‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 49 sur 247 · XXVIII. — A MONSIEUR LE MAITRE · texte numérisé non relu

XXVIII. — A MONSIEUR LE MAITRE

de ce que Dieu commande, (juoique dans sa pensée divine ce ne soit pas lu ruine, mais raccomplisscment de la loi de nous commander la haine de ceux qu'elle nous ordonne d'aimer ?

Ainsi je vous ai parlé avec mépris du mariage, non en luimême, mais en comparaison de l'état ecclésiastique qui est une association de personnes vivantes, et l'autre une compagnie de morts qu'il faut laisser ensevelir l'un l'autre sans prendre part à leur mort. Pour ce qui est de la défiance que vous ave? de vous-même, n'osant espérer d'être du nombre des bons parce qu'ils sont plus rares que les mauvais, vous louerai-je en ceci? Je ne vous loue point, car j'ai appris du Seigneur qu'il faut être parfait comme le Père céleste, sans regarder si cette condition se retrouve en d'autres; et il n'y aura jamais en effet aucune créature qui y arrive. Et faut-il désespérer d'être sage parce que l'Ecriture sainte dit que le nombre des fous est infini ? Ne savez-vous pas bien (car vous n'ignorez aucune chose) ce que disoit une grande sainte, que l'orgueil est au ciel,, et l'humilité en enfer, les âmes généreuses aspirant aux plus excellentes grandeurs, pendant que les personnes communes ne souhaitant que de petites grâces, se rendent dignes d'être privées de toutes et de se trouver au lieu de la pins profonde bassesse. Soyez donc orgueilleux, mon très-cher neveu, de l'orgueil qui faisoit dire à un saint, qu'il ne vouloit point d'autre récompense que Dieu même ; et (|uand il n y auroit (|u"un bon ecclésiasticjue au monde, promettez-vous d'être le second, et de transporter par votre foi la montagne de tant de difficultés dans la mer de la grâce divine.

Vous finissez votre lettre par celte parole, n'étant pas en votre pouvoir de mettre tant de cendres sur votre feu, (juil n'en sorte toujours (juehjue bluetle; et j'achève celle-ci de même par une secrète intelligence (jui nous rendant contraires nous met dans un parfait accord, ne voulant (jue ce (|ue vous voulez, parce (jue vous voulez ce que je désire; trouvant bon que je sois ce «jue je ne veuv point cesser d'être, c'est, .Mon très-cher neveu, Votre très-humble et frès-aU'ection née servante et taiilr. Sœur Agnès de Saim-Pvii. I. i;. i:

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