je crois qu'il faudra enfin que mon innocence succombe à votre suffisance qui m'accable tellement tle ses belles et bonnes raisons, que je n'ai |)as lieu de défendre les miennes qui demandent un es[)rit charitable et non rigoureux pour être approuvées, n'étant pas revêtues des ornemens dont les vôtres se rendent si recommandables (lu'on n'oseroit entre[)rendre de les attaquer, de peur d'avoir toujours du pire; ce qui m'auroit fait perdre le courage de réjiliquer, si je n'élois obligée à prati<|uer la juste colère dotU vous m'enseignez qu'on doit faire usage quand on nous biàuie de ce (juilomberoil sur Dieu, si nous étions dans les erreurs qu'on nous impose.

C'est la troisième fois que vous m'accusez d'avoir fait injure au vénérable sacrement dont vous entreprenez la défense, fermant votre ccL'ur et vos yeux à l'explication (|ue je votis ai donnée, (jue je ne rcgardois (jue votre |»arliculier, (|ui portez, cerne sendjie, le nom do l'Agneau écrit sur le Iront, poin- être de ces cent-quarante mille (jui le suivent partout où il va. Dans cette pensée à lafjuelle j'ai donné tant de créance (|ue je l'ai mise pour im ailich; du synd)ol(', non de ma foi, mais de mon espérance et de ma charité, ai-je eu tort de m'écrier contre le dessein que vous me disiez avoir de vous lier à une créature, «'l d'fMitrer dans nu état (pii n'est |ias de vrai soiiillé parer (|ue bien Ta sanctifié, mais d'une sanclilicalion bcaiicoiii» moindre que celui qui vous est olTerl, comme j'ai toujours présupposé pour fondement de mes reproches? Que si vous me

pouvez prouver que Dieu vous appelle à aimer une femme, comme Jésus-Christ a aimé l'Eglise (et non plutôt à aimer et servir l'Epouse du Fils de Dieu pour laquelle il s'est donné luimême), je n'aurai plus rien à dire contre vos prétentions. Je vous verrai dans le commun des hommes^ sans vous savoir mauvais gré de n'être pas plus qu'homme, sachant bien que personne ne peut aller à Jésus-Christ, si son Père ne le tire, ni s'approcher du Père sinon parle Fils. Mais de ne vouloir pas écouter les semonces que la grâce vous fait, et de vous faire pauvre pouvant être riche, c'est un abus que le sage ne peut soulîrir sous le soleil; ou de dire que Ton sera rempli des grâces du ciel dans un état qui en est moins favorisé que pas un autre, il faudroit une patience plus grande que celle du plus doux de tous les apôtres pour le supporter, et ne pas dire comme il faisoit à un es[)rit trompé de la bonne opinion de soi-même : Tu dis que tu es riche et que tu n'as faute de rien, el tu ne vois pas que tu es misérable, pauvre, aveugle et nu.

Vous crierez encore contre moi que le mariage n'est pas une misère, un aveuglement, ni une nudité spirituelle, puisqu'il contient la grâce aussi bien que les autres sacremens. Mais quelle grâce en comparaison de celle du sacerdoce! Etoseroisje dire (à peine de vous mettre des armes en main pour me combattre), que si ce ministère de mort et de condamnation est glorieux, le ministère de l'esprit surpasse tellement en gloire qu'il semble que le premier n'en ait plus, et qu'il doive céder à la gloire et à la splendeur de la chasteté. Et ne vous offensez pas, s'il vous plaît, que j'appelle le mariage une loi de condamnation et de mort, puisqu'il ne regarde que les personnes mortelles et condamnées à vivre dans la prison d'un corps qui ne leur permet pas d'imiter la pureté des anges.

Qu'eussiez-vous dit du Fils de Dieu quand il répondit à celui qui lui demandoit permission d'aller ensevelir son père, qu'il laissât les morts ensevelir les morts ; et que lui quiavoit trouvé la vie, qu'il devoit annoncer le royaume de Dieu? Ne vous fussiez-vous pas scandalisé de cette parole, et estimé Jésus- Christ contraire à la loi qui commande d'honorer son père, et que pour établir une loi plus parfaite, il détruisoit celle queDieu avoit donnée, appelant vie et royaume de Dieu le contraire

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