XXXIV. — A Monsieur Arnauld d'Andilly
Elle l'enlrelienl sur l'amour de Dieu, el lui en souhaite raccroissement
De Notre-Dame de Tard, à Dijon, ce }"' janvier {6T6.
Mon très-cher frère, Quand je n'aurois pas résolu de vous rendre mes petits devoirs en tous les mois de l'année, je serois obligée de le faire en celui-ci qui doit être la règle de tous les autres,et ne pas laisser passer un jour si particulier où les personnes du nionde se font des présens, sans vous oll'rir quelque chose en demandant à Jésus-Christ (ju'il renouvelle votre ànie dans des dispositions plus saintes qu'elle n'a point encore portées, alin qu'en celte nouvelle année, qui vous approche davantage de l'éternité que les précédentes, vous désiriez de plus en plus l'union à votre principe, allant à lui par amour à mesure que vous y êtes conduit par la nécessité de voir la lin de vos jours et de vos années. Le Fils de Dieu a accompli les siennes sur la terre sans y rien prendre pour soi, n'ayant pour unique objet (jne la gloire de son Père dans la(|uelle éloit compris notre salut. Ce sont les mêmes intentions (jui doivent gouverner notre vie, et hors lesquelles elle s'éloigne de la vraie vie et nous conduit à la mort; en sorte toutefois (jue la vue de ce (jue nous devons a Dieu nous touche de jtlus [)iès(|ue notre avantage, afin que nous rendions à Jésus-Christ un amour sans intérêt, comme le sien a été dans le seul instinct de sa charité divine.
C'est le présent (jue je désire que le Fils de Dieu vous fasse, '.'l celui-là même (|ue je vous sujiplie de lui présc.'ntcr, puis(jue \<»us ne le sauriez aimer s il ne ré[)and son esprit d'anioiu- en \()tre cœur, qu'il ne vous communi(|uera pas si vous ne l'aimez, car il aime ceux i|ui l'aiment. C'est une chose laNorable maintenant <|ue vousavez tant dallaire.^, de n'en avoir qu uniseule à faire pour Dieu. Aimez »■! faitrsloul c(;(|u'il nous plaira. L'amour a leiripire (le louks chost'S ; il règne dans riiiqtloi
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aussi bien que dans la solitude; et s'il entre davantage dans les négoces du monde que dans les élévations de l'esprit, il rendra ceux-là (dus saints, parce qu'il est le prix de nos œuvreset le poieisqui les rend solides devant Dieu. Nous avons sujet de beaucoup appréhender le jugement que Dieu fera de nous à regard de sa pureté et de sa droiture divine, devant lesquelles nos péchés et nos injustices nous rendent si coupables; mais je trouve encore plus intolérable le jugement de son amour, y ayant plus d'àmés qui font des œuvres de justice et de vertu, qu'il n'y en a qui correspondent à sa charité en lui rendant amour pour amour. Je ne vous soupçonne pas de cela, mon très-cher frère; vous avez le cœur si bon pour vos amis, que je crois que vous n'épargnez pas la plénitude de vos affections pour Dieu, et qu'à mesure qu'il vous donne des preuves de son amour par les sacrés mouvemens qu'il opère en votre âme, vous lui rendez des témoignages du vôtre par l'adhérence que vous avez à ses instincts ; sa charité toujours agissante obligeant notre fidéhté d'être toujours en action pour embrasser ses efTets, nous unissant à Dieu par eux, et faisant notre demeure en lui; étant en lui le propre de l'amour divin de nous tirer au lieu de son origine qui est le cœur de Dieu, où nous le possédons et sommes possédés deson esprit, qui n'est pas donné par mesure aux âmes qui sont en Dieu par amour; exprimant par cet état la résidence du Fils de Dieu dans son Père, duquel il épuise toutes les perfections, parce qu'il ne les tire pas hors de son essence, mais demeure inséparablement dans le sein qui le produit, et qui le rend Dieu comme son principe. Et peut-être oseroil-on donner ce sens aux paroles de saint Paul qui dit que Jésus-Christ n'a point la divinité par rapine, en ce qu'étant la vive image de la substance et la s[)lendeur de la gloire de son Père, il ne garde pas pour soi ce qui lui est communiqué, étant plus semblable à celui qui l'a rendu semblable à lui en ce réciproque de charité qu'en toutes ses autres perfections, qui lui donne une part égale à la production de l'espiit d'amour qui est le lien de leurs cœurs. Puisque nous sommes les enfans de Dieu, mon très-cher frère, nous devons avec lui pioduire son amour en nous par l'inhabilation sainte que nous aurons en lui opérant en nous.