‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 106 sur 127 · LETTRE XCIII · texte numérisé non relu

LETTRE XCIII

A SON FILS

Elle répond à quelques difficultés qu'il avait sur ces lettres précédentes, et à quelques questions qu'il lui avait faites sur des matières spirituelles.

Mon très-cher fils,

Lorsque j'ai reçu votre lettre, deux vaisseaux étaient déjà partis, et ceux qui restaient étaient sur le point de faire voile. J'étais pourtant prête de vous écrire pour me consoler moi-même, n'ayant reçu aucune consolation de votre part. Mais votre lettre me donne matière de le

Lire bien plus amplement que je ne me l'étais proposé.

Si je ne puis vous répondre en tout ce que vous désirez de moi, à cause du prompt départ des vaisseaux, je le ferai par avance à mon loisir pour l'année prochaine.

D Commençons donc, mon très-cher fils.

Ne vous étonnez pas s'il se trouve des âmes telles que vous me les décrivez, retenues et stupides lorsqu'on les veut jeter sur quelques discours de Dieu. Je ne sais pas ce que vous en avez pu expérimenter, mais il est vrai

Qquil y a des dispositions durant lesquelles il n'est pas

possible de dire ce que l'on ressent dans l’intérieur, non pas même en termes généraux. En voici deux raisons

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dont je vous puis parler affirmativement (d'une manière ferme et sans hésiter). La première est que la disposition ou état spirituel où l'on est, n'est plus dans le sensible ni dans cette chaleur qui échauffe le cœur et le rend prompt à déclarer (exposer clairement) ce qu'il ressent : ce qui fait que ceux qui ont déjà fait quelque progrès dans la vie spirituelle, et qui ont de nouvelles et ‘réquentes lumières, se trouvent heureux de rencontrer quelqu'un en qui ils puissent répandre ce qu'ils estiment ne pouvoir contenir en eux-mêmes. Leur sens peine,

parce qu'il n'est pas encore spiritualisé, et quelquefois

leur abondance est si grande, que s'ils n'évaporaient par la parole ou par des soupirs la ferveur de leur esprit, ils mourraient sur-le-champ, la nature n'en pouvant supporter la violence. Je connais une personne que vous connaissez bien aussi, qui à autrefois été contrainte de chercher des lieux écartés pour crier à son aise, de crainte d'étouffer.' Cela se fait sans réflexion et sans dessein, par un transport d'esprit dont la nature n'est pas capable. Hors ce transport, ces personnes-là sont éloquentes à parler de Dieu dans les rencontres; mais dans le transport, si elles parlaient à quelqu'un de la chose qui les occupe, cela serait capable de leur aliéner le sens.

La seconde raison est qu'il se trouve des dispositions intérieures si simples et spirituelles, que l'on n'en peut parler, et on ne peut trouver des termes assez significatifs pour se faire entendre. L'onction intérieure que l'on possède ou dont l'on est possédé, est si sublime que tout ce que l'on voudrait dire de Celui (Dieu) de qui on veut parler, paraît bas et indigne de lui. De là vien

(1) C'est elle-même. (Note de CI. Martin.)

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tendre ceux qui en parlent, et cependant, sans dire mot, on jouit dans l'intérieur de ses embrassements et de sa conversation familière. C'est encore une troième raison qui me vient de cette impuissance, parce que l'occupation intérieure retenant l'esprit, ne lui permet pas de s'entretenir extérieurement. Il y a bien d'autres raisons; mais outre mon incapacité, je suis dans un tracas d'affaires qui ne me permet pas de métendre. Je suis en danger de passer la nuit à vous répondre en paix ce peu que j'ai à vous dire. Mais que ne voudrais-je pas faire pour vous? Non que je voulusse entreprendre de vous donner des instructions; mon sexe et mon ignorance, eu égard à votre condition, ne me le permettent pas; mais je me sens dans l'impuissance de vous rien refuser, Je suis simplement cette pente, entrant dans votre inclination pour l'amour de Dieu, qui me lie à vous, outre ce qu'il y a mis par la nature, d'une façon qu'il me serait difficile de vous exprimer. Faites que ce commerce spirituel prévale sur ce qui

lui est inférieur; vivons unanimement dans le Sacré

Cœur de JÉSUS, pour y concevoir ce que produit dans une âme la fidèle pratique des maximes que vous savez. Sachez qu'elles portent suavement dans l'état (vers l'état de faveurs divines) que vous dites vous être inconnu. Je vous y répondrai en son lieu.

