XXXI. — A MONSIKIR ARNAUD D'aNDILLY. (i:i
royaume et la justice, ne se souvenant presque pas qu'il y ait autre chose à désirer.
Je vous demande pardon, mon cher frère, de vous recominencer toujours les mêmes choses où je me trouve insensiblement, quoique j'aie dessein de l'éviter, ce qui m'empêche de vous promettre que je n'y retomberai plus puisque c'est contre ma volonté, et que la vôtre «st trop bonne pour manquer de patience à souffrir ce qui part d'un cœur vraiment sincère et [)lein d'atfection pour vous. Et puis, je parle pour moi-même qui suis peut-être plus avant que vous dans le souci des choses temporelles; les incommodités de notre monastère ne nous permettant pas d'en être en repos, sinon dans la soumission à iMeu qui ne nous en veut pas exempter. Quand je m'y trouve plus engagée que je ne dois, j(,' n'ai |)oiul d'autre remède (jut; de souffrir ces inquiétudes sans minquieler, et demander à Dieu qu'il me rende fidèle pour ne recevoir aucune de ces pensées (jue je regarde comme autant de blasphèmes contre sa providence et d'outrayes à son amour, (jui veut pour lui ce que nous donnons à ces apphcations superflues.
Maisc'esl une autre superfluité ijuc (ont ce que je dis ici qu'il me faut retrancher, et Unir cette longue lettre en me réjouissant de la santé de ma chère sœur, que je salue très-humblement avec votre permission, et madame de la Boderie premièrement a <|ui je suis Irès-humhle servante, et à vous, mon très-cher frère, tout ce que Dieu veut, puiscjne ce n'est plus en Adam, mais en Jésus-Christ <jue nous sommes liés d'une charité éternelle. Ma sœm- Jeanne de Saiut-Josefdi vous salue et vous aime comme son h ère, et ma sœur Marie de Jésus Christ connue son devoir l'y oblige.
Mon très-clier frère, je ne saurois moins que de vous faire des excuses de limpertineuee de celle-ci (jui commeiue i»ar mie demi-feuille; vous devinerez bien que j'ai ùté la seconde pour des fautes (juej'y avois faites : une autre foisje ferai pire, car je corrigerai uk s mancpiemens sans recommencer, parce t|ue vous êtes mou bon lieiequi me pardonnerez tout.
il me vient de venir en peui^ée que peut-être aurez-vousde Il peine de ce que je vous dis de l'incounnodité de notre monastère, crovaut peul-<";treque nous y pâlissons (|iiel(jue chose;
mais je vous assure bien que non, et que nous y avons abondamment ce qui nous est nécessaire; il n'y a que le désir de satisfaire à nos créanciers qui nous met un peu en peine, à quoi Notre-Seigneur pourvoit en leur donnant patience; et puis nous ne craignons pas qu'ils nous mettent en prison, car cela est déjà fait pour une dette d'amour au Fils de Dieu, que nous n'aurons point achevé de payci- jusqu'à ce que notre âme sorte de la prison de ce corps, et encore faudra-t-il aller ailleurs pour rendre jusques à la dernière maille; et ce sera à celle heure qu'il faudra avoir pitié de nous.