LVI.— A Monsieur l'abbé de Saint-Cyran
l-a mère Agnès écrivit ceUc IcUrc dans imo grave maladie qu'elle eut en iKl2, pour faire ses derniers adieux à l'abbé de Sainl-Cyran et lui lémoi- (^iior son désir d'aller vers Dieu.
I^ jour delà Kniiitc Octave, à cinq heures du noir, 20 juin IG42.
Mon père. Je me suis servi jnscju'à cette heure de l'enlrcniise de la charité de M. Singlin pour vous rendre les trèshund)les actions de grâces que je dois à la vôtre, «jui m'est une >ive image de celle de Dieu ; et étant peu spirituelle comme je suis, j'ai sujet de dire que l'expression que vous faites de ce que vous êtes aux âmes â (jui vous ne devez rien que j)ar une pure charité, m'a été d'un grand secours pour concevoir quelque chose de celle de Dieu (|ui ma souh-nu dans d'extrêmes défaillances. Je n"ai plus maintenant de peuséi; (jue je dois retourner â la vie, il mo semble t|iu,' Dieu mt- fait la grâce de vouloir bien aller a lui de bon co'ur, riuoique dans la vue que je lui suis redevable en tout, et ne lui ai rendu (pie des ingralitu<les inliuies. Je vous ai cuteiidu dire (|iie vous avez |)lu8 d'union avec les morts qu'avec les vivans ; je me réjouis
d'être en ce rang pour vous être plus proportionnée. Je crois, mon père, que vous n'aurez pas désagréable que je vous recoMHiiande la maison, et quMl vous plaise d'y conserver le don inestimable que vous y avez fait de M. Singlin. Nous avons reçu des assistances de lui qui surpassent toutes paroles. Il y a deux sœurs auprès de nous, qui sont mes sœurs de Mauroi * et de Bulloyer% qui ont pris d'étranges peines pour me soulager. Je vous supplie très-bumblement de prier Dieu pour elles en récompense. Je ne vous dis rien de la mère Angélique, parce que je ne suis à vous que par elle. Je lui laisse ma place alîn que la sienne soit double. Dieu s'est servi d'elle en tous les temps de ma vie pour me mettre dans la vérité et la charité. Adieu, mon père; je me prosterne à vos pieds pour recevoir votre sainte bénédiction.