XXXV. — A Monsieur Arnauld d'Andilly
Au sujet (le lu |)rise de IMiilisbouri,' par les Allemands. — il iruppailieiil qu'il Dieu de cunsolerdans l'aflliclioii.
Le 6 fcvrirr \Cy.i'').
Moi) tivs-clior frère, Je ne voii.s puis dire le ressenliniciil que je porte des mauvaises nouvelles (jue je viens d'apprendre, où je sais qu'il y a une infinité de suites extrêmement fâcheuses. Mon premier rej^Mrd , mou très-clier frère, a été sur vous que je crois autant touché de ce malheureux succès que s'il éloit tomhé sur voire propre personne. Je considère donc votre cd'ur d ins une douleur l»i(^n scnsihle, et je n'ai garde de vous dire (pif vous ne le devez pas, le sujet en est trop juste pour vous condamner ni tous ceux (pii vous acrompagnerd en cette atllictioii ; et j'ose croiii; (pi<; le lits de Hieu même, (pie saint F*aul appelle un Pontife qui a rompasuion de nos infinnilcs. a |)itié d(! votre soiitlrance. et f|ue vous pouvez aller librement au li(me de sa grâce pour être aidé en un temps où vous en ave/ beaucoup de besoin. Dieu n'aftlige jamais qu'à regret; il na [loint fait la mort et ne se réjouit point des angoisses de ses créatures. au\(pielles il veut plut()t faire part de sa béatitude. (Jue s'il emploie pour cela des moyens rigoureux, c'est qu'ils sont plus utiles (jue les favorables, et que ce lui est une gloire (b; changer le mal en bien. Il y a lieu de tout cela, mon bon frère, en cet événement, bien rude à la vérité, mais (|ui en la main de Dieu peutétrelres-avanlag«!uxa ceux(iui le soutirent, l>uisque son amour recueille avec une miséricorde très-parlieiiliere ceux (|ue sa iirovidence semble avoir précipités dans les plus grandes misères, (^est ce (pie la raison liumaino ne conçoit pas aisément, mais «pie la lumière de la grâce découvie aux enfuis de Dieu, «jui ensuite demeurent immol)iles ou pour le moins imiiiii.ibles dans les plus fàcheuv accidens . parce (pi'ils portent dinsdes vaisseaux déterre le trésor de la loi «pu; l'épreuve rend plus précieuse (pie l'or en la fournaise. Dans le jour de rdeiiiile, mon cher fiere, ou loiiies les rencontres tle notre vie sur la terre nous seront montrées, nous estimerons (pn; les plus ht iireiises au'oiit ete celles (pii nous
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auront donné sujet de retirer nos utleclions et nos espérancts de la terre, pour les mettre dans la solidité des choses qui doivent durer à jamais. Les infortunes du monde ne sont p.is si malheureuses qu'on les estime, puisqu'un malheur pour être au souverain degré ne doit point avoir de ressource; et quand on a perdu des faveurs temporelles, on ne perd pas pour cela le droit aux spirituelles, (juon est \)\us capable de rechercher;, et que la divine bonté communique plus libéralement aux âmes qui sont excluses des autres.
Je n'aurois garde de vous dire tout ceci, mon très-cher frère, ne le croyant point nécessaire, sinon parce que vous avez agréable que je vous écrive, qui fait que je ne pense qu'à remplir mon papier, non pour vous servir, mais pour vous obéir. Il n'appartient pas à une créature de donner du soulagement dans une affliction. C'est un titre que Dieu a retenu pour soi d'être le Père de miséricorde et le Dieu de toutes les consolations, qui fait qu'aussitôt quune âme est en tribulation, il se rend présent à elle d'une nouvelle manière, lui faisant sentir qu'il est le Dieu de son cœur, qu'il ne veut pas laisser dans l'amertume sans l'adoucir par son approclie. Vous avez cru, mon cher frère, que c'etoientles prières de nos monastères qui donnoient bénédiction aux affaires de delà; maintenant que les effets en sont contraires, en ferons-nous moins pour cela, et dirons-nous que Dieu ne nous exauce pas, puisque lui seul sait ce qu'il veut faire, et que nous ne lui demandons que le règne de sa volonté qui peut-être s'accomplira mieux dans la douleur de cette traverse que dans la douceur des bons succès qui l'ont précédée?
Je vous dirai une petite remarque, que ma sœur Marie de Jésus-Christ, qui vous a souvent présent devant Dieu et toute la famille, ces jours passés, avant que de rien savoir de tout ceci, se trouvoit souvent ces paroles en la bouche : In omni tribulalione et angustia noslra succurre nobis, piissima Virgo Maria; et il lui vint en pensée que cela vous étoit bien propre.
