‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 60 sur 247 · XXXIII. — A Monsieur Arnauld d'Andilly · texte numérisé non relu

XXXIII. — A Monsieur Arnauld d'Andilly

Sur les avantages de la grâce de Jésus -Christ au-dessus de la grâce de l'état d'innocence et sur les moyens de trouver et servir Dieu dans des états el des O(?cupations publiques.

Ce 29 novembre 1634.

C'est ici la réponse de la petite lettre qu'il vous plut de m'écrire en sortant de Paris, où j'ai trouvé votre esprit dans l'assiette où je le pouvois désirer, de droiture vers Dieu et de modération dans les favorables effets de sa providence. La grâce a quelque chose d'éclatant qui la fait découvrir partout où elle est, mais principalement aux grandes occasions; c'est où l'on reconnoîl davantage ses qualités divines qui la rendent supérieure à tout ce qui est au-dessous d'elle. Avec cet appui, mon très-cher frère, ne craignez point que l'amour- propre infecte vos bonnes intentions. Il le fera sans doute par sa mauvaise inclination, mais le secours de la grâce de Jésus-Christ empêchera que ce venin ne vous empoisonne, comme il le promet en son Évangile, vous donnant le courage et la force

' C'était le fils aîné d'Arnauld d'Andilly. 11 entra ensuite dans Télat ecclésiastique et se retira auprès de l'évéque d'Angers, son oncle. Mais à celle époque il élait à l'armée, ainsi que son cousin, le Maitre de Séricourt.

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de ne jamais adhérer à ses iiittincls. ce qui sera toujours tant que vous aurez la volonlé de ne lui donner aucune pari en vos œuvres. Si la malignité de notre nature corrompue à nous attirer au mal ne pouvoit être convertie en bien par la sainteté de la j.aàce, le Fils de Dieu, (|ui est un libérateur tout puissant et de (jui l'amour intini na rien laissé à faire pour l'avantage de ses créatures, l'auroit anéantie, et rétabli la première innocence ; mais il y auroit eu delà perte pour nous qui n'aurions recouvié que la même grâce ijui avoit été perdue, au lieu que celle (jui nous est donnée par Jésus-Christ est inliniment pins excellente et |)lus efficace, ayant à vaincre les n|»positions qu'elle trouve en nous qui, en sa vertu et en son ^outlen, ne nous doivent faire aucune penr. Ne craignez donc rien, mon très-cher frère, tandis que vous aurez une bonne volonté à hKjuelle la pai\ et la j-ràce est promise, el n'appréhendez pas non plus de la jx'rdre, puis(jue les dons de Dieu sont sans repentir, et qu'il désire davantage de vous les accroître que de les lelirer. Il n'y a (|u'à conserver votre âme dans les bons sentimens (lu'elle porte pour Dieu, et avoir votre reiiard vers lui autant que vous aurez de liberté de vous séparer des choses qui vous en empêchent, si l'on doit appeler empêchement une nmllitude d'all'aires nécessaires et justes ijui vous aideront plutôt à trouv r Dieu (jue le perdre, puisque c'est par son ordre que vous les faites, pouvant bien avoir deux maîtres à la fois (piand ils ne sont pas contraires et {|ue l'on rapporte l'obéissance de l'un a la soumission que l'on doit à I autre, servant celui (jui règne en la terre pour l'amour du souverain (jui commande dans le ciel. Ainsi, mon très-cher Irere, autant de fois cpie vous vous ap|di(iuez a votre ofli^e, ce sont autant de louanges (pie vous rendez à Jésus-Chiist, qui aime mieux maintenant que vous traitiez avec les hommes que de converser avec les anges, il ne vous faut plus d'autre oraisori (pie celle-là, et le Fils de Dieu n'en rece\ia point de >olre part quand vous n'aurez pas satisfait a tous lesde\oirsde voire charge. J'ai ;q»pi is d'une pcrsttnnc l(»it spirihn Ile (|ui est maintenant dtvaiil Dieu, (|ut les bonnes ànies sont soiMeiit plus unies à Dieu dans les actions extérieures que dans l'orai- 'un. parce (ju'en l'aclioii qui se fait par dcxoir (I avec une

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