LETTRES DE LA MERE AG1SE
voir l'usage qu'il en faut tirer. Il y a une merveilleuse grâce dans les paroles de l'Écriture sainte qui sont la vie de l'âme, comme le Fils de Dieu l'a enseigné. Le Verbe de Dieu qui est la parole éternelle est la propre substance de son Père, et ses paroles temporelles nous communiquent sa propre nature, nous appelant enfans de Dieu, et faisant que nous le soyons en vérité.
Je laisse ces petites pensées de dévotion, pour vous parler des choses du monde. Ma sœur le Maitre nous a mandé le motif que vous avez eu de destiner mon neveu de Trye aux armes ; cette rencontre est un trait de la providence divine qui me fait espérer qu'elle en bénira le succès. Je pense que votre petit Jules-César le suivra en cette profession : son nom le porte à cela, si ce n'est qu'il se veuille ranger à la milice chrétienne, où les combats sont plus généreux et les victoires plus glorieuses. Ne doutez pas, mon très-cher frère, que je ne continue d'avoir un souvenir très-[)articulier de votre famille devant Dieu, qui ne me permet pas toutefois de lui demander ce que je voudrois bien, qui seroit quelque soulagement dans les soins oïl vous êtes, mais plutôt une acceptation de ce même état pour en souffrir la dureté, et un transport de vos pensées vers les choses éternelles ; à quoi les incommodités de la vie présente peuvent beaucoup servir, n'ayant voire cœur que dans les trésors du ciel et de la grâce qui enrichit en la même manière que Dieu est riche sans avoir rien, parce qu'il est plus que toutes choses. Que si la misère de notre condition nous met dans le besoin des choses temporelles, elle ne nous oblige pas néanmoins de dépendre d'elles, pouvant en avoir notre cœur aussi séparé que si elles nous étoient étrangères. Je me trouve donc dans l'abandon à Dieu pour vous, désirant absoliunenl les secours de sa grâce, et ceux de la terre autant seulement (juc sa sagesse divine connoît qu'ils vous sont nécessaires, sachant d'ailleurs que moins on les demande et plus on les méi ite, parce que c'est i)référer Dieu à soi, s'oubliant soimême pour ne penser qu'à lui ; ce qui lait que l'oraison des saints est appelée un sacrifice et un encens qui monte à Dieu, ne la faisant pas pour obtenir ce (pii leur est propre, mais ce qui est de l'intérêt de Dieu eu eux, duquel ils cherchent le