‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 76 sur 247 · LETTRES I)E LA MÈKE AGNES · texte numérisé non relu

LETTRES I)E LA MÈKE AGNES

hensions, je me trouve fort libre pour ce regard. Quand vous pourrez vous assurer de votre conscience, assurez-vous aussi que Dieu inspirera de vous gouverner selon la droiture de votre cœur. Autrement, quelque désir que vous témoignassiez d'être conduite fortement, si l'on ne trouve en vous la force pour cela, on n'en fera rien ; et sans que vous le disiez, on le fera lorsque Dieu vous aura prévenue de la grâce de le bien recevoir.

Je ne m'étois point aperçue que vous eussiez rougi ; et (|uand je l'eusse remarqué, je ne m'en fusse pas mise en peine, ne croyant pas que votre paix intérieure tienne à si peu, quoi- (lue ce soit votre principal défaut de la laisser souvent altérer; ce qui diminuera à mesure que vous deviendrez plus humble, car votre timidité ne vient que du contraire, à quoi votre nom ne contribue pas peu. Vous m'entendez bien, ma sœur, et c'est tout le profit que nous devons faire d'être proches, qu'en connoissant les défauts les unes desautres^ conspirer à les ruiiier en soi et en eux, par prières vers Dieu, afin que comme nous sommes tirées de la même masse de corruption, il nous fasse par sa miséricorde des vaisseaux d'honneur.

J'ai été fâchée contre vous de ce qu'il me sembloit que vous étiez bien aise de l'élection. J'attcndois de mes sœurs et de vous un senliment contraire, qui vous fcroit désirer auparavant qu'il plût à Dieu m'en délivrer; et depuis qu'il en a ordonné autrement, j'eusse voulu que vous eussiez tremblé avec moi pour la crainte de ses jugemens; car vous ne sauriez manquer de reconnoître, sans un amour aveugle, que je n'ai point la grâce qu'il faut pour cela; et je vous avoue que je ne l'ai acceptée que par humihalion de ce que je n'élois pas digne de la refuser, je veux dire d'avoir un mouvement si puissant pour le faire que personne n'y pût résister. Je laisse tout cela, ma sœur, pour vous supplier encore une fois de prier Dieu pour moi, (pril m'imprime ces paroles: servitc Domino in limorc. J'ai été en doute si je vous devois r'écrire, [larcc que vous vous oll'rez de n'avoir point de réponse, et aussi que je ne croyois pas vous rien dire qui vous pût servir. Ces raisons me portoient à demeurer en silence ; néanmoins je crus {|ir"il valoit mieux m'en remettre à la providence de

XLVIl. — \ LA Si.fcl U CVillEKINE DK SAI.\TE-A(J.M:s. «KJ

Dieu pour le faire si elle me donnoil du temps; et en ayant trouvé à diverses reprises, j'ai cru le pouvoir prendre pour vous témoigner mes senlimens sur les vôtres, afin que cela vous oblige à être plus simple, voyant que je la suis à votre égard. Adieu, ma sœur ; priez Dieu pour moi, je vous en supplie pour la troisième fois en l'honneur de la sain le Trinité.

XLVII.— A la sœur Catherine de Sainte-Agnès Arnauld d'Andilly Sur divers sujets.

Vers 1639.

Ma sœur. Je crois que vous ferez bien de remettre la sainte communion à diuianclie, jujurla raison (jue vous dites, étant vrai que les langueurs qui sont fréijuentes et causées de négligence, doivent être expiées par «juehjuc privation.

Vous pouvez envovi.r ma sumu Marie de Sainte-Agnès aux écuelles quand il ny en aura pas d autres. Dites-lui que je la prie de venir demain dire matines avec nous, à riieiue de matines.

J'ap[»rouve ce que vous avez eu pensée de faire pour le silence. Il vaudra mieux (jue ma sœur Marguerite remette la communion à un autre jour, craignant (ju'elle ne soit trop loible; el pour marcher moins, elle entendra la messe à la petite grille.

Adieu, ma sœur; je me porte bien. Dieu merci ; il n'y a cjne l'obéissance qui mariéle; j'ai Wuni mal à la tèle néanmoins, mais je l'attribue au lit.

XLVIII.— A la sœur Catherine de Sainte Agnès Arnauld d'Andilly.

Kllr lui explique ce (|ircllc lui asuil dil lie la siiict-rilé des luivices, cl il<b néceï>.><ilé <]<• se |»n'|)arer à lous les »''véiieiueiis. Elle reiiUciiciit sur le relardenieni do sa piidossion.

Fin de 4 639.

Ma sœur. Je |)ensois ipie nous ne dii i( z plus ce mot de Irèschere, étant asstz d'en avoir usé une luis pour faire cnnnoitrc jpi'il elfiit dans votre cd'iir, ou il faut qu'il demeure jusque dans Iroisansipie vous vous en pourrez servir peut-être plus sùiemciit qu.» celte heure, s'il arrive ipie vous y ayez moins

d'inclination. Car ce qui fait qu'on a moins qu'il ne faut pour les unes, vient qu'on a eu plus qu'il ne falloit pour les autres;et autant qu'on a été fidèle à retrancher le superflu, Dieu ajoute par sa grâce ce qui manque à la stérilité de nos affections, quand elles se doivent porter vers un objet qui leur est peu conforme. Et je crois que cette manière d'agir sans dépendre de son inclination est ce qui obtient la préparation d'esprit pour se rendre aux événemens, à quoi la prévoyance ne sert de rien qu'à faire souffrir avant le temps.

Ce que je vous ait dit d'une maîtresse des novices, n'a été que pour vous faire la guerre, en vous faisant connoître que je «avois vos sentimens sur cela. Mais encore (|ue cela ait été dit en l'air, il est certain, ma sœur, que cela pourroit arriver et pire encore, ne sachant pas combien il plaira à Dieu de rendre étroite la voie qui nous doit conduire à la vie; et lors il n'y aura que sa grâce seule qui nous puisse soutenir. C'est pourquoi je pense que pour se bien préparer aux événemens, il n'en faut prévoir aucun en particulier, mais plutôt retirer sa pensée des choses qui pourroient arriver selon la condition où l'on est, pour embrasser en général ce que la divine providence nous a préparé de renversemens et d'épreuves pendant toute notre vie. Et ne trouvant en nous aucune force pour les porter (supposé que ce soient des choses contraires), cela nous obhgera à la demander continuellement à Dieu, comme il nous est ordonné.

Ce que je vous ai dit de la sincérité des novices n'a été que par jeu : et parce qu'il ne faut pas parler par cet esprit, Dieu a permis qu'il ait mal réussi, car je vous avoue que je ne suis pas contente de votre réponse en ce point, et que je la trouve dans le propre jugement et la contradiction, n'étant jioint nécessaire d'alléguer celle que les professes doivent avoir, puisque cela ne vous regarde pas, et qu'il n'est pas question de témoigner votre bonne volonté pour l'avenir, mais d'embrasser avec simplicité celle quon vous propose pour le présent. Et c'est en quoi consiste la démission du propre jugement et la simplicité, de n'enchérir point sur ce qui est dit, mais en demeurer là, voyant qu'on a intention de vous y faire rendre, et non à autre chose. Et la vraie obéissance consiste à

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