‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 75 sur 247 · XLV.— A Monsieur Arnauld · texte numérisé non relu

XLV.— A Monsieur Arnauld

Sur l'empiisonnenient de l'abbé de S;»inl-(".ymii el l'ordre donné aux sclilaires de (iniller l'orl-Roy;il-des-Cliamps.

Ce Ji'iidi-Suint, 21 avril 1630.

Mon tres-cher frèrCjlhrya que moi à vous écrire, M.Sinf^jlin disant présentement la messe, après laquelle il confessera comme ilafaitau}»arîvaiit.LamèreAngéliqu(Mepnse,ètantfortlasse des Ténèbres. .Ma sœur a le cœur fort bon et vigoureux, mais la main trop foible. Je vous dirai donc ce qui est nécessaire setdemcnl; car s'il est jamais temps dt» se taire, c'est en ces jours très-saints. L'on vous envoie l'écrit, el l'on vous supplie très-humblement que les passages que vous enverrez à l'avenir soient traduits, el si vous pou\iez faire le semblahle de ceux «lue vous avez déjà dormes (desfjuels on est fort coulent), vous obligeriez beaucoup. Au reste, nous demandons à Dieu maniff'slemcnt et en corps la dé-livrance de M. de Saint-Cyran. Jusfjues ."i présent j'avois fait ôc^ billets couverls, proptcr melum Judœorum : maintenant je ne crains plus rien, el je pense que c'est la parfaite charité de Dieu qui nous ôle la crainte, et (jue c'est-à-dire que notre rédem|)liouappr()cli('. Ji»ign('Z-V(iusà nous, mes très-cliers frères, comme je ne doute point (jue vous ferez de tout votre cœur. .Ma mèic' se porte tantôt bien, tantôt mal, el fort souvent si mal que nous ne savons ce (pii en arrivera. Je crois (|ue Dieu la conserve pour devenir toujours meilleiire,rarelleprofitedejourcn jour. Dieu merci. Ma S(eur' es|tère d'enlendre la messe le saint jour de Pâques, moyennnui l(!S charitabb s mains de ses bonnes sœius qui feront l'oflice de l'ange vers Ilabacuc.

' M.id.inie Arnnnld, smnr Calliorine do S.iiiilp Félicilé. ' I.a inèn' An',;érKiMr. Kllc.Tvail élé for! luulade vers le CATcmc. \ . lj:Urcs lit ht ni/Tc Aniji'lii/itr, l. 1, 1». 1 Kl.

Adieu, mon cher frère; priez pour moi, je vous en supplie; vous ne sauriez croire combien je fais mal.

XLVI— A la sœur Catherine de Sainte-Agnès Arnauld d'Andilly,

sa nièce K

Elle lui témoigne ses senlimeus après sa seconde élection comme abbesse de Porl-Royal •. Elle lui donne quelques avis sur la sincérité et la simplicité chrétienne. La paix intérieure se conserve par rbumilité.

Octobre 1639.

Ma sœur, Je n'eusse jamais cru que vous eussiez eu de la tendresse particulièrement pour moi qui n'ai rien d'attirant; je crois aussi que c'est de celle qu'a notre bon père pour l'Église, qui est la plus tendre de toutes, comme elle est la plus pure et la plus sainte; et il est bien convenable qu'elle s'étende sur les supérieurs que la même Église constitue, et qu'ils nous soient aussi sensibles qu'elle, puisqu'ils sont comme elle notre Jésus-Christ visible que nous devons parfumer de nos affections. Je reçois donc les vôtres, ma sœur, comme j'ai reçu la charge, mais avec la même crainte que je l'ai acceptée, craignant ([ue l'orgueil de la nature ne se satisfasse en l'un et en l'autre; ce qui me fait vous supplier de demander à Dieu que cela ne soit point; et n'osant faire cette prière qu'à peu de personnes, je dis comme Job : Ayez pitié de moi ; ayez pitié de moi, au moins vous qui êtes mes amis.

J'ai été bien aise comme vous que vous ayez été engagée à nous parler, ayant peine de votre réserve, croyant que la sincérité qui recherche la correspondance et l'habitude, même

• La sœur Catherine Je Sainte-Agnès Arnauld d'Andilly était la première des tilles d'Arnauld d'Andilly. Elle naquit en 1613, et fut mise à Port- Royal à l'âge de onze ans, pour y èire élevée ^ous les yeux de ses tantes. A io ans, elle entra au noviciat où elle re>ta plusieurs années parce qu'on la destinait à l'établissement de la Maison du Saint-Sacrement. Elle alla comme postulante dans cette nouvelle maison, avec la mère Angélique, au mois de mai 1633, et revint à Port-Royal en 1638. Elle ne fit profession qu'à la fin de 1642 ou au comnnencemenl de 1643 , et mourut le 23 décembre 1 643, âgée de 29 ans.

» La mère Agnès fut continuée abbesse de Port-Royal à la fin de septembre 1639.

XLVI, — A LA SŒLR CATHERINE DE SaINTE-AGNÈS. 01

le profit, n'est point suffisante. La sincérité de grâce et qui naît dhuinilité s'étend roit .i toutes les créatures s'il étoit possible, et n'a de bornes (|ue celles (jne la discrétion lui prescrit : hors cela toutes personnes lui sont propres, et d'autant plus qu'elles lui donnent lieu de s'exercer par son propre motif, qui est de renoncer à son secret, afin (|ue celui qui sonde les cœur?; n'y trouve rien de caclié qui l'enipèche de le purifier. Et c'est peut-être en ce sens que le prophète demande à Dieu qu'il le purifie de ces choses occultes, car il y a toujours beaucoup d'impureté dans ce qui est de plus secret en nous. Ne croyez pas être échappée de \ous être ouverte à notre égard, car vous pouvez tomber dans une autre conduite que les nôtres, et peut-être tju'un de ces jours on vous donnera une maîtresse toute nouvelle. Hé ! quelle pitié d'être si longtemps novice, car l'obligation d'être sincère est encore plus |)ressante.

.Mais je laisse cette mauvaise prophétie pour vous dire que je trouve en la faute dont vous vous accusez en votre billet , plus de manciuemenl de simplicité (jue de sincérité, car après nous avoir dit la permission que vous avoit donnée M. Singlin de lire l'Évangile, puisque je ne vous l'avois pas refusée, vous deviez demeurer dans la confiance, et quelque temps après nous en n-parler, comme vous l'avez fait a la mère Angclicjiie, pressée de votre instinct ; car encore que ce soit le droit chemin pour vous daller à elle, néanmoins puisqu'il étoit arrivé qui; vous m'aNic/ parlé la première, il en falloil demeurer là et poursuivre simplement votre désir vois nous, et vous eussiez trouve (pie ce n'étoil (prune oubliauce, n'ayant eu nul dessein de vous le lefuser, ni pensée (jue ce fût un altachemerit : et je n'a|»prouve pas (|ue vous ayez ce soup^ou-la de vous-même, vous devez bien plutôt attribuer cette dévotion à la bonne conduite (|ue vous avez eue, et la cultiver comme un don de Dieu, car bien (|ue votre vie ne corresponde pas à ses divines paroh-s, elle n'y est pas aussi contraire ; et vous devez espérer que Di«Mi vous fera la grâce de l'y conformer, n'étant pas assez (|u' il donne le vouloir, s'il ne donne aussi le parfaire.

Pour ce t|ui est dt; ne vous point épargner dans les répre-

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