‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 63 sur 247 · XXXIV. — A M(»>ïllErR \R>ALL1) D ANDILLY. /J · texte numérisé non relu

XXXIV. — A M(»>ïllErR \R>ALL1) D ANDILLY. /J

et nous laissant a son opération sans y mêler la nôtre qui feroil un eflet non saint mais souillé, n'ayant rien a taire dans les œuvres de Dieu que de consentir qu'il les fasse. C'est pour- (luoi il me semble que notre amour pour Dieu n'est autre clidse ijii'un délaissement a lui i)Our recevoir ses inlusions. I.t comme un saint disoit que la parfaite oraison étoit quand ou ne se souvenoit pas (|u'on étoit en oraison, parce que notre altenlion doit être si entièrement appliijuée à l'esprit de Dieu qui prie en nous, que nous venions à oublier notre prière : de même je voudrois diieque le parfait amour c'est (jiiand on ne sent pas qu'on aime, ne tirant pas cet ellet divin hors de son centre, mais y entrant pliilnt avec lui , et nous j)erdant en cet abîme pour n'être plus en danj^er de nous perdre hors de lui. C'est donc faire des actes d'amour que de n'avoir point d'actes; c'est rex|»rimer que de demeurer en silence, et travailler pour l'acijuérir que de ilcMHiuer en repos, d'im repos (|ui arrête tous les mouvemens de la nature pour soullrir le règne de Dieu, selon que l'K^lisc nous apprend en ces saints jours, que lorsque tout éluit en repos et en silence, le verbe de l)ie\i loulpuissant est venu visiter le monde.

Je ne sais comme me re|)rendre, mon tiès-clierfiere, pour revenir à mon point. Je \oulois seulement vous dire que je vous souhaite un accroissement d'amour en cette nouvelle année, afin que s'il y a (lueKjue imperfection en votre ime,elle soit réparée par cette «livine habitude (jui if'qtand une inlluence de grâce capable de sanctitier le |iéché même, piiis(juV/i ceux (jui aiment Dieu toutes choses coopèrent à bien. Le monde même garde c« tle loi au regard de ceux (|ui l'aiment; il leur pardonne tout, il en agrée tout, ses faveurs ne sont (|ue pour ces personnes-la , (juoicpie d'ailleurs elles n'en soient pas dignes; au contraire il n'a que des disgrâces pour ceux qui ne I aiment pas, il les juge sévèrement et les condanme injustement pour les moindies défauts (ju'il y trouNe, leins vertus lui sont odieuses parce qu'elles sont véritables et les siennes fausses, ce sont des œuvres de lumière et il <lemeui-e dans le> ténèbres. Ces mauvaises (jiialites ww. lonl quelquefois appn;liender qu'il ne vous traite rigoureusement, et qu'il ne juge >os justices (jui lui déplaisent davantage <|iie l'iniquité de ses

7i LETTRES DE LA MERE AGNES.

eiifans. J'espère néanmoins que ce sera à sa honte. Mais pourtant, mon très-cher frère, il s'en faut donner de garde, et ne pas ignorer les profondeurs de Satan et de ceux qui s'accordent à ses intentions. JSous sommes spectacles non-seulement à Dieu, mais aussi aux anges et aux hommes; et saint Paul vouloitr/i/e les fidèles fussent tels quils ne pussent être repris ni des Juifs, ni des Gentils, ni de l'Eglise de Dieu. Je suis assurée que vous contenterez toujours les gens de bien, mais il faut aussi s'accommoder aux autres; et en donnant votre cœur, vos louanges et vos unions à ceux-là, ne pas priver les imparfaits et ceux qui vous déplaisent de la bénignité qu'ils doivent trouver en vous pour supporter leurs défauts, d'une charité vraiment chrélieime qui embrasse les bons et les mauvais, oubliant ce qu'ils font pour aimer ce qu'ils sont et ce qu'ils peuvent être dans le changement de leurs cœurs, à quoi une conversation douce et supportante peut infiniment servir^ au moins à ceux qui la pratiquent par imitation du Père éternel qui fait lever son soleil sur les justes et sur les injustes.

Je m'arrête tout court, mon très-cher frère, dans l'étonneinent fie me voii' emportée à des libertés qui me conviennent si mal. Il me seroit plus facile néanmoins de demeurer dans le respect si vous n'aviez voulu en suspendre les effets pour me faire prendre un style qui n'est bon qu'à contenter votre humilité et contredire mon jugement. J'ai donc sujet de dire que j'ai été folle, mais que vous m'y avez contrainte; c'est pourquoi ma faute a non-seulement son excuse, mais son mérite; et c'en seroit une i)lus grande de douter de mon pardon que je tiens certain, comme il est assuré que ni la mort ni la vie ne me sépareront point de la charité que Jésus-Christ me donne pour vous, (jui sera, sil lui plaît, éternelle comme son principe.

Adieu, mon très-cher frère. Je vous présente les très-humbles recommandations de notre chère sœur aînée, ma sœur Jeanne de Saint-Jctseph, et de la petite cadette ma sœur Marie de Jésus-Christ. Si vous saviez la sympathie de nos trois esprits, vous diiiez que la Irès-sainte Trinité forme son image en la terre, et qu'où il se trouve des unions si étroites, il y a un commencement de paradis.

De celui de Notre-Dame de Tard, a Dijon, ce 1 ^^ janvier 1635.

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