LETTRE LXXX VII
A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION
(La Mère Marte Gillette Roland.)
Victoire gzgnée sur les Iroquois par le secours du révérend Père Jogues. — Conduite extraordinaire de Dieu sur tout le Canada.
Ma très-chère Mère,
La vie de JEsus soit la sanctification de la vôtre pour l'éternité.
C'est avec amour et avec une entière affection que j'ai reçu votre lettre et votre charitable présent, pour lequel je vous prie d’agréer mes très-humbles remerciments. Vous me dites que ma révérende Mère, votre digne Supérieure, m'a écri! : je n'ai pas reçu sa lettre, non plus que beaucoup d'autres; je ne laisse pas de lui écrire un mot pour lui témoigner ma reconnaissance.
N'est-il pas vrai que nous avons un martyr dans le ciel et un puissant avocat auprès de Dieu? Nous avons déjà ressenti les effets de sa protection en diverses occasions, surtout cette année que la flotte des Hurons, conduite par le révérend Père Brissani, étant arrivée devant une de nos habitations de Français proche de laquelle un grand nombre d'Iroquois s'étaient cachés à dessein de surprendre les Français et les Hurons, et de les envelopper dans un même carnage, l'on a vu un secours du Ciel d'autant plus admirable qu'il a été
imprévu embûche Hurons, en batail état, quo manda à des gue armée ir sur eux.
brave P ennemis, nombre, tout leur au bon de cette que bea de notre me propo Vous
très-chère et qu'il e:
pas? Dans on voit r Tous les :
cachés di d'y aveu; qualité qu personnes toutes m aveuglem ment. Ce] ral, et d de même
zues.
imprévu et inopiné. Car le Père, qui ne savait rien des embûches des ennemis, fit descendre à terre tous les Hurons, et par un mouvement secret, les fit ranger en bataille comme pour se battre. Quand ils furent en état, quoiqu'il ne vit personne, il se mit à crier et commanda à ses gens de crier comme lui, selon la coutume des guerriers de ces nations; au même temps cette armée iroquoise parut, et sans dire mot fit sa décharge sur eux. Mais étant animés par les exhortations de ce brave Père, ils se ruèrent si vigoureusement sur les ennemis, qu'ils les mirent en fuite, en tuèrent un grand nombre, emmenèrent dix-sept prisonniers et enlevèrent tout leur butin. Sans ce bon instinct que Dieu donna au bon Père, les Hurons étaient détruits, et la traite de cette année perdue. L'on attribue cette grâce, ainsi que beaucoup d’autres, aux prières et aux mérites de notre saint martyr. Mais venons à ce que vous me proposez.
Vous me parlez d'une vie cachée ; qu’en dirai-je, ma très-chère et bien-aimée Sœur, puisqu'elle est cachée, et qu'il est très-difficile de parler de ce qui ne parait pas? Dans ce pays et dans l'air de cette nouvelle Eglise, on voit régner un esprit qui ne dit rien qu'obscurité. Tous les événements qui nous arrivent sont des secrets cachés dans la divine Providence, laquelle se plaît d'y aveugler tout le monde, de quelque condition et qualité qu'il soit. J'ai vu et consulté là-dessus plusieurs personnes, qui toutes m'ont dit : Je ne vois goutte en toutes mes affaires, et néanmoins, nonobstant mon aveuglement, elles se font sans que je puisse dire comment. Cela s'entend de l'établissement du pays en général, et de l'état des familles en particulier. Il en est de même du spirituel. Car je vois que ceux et celles
que l'on croyait avoir quelques perfections lorsqu'ils étaient en France, sont à leurs yeux et à ceux d'autrui très-imparfaits, ce qui leur cause une espèce de martyre. Plus ils travaillent, plus ils découvrent d'imperfections en eux-mêmes.' Et la raison est que l'esprit de la nouvelle Eglise a une si grande pureté, que l'imperfection, pour petite qu'elle soit, lui est incompatible; ensuite de quoi il faut se laisser purifier en mourant sans cesse à soi-même.
Je me représente ce christianisme primitif comme un purgatoire dans lequel, à mesure que ces âmes chéries de Dieu se purifient, elles participent aux communications de sa divine Majesté. Il en est, dis-je, ici de même. Cet esprit secret, qui n'est autre que l'esprit de JÉsSus-CHrisT et de l'Evangile, donne à l'âme purifiée une certaine participation de soi-même (de cet esprit de JÉSUS-CHRIST), qui l'établit dans une vie intérieure qui l'approche de sa ressemblance (de la ressemblance avec JÉSUS-CHRIST). Demandez-moi ce que c'est que cette vie, je ne le puis dire, sinon que l'âme n'aime et ne peut goûter que limitation de JÉsus-CHRIST en sa vie intérieure et cachée. Elle se trouve toujours petite à ses yeux et défectueuse en ses actions, se comparant à la pureté et à la sainteté de notre divine cause exemplaire. La äistance des lieux et le danger que les lettres ne soient interceptées, ne me permet pas d'en dire davantage à ma très-chère Sœur ; et même ce que je viens de dire est seulement pour lui obéir, ne m'étant pas possible de lui rien refuser. En attendant que nous nous voyions en l'autre vie, qui vous fera voir clair dans mes pauvretés, je vous prie de vous contenter de cela,
(1; Elle parle de ses propres dispositions. (Note de CI, Martin.)
Elle lui tém
des âmes.
Vous a nous viv Je vous el point de :
lesquelles et vos bor et mérite:
cation de en ce poi JÉSUS ne d'écrire à rèle, et je Je suis ç de voir q
qu'ils atrui maripersprit l'imtible ; arant
mme âmes aux is-je, > que l'âme le cet intéssemc'est ‘aime en sa petite arant xemettres dire e je étant nous dans cela,
et cependant de prier pour moi qui suis toute en JESUS votre...
De Québec, le 10 d'octobre 1648.