‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 71 sur 247 · XL. — A Monsieur Amauld d'Andilly · texte numérisé non relu

XL. — A Monsieur Amauld d'Andilly

Après une maladie que M. d'Andilly avait cuo à la siiilo des extrêmes fatigues qu'il a\ail soullertes.

Ce 21 octobre i 6^6.

Depuis avoir reçu votre dernière Icllre du li nofil je suis demeuré sans parole, n'en ayant point poiu* vous exprimer la douleur de mon cœur du pitoyable état aucjuel voiiséliez réduit, (pie votre lettie ne me disoit qu'a demi , conuui.' si vous eus.>-iez eu peur de vous plaindre; mai.><japprenoisle reste delà mère Marie-Angélique «|ui me r«'|irésenloil vos soullrances aviM- tant de pitié que je ne poiivois faire autre eho-e (pie (N' m'aftiiger avec elle. Peiid.inl ce lenqis jt; vous ai mis eu la protection de la sainte Vierge el de Jésus-Christ sou lils. leur représentant l'état saint de servitude \eis eux «pie vous av«'z f inbrasse, et «pii obligeoit l«Mir charité «li\iiie«le nous être favorable, vos travaux n'étant «ju'une suite de leur depeudance, puiscjue vous avez plus regardé dans votre emploi (comme vous me l'avez bien voulu découvrir) l'obéissanc»' à

la providence qui vous y dcstinoit, que votre intérêt particulier.

J'apprends que vous êtes maintenant hors des périls, mais pas encore remis de votre maladie ni des extrêmes fatigues que vous avez souffertes. Vous avez passé cette dernière année, mon très-cher frère, dans les renversemens étranges; il vous a fallu un courage nonpareil pour y persévérer, et nous ne savons ni vous ni moi quelles seront les suivantes.

Il faut être à Dieu d'une manière bien puissante pour se pouvoir promettre ([uelque repos en la vie, n'y en ayant point que dans une adhérence immobile à l'ordre de Dieu, voulant par-dessus toutes choses que ses volontés saintes soient accomplies en nous. Je vousabandonne à cette divine conduite, mon très-cher frère, afin (jue ce soit elle qui vous dy-ige en tout. C'est une excellente condition dans la prudence humaine d'être capable de prendre de bons conseils, mais cest une chose encore plus nécessaire pour la perfection de la vie chrétienne de dépendre de l'esprit de Dieu qui veut être le directeur des âmes, cUoisissant pour elles les voies qui les doivent acheminer à leur salut éternel, non-seulement en général mais aussi en particulier; comme je crois qu'il a voulu expressément que vous portassiez le fardeau qui vous a pensé accabler, pour faire voir qu'il a des âmes non moins fidèles à se prodiguer par vertu, que le monde qui en a qui le font par intérêt ou par vanité, et qu'on ne dise plus que la dévotion apprend à n'aimer que son repos, y ayant de bonnes âmes qui se jettent dans les hasards quand leur condition leur fait connaître (jue Dieu les y oblige.

Nous entretenons notre agréable communication avec madame de Saint-Ange; il n'y a encore que deux jours que nous lui avons écrit, et reçu une des siennes peu de temps auparavant. Elle m'est extrêmement chère dans la recommandation que vous m'avez faite de l'honorer, déférant plus à votre connoissance que si j'avois l'ait expérience de sa vertu, sachant que vous êtes heureux en ces rencontres; témoin celte âme incomparable qui est maintenant devant Dieu, et celui qui vous l'avoit donnée du(iuel vous jouissez maintenant, et Dieu veuille que ce soit dans toute rétendue de la confiance

Page 1