‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 74 sur 247 · XLII. — ^A Monsieur l'abbé de Saint-Cyran · texte numérisé non relu

XLII. — ^A Monsieur l'abbé de Saint-Cyran

Elle lui rend compte de ses dispositions.

Mercredi, à quatre heures du matin (1636).

Mon père, Dans l'affliction où j'étois hier en la vue de ma faute, je ne peux faire autre chose que d'avoir recours à Dieu pour le supplier de me donner le moyen de la réparer. J'ai cru qu'il ne falloit pas différer davantage à retirer ma parole. Je fus trouver M. de P. à qvn je dis que j'avois pensé à ce qu'elle m'avoit dit, et que cela ne se pouvoit pour beaucoup de raisons. Elle me répondit foit doucement que j'étois libre de faire ce qu'il me plairoit, que cette pensée étoit venue d'elle seule, et qu'elle n'en avoit encoie rien mandé à la dame. Je la priai de ne lui en [)oint parler, et la reiuerciai de ce qu'elle ne l'avoit point encore fait, et me retirai là-dessus, bien soulagée de voir le mal arrêté dans ses suites. Je ne me crois pas ()ourtant moins cou[)able devant Dieu, (pie j<! su[)|)lie recevoir ma pénitence, et ({u'elle me serve de préservation [)0ur ne plus retomber en de pareilles fautes, et de destruction de la racine qui les produit. Je vous supphe très-humblement, mon père, de me traiter selon l'étendue de la lumière que Dieu vous donne de mes plaies, qui me sont bien souvent inconnues , mais non pas insensibles, car mon cœur me reprend bien souvent quand ma raison m'excuse. J'expérimente que Dieu brise

XLIll. — A MU>ï»lElR l-AUBÉ DE SAINT-CVKAN. 87

les OS de ceux qui veulent plaire aux créatures, me trouvant sans force et sans fermeté quand j'ai donné lieu à quelque accom mollement humain, quoique imperoeiitiblement et ne croyant pas le taire. C'«st im aveuglement i|ui est un mauvais effet d'une plus mauvaise cause, et un chàlinient que Dieu fait des péchés que j'ai commis de cette nature. Je me trouve maintenant en paix et fortifiée, ce me semble, contre les surprises. Donnez-moi, s'il vous plaît, mon père, votre sainte bénédiction pour commencer dèlre en ^érité, Mon père.

Votre très-humble et très-obéissante fille et servante en J.-C, Sœur Agnès de Saim-Pall, I. R. B.

XLIII — A Monsieur l'abbé de Saint-Gyran.

Pour l'inviter à prêcher le Vendredi-Saiiil.

Ce 21 mars, à une heure et devUe (1637). Mou père, — Il est temps que nous pensions à un prédicateur pour le vendredi saint, si nous ne voulons être sans sermon ce jour-la. Je ne me saurois résoudre a prier personne sans avoir tenté votre charité, car encore que vous m'ayez refusé beaucoup de fois, ccjourestsi particulier (|u'il me send)le(pie toutes les raisons qui vous retiennent doivent cesser, et (|u"il n'est pas possible d'avoir d'autres mouvemens que de componction en entendant non-seulement la parole mais les souffrances du Fils de Dieu (pii ont une v<»i\ plus forte poin- loucher les âmes que ce qu'il a dit. Je vous su|>plie très-humblemeni, mon i)ère, d'y vouloir penser devant Dieu, et de me pardonner si j'osevouslaire celle proposition. Notre Sei{:neur nous permet de l'importuner, et nous promet qu'il accordera la troisième fois ce qu'il a refusé à la première. Je vous |»resse avec la con- «lition (pie Dieu demande, c'est (pie votre volonté ipii est la sienne, soit plutôt faite cpie la nôtre. Je le supplie de vous en donner une nouvelle connoissance, et (pi'elle soit avantageuse pour nous. (>lVre/-noiis, s ihous plail, a lui e( a saint Heiioit.

XLIV — A Mademoiselle d'Atrie».

Pour lui témoigner sa joie des bonnes nouvelles qu'elle avait eues de sa sanlé et de son salut^ et l'engager à attendre l'heure de Dieu avec autant de patience que de charité.

Ce 22 oclohre 1638.

Ma très-chère sœur, Vous ne sauriez être plus mal édifiée de moi que je le suis de moi-même d'avoir tardé jusqu'à celte heure à \ous faire paroUre mes sentimens, contre la parole du Fils de Dieu qui dit : q-ue la bouche parle de Vahondancc du cœur; et cependant je me suis tue, ayant l'âme toute remplie de joie des bonnes nouvelles de votre santé et de votre salut. S'il eût plu àDieUj après avoir opéré celui-ci, de nous refuser l'autre pour rendre seulement les anges témoins de votre heureux retour à lui, nous fussions pourtant demeurées obligées de le remercier infiniment dans l'espérance de ses miséricordes éternelles sur votre âme; mais de vous avoir donné deux vies tout à la fois, l'une pour lui, et l'autre que nous prétendons qui sera pour nous, c'est un sujet d'actions de grâres qui nous fait désirer qu'il soit lui-môme sa louange, ne pouvant autrement satisfaire à la reconnoissance que nous lui devons. 11 nous reste à demander à celui qui a rompu vos liens, qu'il brise les portes d'airain et les verrous de fer, pour rassembler en un les enfans de Dieu qui sont dispersés. Vos désirs pour cela, ma chère sœur, sont maintenant efticaces, et votre gémissement ne Itii est point caché ; mais peut-être que son heure n'est point encore venue; c'est pourquoi après avoir dit : que votre règne advienne, nous devons ajouter : que votre volonté soit faite, et l'attendre avec autant de patience que de chanté. Je suis assurée de la dernièi^e, mais je crains que vous manquiez en l'autre, qui néanmoins nous est nécessaire pour recevoir les promesses de Dieu. Je vous donne à sa divine bonté, ma chère sœur, afin que vous soyez la joie et la couronne de celui- qui a tant souhaité de former Jésus-Christ en

' Mademoiselle d'Aqnaviva d'Alrie, alor-^ retirée dans un monastère pour se préparer à être religieuse. L'abhé de Saint-Cjran lui a écrit plusieurs lettres. Elle est morte le 21 octobre iOTG.

- L'abbé de Saint-(]vran.

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