‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 59 sur 247 · XXXH. — A MONSIEUR ARNAUD D ANDILLY. H · texte numérisé non relu

XXXH. — A MONSIEUR ARNAUD D ANDILLY. H

honorer la vie conversante du Fils de Dieu, ainier l'embarras comiTie vous avez aimé la quiétude, et vous rendre aussi sociable que vous avez été caché. Je crains seulement une chose, qu'ayant toujours eu si grande inclination au travail, à présent qu'il ne sera plus volontaire mais nécessaire, vous ne vous y jetiez si avant, que ^ous n'en demeuriez accablé; cir quand . un instinct naturel à la vertu est lorlilie de lobliyaliun, il n'y a plus de bornes qui l'empêche de tomber dans l'excès; et cependant, mon très-cher frère, il le faut, s'il vous plaît, éviter, puisque vos forces ne sont pas inOnies comme votre courage; l'esprit surchargé ne se possède plus et ne se peut défendre du chagrin qui au lieu de l'avancer le recule, et lui l'ail perdre la précieuse lraiu|uillilé (jui est l'ornement de la vie civile, mais plutôt de la>ie chrétienne, puis(jue le Fils de Dieu ne parle (jne de paix en son Evangile, et ()ropuse comme Tunique instruction (pie nous devons api)rendre de lui la douceur et rhumililé de cœur.

C'est cette fois, mon très-cher frère, que je lais tout a fait la prêcheuse, comme si j'avois oublié que je suis une lille et votre petite cadette ; mais vous m'avez commandé tant de fois de ne me point souvenir de ma cundilion a \olre égard, que j'en ai pris une habitude qui m'ùle la réllexion sur ce (|ue je vous dis. A ([U(»i j'ajouterai encore ce mot de récréation, que si linaccessibililé est tenue pour une hérésie quand on l'attribue à la personne même de Jésus- (Ihrist, elle Sera bien plus condamnable eu une créature qui doit être dans une continuelle accessibilité envers luulcs sortes de personnes. Que s'il y en a tant qui par un esprit de prudence se rendent si all'ables qu'ils contentent tout le monde, |)<)urtpioi vos intentions qui ont im objet bien plus haut ne vous donneroienl-elles pas le même avantage, luisant cesser la plainte du Fils de Dieu, de ce que Ica enfaia des Iciièbns svnl lilus ijnnltiii> (juc tcu.c de la lamièn'/ Il est temps de hnir, mon cher frère, et de retrancher ces longues lettres qui vous pensoienl tntuver de loisir. Je n'attends plus l'honneur de recevoir des > êtres, et je se-rois marrie (|ue vous eussiez seulement la pensée de m'en donner : je connois Notre cd'ur incapable de changement, c'est pomcpioi dans votre silence je me

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tiendrai aussi assurée de votre bonté pour moi que si vous m'en rendiez souvent des témoignages, que je vous supplie seulement de renouveler quelquefois devant Jésus-Christ, puisque c'est en son amour que je suis toute à vous,

Sœur Agnès de Saint-Paul, I. R. B.

Vous avez maintenant mon frère Arnauld auprès de vous, je vous supplie de me permettre de lui faire mes très-humbles recommandations, et de faire savoir à mon neveu de Trye* qu'il a ici des tantes en plus grand nombre qu'il ne croit (car ma sœur Jeanne de Saint-Joseph en veut èlre), dont il se peut assurer d'avoir pour lui une aiïection singulière et un désir nonpareil que la giàce du Fils de Dieu ne l'abandonne jamais. Je fais le même souhait pour mon neveu de Séricourt. Je me réjouis du bonheur de ces enfaiis à qui Jésus-Christ vous a donné quand ils pensoient vous avoir quitté.

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