LETTRES 1)E LA MÈRE AGNÈS
bonne intention, le cœur est à Dieu sans réflexion sur soi ; au lieu qu'en roraison on se considère souvent soi-même, prenant repos en la douceur de cet exercice avec diminution de la pureté de nos regards qui devroient être uniquement tournés vers Dieu. Que si Notre-Seigneur a blâmé sainte Marthe, ce n'a pas été de ce qu'elle n'étoit pas à ses pieds comme sa sœur, puisque l'occupation qu'elle avoitétoit très-bonne, mais parce qu'elle l'exerçoit avec tautd'emprefsement et de trouble qu'elle en perdoit l'esprit d'oraison, qui l'eût rendue plus parfaite que sainte Madeleine' qui navoit qu'une partie de la perfection (fjuoique la plus excellente), et elle les eût eues toutes deux. Je ne vous regarde donc pas, mon très-cher frère, dans un étal moins avantageux à votre perfection que celui de votre solitude; au contraire, je vois en votre emploi des sujets d'une vertu continuelle, et une obligation de pratiquer ce que dit saint Paul, usant du monde comme n'en usant point, ce qui demande une générosité vraiment chrétienne, qui ne s'enfuit pas du monde, mais plutôt fait fuir le monde de soi, selon la promesse du Fils de Dieu, que le prince de ce monde seroit jeté dehors pour faire que ses élus pussent vivre immaculés au milieu de ce mécham siècle, qui est l'épitbète que le même saint Paul lui donne, et qui est encore plus véritable qu'il nétoilde son temps.
Mais en parlant de ce saint, j'oublie qu'il a défendu aux femmes d'enseigner, et je fais ici la prêcheuse en pensant toutefois ne rien faire que de m'entretenir avec vous pendant un demi-quart d'heure (jue vous serez a lire ceci, et moins encore à y répondre, car il ne faut plus, s'il vous plaît, penser à cela qui seroit un larcin, votre temps étant au public et non plus à vous, ni vous-même à vous-même, mais à Jésus-Christ et au roi Que si vous êtes aussi Adèle au premier que vous le serez au second, je crois que vous aurez une place au ciel bien près de celle des apôtres. Toutes nos sœurs vous promettent leurs prières; ce sera une petite armée qui combattra contre Dieu pour vous jusqu'à ce qu'elle vous ait obtenu sa
1 La mère Agnès suit ici l'opinion de ceux qui liennenl la Madeleine pour la même personne que Marie, sœur de Lazare; ceUe opinion présente de graves diniîcullés et ne semble pas pouvoir s'accorder avec le texte Evangélique.