Vous ne comptez ici que deux sœurs, mais je vous réponds de trois, et que notre chère mère Jeanne de Saint- Josei)h porte un cœur pour vous qui n'est pas moins attendri de ce qui vous touche que si vous étiez son frère, et je ne doute pas qu'elle ne
\XXVI. — V l.K SttlK CATHERINK liK I.A Ml^^KRICORDE. 77
VOUS offre à Diou eu Cette qualité, que Jésus-Christ auteurd'uno charité si sainte ne hii accorde les hénédictions de sa grâce qu'elle lui demande pour vous. Elle vous salue très-humblement et ma sœur Marie, comme je fais qui suis tonte à vous, mon bon frère.
XXXVI —A la sœur Catherine de la Miséricorde '.
A roccasion de M. de Sérirourl que l'on croyait avoir élé lue à la prise de
Philisbouri;.
Ce 1 4 février 1 635.
Si la coui|iassion et la miséricorde qui fait prendre part aux afflictions d'aulrui n'éloit pas une vertu diNine, je noserois pas croire si assurément comme je fais que vous êtes vivement touchée de douleur et de pitié vers cette pauvre sœur- avec (|ui vous déplorez la perle d un entant que Dieu vous avoit donné aussi bien (jua elle, et (jue, portant toutes deux une même qualité au regard de lui, vous parlagez le ressentiment d'nne mort si rijioureusc et si peu attendue, (juoique devant Dieu elle n'ait pas été avancée d'un moment. Sa divine sagesse, ma chère sœur, avoit vu dans l'éternité qu'il finiroit «le la sorte, et bien (|u'il aimât infiniment celte créature (car il ne peut rien haïr de toutes les choses qu'il a faites), il veut néanmoins en disposer ainsi, ne voyant en cela rien d'opposé aux grâces éternelles desquelles il vouloit lui donner part, mais jilulnt une marque de son élection, puis(|u'il est dit (|ue Dieu retire les siens, de peur que la malice ne change leur entendement, (jui, étant (lorté au mal dès leur jeunesse, iroil toujours croissant, et peut-être ruineroit enfin les desseins de leur snint.
Jf me doute bien, ma très-chère sci'ur (encore (jue nous no le sachions pasj, (|ue ce qui rend cette mort plus sensible c'est la surprise et l'incertitude où vous êtes de- l'état de cette âme ;
' Celle lelire panll rcriU' à madame Aniauld, Sd-urCallierine de Sainli'- Félicilé. Klle élyil tille de Maiidii, «-l avail o|miusi' Aiiluiiu" Arnauld, av(»cat :iii paricmpiit, d.mi (die lul viii^l enraiils A rj^c de '.V\ ans, l»> il lévrier (t'i2r), elli' pril ri aliit ric l'dvicf :i Porl-Rnyal, el y lit profession trois ans après, le l (iMritr lfi:'".i. |-.||f est limite le JS l.vrier l(>H, à l'à^'e de •IH ans.
' Madame le Maiire.
mais il faut avoir de bons senlimens de Dieu, et présumer de sa clémence, qui est infinie, un succès aussi heureux pour l'éternité qu'il a été malheureux dans le temps. Un dit que Dieu ne punit pas une faute deux fois, aussi ne doune-t-il pas des récompenses temporelles et éternelles. Cet enfant étoil d'une profession qui lui devoit acquérir de la gloire, et il en est privé pour en recevoir une meilleure. Penserez-vous, ma chère sœur, que tant de vœux que vous avez offerts à Dieu pour lui fussent demeurés inutiles. Vous n'avez jamais rien demandé plus instamment que son salut, et pour cela vous eussiez mille fois sacrifié sa vie s'il en eût été besoin ; peut-être était-ce la seule voie qui le devoit conduire à Dieu; heureuse voie qui a conformité au moyen par lequel Jésus-Christ est entré aux lieux saints, ne s'étant point servi du sang des animaux, mais du sien i)ropi'e. Que s'il y a un baptême de sang, pourquoi ne croirons-nous pas que ce pauvre enfant en a reçu le fruit , et que si Dieu tient le compte des cheveux de ses élus, il n'aura pas détourné ses yeux de tant de blessures qui auront satisfait à sa justice et rendu cette âme digne de sa miséricorde? Vous n'avez pas encore offert d'enfans à Dieu qui aient vécu à eux-mêmes, ils sont retournés à lui dans la pureté de l'innocence qu'il leur avoil rendue, et je crois sans doute que sa divine bonté aura associé celui-ci aux autres, réparant par sa miséricorde ce qu'il avoit pu détruire de la première grâce. C'est pourquoi nous devons rendre des témoignages au cher défunt de l'amour que nous avons pour lui ; et je crois, ma chère sœur, qu'il en reçoit de vous de très-particuliers, et que Notre-Seigneur \ aura beaucoup égard pour sa délivrance. Je demeure, nja très-chère sœur,
Votre très-humble et très-obéissante fille et servante. Sœur Agnès de Saint-Paix, I. P». B.