LETTRE XCII
A UNE DE SES SŒURS
Dans les peines spirituelles il faut recourir au Père spirituel pour conserver la paix de l'âme. — Il faut faire les mortifications extérieures avec la même dépendance ; mais il est permis de pratiquer en tout temps celles de l'intérieur.
Ma très-chère et bien-aimée sœur,
La paix et l'amour de JÉsus soient notre éternelle sanctification.
J'ai recu vos lettres avec consolation, et je crois que vous avez déjà recu mes premières réponses : mais voici celle qui répondra à vas petites affaires spirituelles. Je bénis Dieu de tout mon cœur de vous avoir donné un directeur si saint, et si capable de vous conduire dans les voies de Dieu. Je lui ai des obligations infinies pour les grandes assistances que j'ai reçues de lui. Il m'a élevée dans la vie spirituelle, il m'a mise en la
sainte religion, il a pris le soin de mon fils dans ses
(1) A l'Hôtel-Dieu de Québec on possède un buste du Père de Brébeuf. en argent massif, qui passe pour très-ressemblant. Le piédestal renferme le crâne de ce pieux martyr. On conserve également dans cet établissement une grande partie des ossements du Père Gabriel Lallemant. Les Ursulines possèdent une de ses côtes, et une du Pére de Brébeuf, ainsi qu'un gros os du Père Garnier.
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plus grandes nécessités, enfin c'est la personne du monde à qui j'ai le plus d'obligation; et maintenant je mets encore au nombre de ses grâces celle qu'il vous fait. Mais l'on m'apprend qu'il est destiné à ur emploi qui vous le ravira bientôt. Ne laissez pas d'estimer beaucoup ce peu de temps que vous avez été sous sa conduite, car si vous savez conserver les bons avis qu'il vous a donnés, ce vous sera une leçon pour toute votre vie. Je suis bien consolée que votre esprit ait pris le calme, et qu'il se soit débrouillé des choses qui l'embarrassaient. Vous devez bien retenir les remèdes qu'il vous a donnés, afin de vous en servir en semblables rencontres; car le diable, ennemi de la paix, pêche, comme l'on dit, en eau trouble, et jamais il ne dort, afin de faire perdre à l'âme ce riche trésor de la paix, parce qu'il sait que c'est là que Dieu fait sa demeure. C'est pourquoi, ma très-aimée sœur, soit en vos scrupules, soit en vos troubles, soit en vos abandonnements intérieurs, recourez promptement à votre directeur avec une ferme résolution de croire et de faire tout ce qu'il vous dira : Les obéissants chantent les victoires, et Dieu bénira votre obéissance par de signalées faveurs.
Je suis très-aise que le révérend Père Dom Raymond ait approuvé la manière avec laquelle vous vous entretenez avec Dieu, et la dépendance que vous voulez avoir de sa grâce dans l'état de vie qu'il demandera de vous. Continuez done à vous perfectionner dans le chemin de la vertu et de la sainteté ; et ne vous relâchez jamais dans vos oraisous, surtout dans l'oraison mentale, dans les oraisons jaculatoires et dans les aspirations de votre cœur à Dieu. Sa bonté vous conduit par là, il faut suivre ce chemin, dans lequel, si vous êtes fidèle, il
demeurera en votre âme et y prendra ses complaisances pour jamais ; car il ne quitte jamais ceux qui le traitent en ami, et qui le préfèrent à toutes choses et à eux-mêmes.
Vous faites sagement de n'entreprendre aucune mortification extérieure sans conseil : car pour les intérieures qui tendent à la sanctification de l'âme par la mort des passions et des appétits sensuels, autant qu'ils peuvent mourir, non-seulement elles vous sont permises en tout temps, mais si vous voulez entièrement plaire à notre divin Jésus, vous y êtes obligée en revanche (retour) des faveurs qu'il vous fait. Je dis en revanche, parce que ces sortes de fidélités sont des retours d'amour et de correspondance à sa grâce et à son amour. Les personnes qui craignent Dieu dans le monde, se gardent du péché mortel et observent les commandements de Dieu et de l'Eglise, mais celles qui font état de vivre religieusement ne demeurent pas dans les bornes de cette obligation; elles s'efforcent avec sa grâce d'éviter le péché véniel et l'imperfection, et elles courent à grands pas à ce qui est le plus parfait et à la plus grande gloire de Celui qu'elles ont choisi pour leur Epoux et pour leur tout. Je vous dis tout cela, ma trèschère sœur, pour le désir que j'ai de votre perfection, et parce que vous m'êtes chère comme moi-même; pour cette raison je voudrais vous pouvoir placer dans le Cœur de notre très-aimable JÉsus. C'est dans ce sacré Sanctuaire que je vous visite et que je vous vois chaque jour, visitez-y-moi de votre part, je vous en conjure, afin que nous puissions nous conjouir (nous réjouir ensemble) de ce qu'il est si plein d'amour que de souffrir que nous en approchions. Je vous suis toute en lui plus que jamais; plus, dis-je, dans cette liaison d'esprit,
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De Québec, le 11 octobre 1649.