Il est vrai que les ferveurs immodérées font l'effet que vous dites, mais lorsque Notre-Seigneur donne

jun talent pour cela, ce qu'il fait d'ordinaire pour un

temps, l'esprit emporte le dessus et fait suivre la nature après soi : je veux dire qu'il ne se passe rien qui ne soit dans la conduite du Saint-Esprit. Cette conduite îte toute impétuosité pour se régler au gré de Celui qui

donne le mouvement, et l'âme qui se laisse ainsi conduire à un si puissant Maître, demeure par état dans une paix et tranquillité que l'on peut bien sentir et

expérimenter, mais qu'il est difficile d'exprimer. Il y a M

des âmes que Dieu appelle doucement sans des attraits aussi puissants que ceux-là, mais les unes et les autres

sont menées par un même esprit : elles n'affectent à

(n'effectuent) en cet état aucune imperfection volontaire, et si elles en commettent, ce sont des surprises et des effets de la fragilité humaine dont on ne se peut faire quitte qu'avec la vie. Car comme on ne demeure pas toujours dans un même état, chacun a ses faiblesses qu'il ne découvre qu'à mesure que Dieu lui communique sa lumière; et il ne la communique que par degrés, si ce n'est que par une voie extraordinaire, et par un don de sapience tout particulier, il ne découvre ses secrets à l'âme en un instant, pour la mettre dans un amour actuel et dans un état de lumière et de chaleur tout ensemble. Mais, après tout, c'est une vérité, qu'en-

core qu'en cet étatextraordinaire de lumière on découvre

les plus petits atomes d'imperfection tout d'un coup et

sans réfléchir, on voit néanmoins qu'il y a toujours 4

à détruire en nous un certain nous-même qui est né avec nous, et sans lequel nous serions déjà bienheureux en cette vie. On tombe, on se relève : c'est comme si vous disiez qu'il s'élève de petites nuées sur le soleil qui font des demi-ombres, qui passent et repassent vite. En tombant on se relève, et lors même que l'on tombe, on parle et on traite avec Dieu de ce misérable nousmême, qui nous fait faire ce que nous ne voulons pas, en la manière, comme je crois que dit saint Paul : Je fais le mal que je ne veux pas faire. Mais suivons l'ordre de votre lettre.

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Il est vrai que l’âme trouve en ce monde les habita-

[tions que vous dites. Vous décrivez la première : Ce

nous-même dont nous avons parlé, répond à la seconde;

{mais pourvu que nous ne l’aimions point et que nous

ne suivions point volontairement son inclination, il ne peut nous nuire. Si même nous sommes fidèles à Dieu, il nous en fera voir peu à peu les difformités et les hideurs,'qui nous en donneront de l'aversion. Il est rai que la nature cache en soi des ressorts ‘inconcesables, mais on les découvre à mesure que ï'on avance dans les voies de Dieu et que l'on passe par les différents états de la vie spirituelle, comme nous disions ci-dessus.

A C'est un effet de la bonté de i:£:u de nous les cacher

de la sorte; car si nous les voyions tout à la fois, notre

D faiblesse ne les pourrait supporter sans un abattement

de cœur pour la pratique de la vertu; au lieu que les voyant peu à peu et successivement, la nature en est moins effrayée. Il faut tâcher de faire le bien quand on le connaît, et d'étouffer les inclinations de ce misérable nous-même quand on les découvre; et persévérant

D avec fidélité dans cet exercice, on arrivera au royaume

de la paix et à la véritable tranquillité intérieure, où

D lon goûte et savoure Dieu, où l’on meurt vraiment au

monde et à soi-même, et où la nature après avoir été mortifiée, ne ressuscite plus à sa première vie. Là l'intention pure et droite servira de rempart à la corruption et aux attachements où la nature se pourrait porter; on y trouve (découvre) toutes les finesses de l'amour-propre, et l'on y distingue facilement le vrai d'avec le faux.

Oui, mon très-cher fils, j'aime les maximes que vous savez, parce qu'elles portent à la pureté de l'esprit, à JÉSUS-CHRIST. Il ne me serait pas possible, quoique je

sois une faible et imbécile créature!, de goûter une dévotion en l'air, et qui n'aurait de fondement que dans l'imagination. Notre divin Sauveur et Maître s’est fait notre cause exemplaire, et afin que nous le puissions plus facilement imiter, il a pris un corps et une nature comme les nôtres. Ainsi, en quelque état que nous

soyons, nous pouvons le suivre avec sa grâce, qui

nous découvre suavement ce que nous devons retrancher : car la pureté de son esprit nous fait voir l'impureté du nôtre, et tout ensemble les difformités de nos opérations intérieures et extérieures. L'on trouve donc toujours à pratiquer ces maxirmes saintes, non avec effort ou contention d'esprit, mais par une douce attention à Celui qui occupe l'âme, et qui donne vocation et regard à ces aimables lois.

Voilà la dévotion qui me soutient, sans laquelle je croirais bâtir sur le sable mouvant. Dieu est pureté et il veut des âmes qui lui ressemblent, en tâchant d'imiter son adorable Fils par la pratique de ses divines maximes. Et, comme je viens de dire, tout se fait doucement, car si le naturel n'est turbulent et inquiet, elles ne sont pas pénibles; parce que dès qu’une âme veut une chose, si elle est courageuse c'est demi-fait. Dieu y donne son concours, puis la vocation savoureuse, et enfin la paix et le repos de l'esprit. Quand it est question d'y travailler par des actes prévus, résolus et réfléchis, pour prendre un chemin bien court, il me semble que le retranchement des réflexions sur les choses qui sont capables de donner de la peine, est

absolument nécessaire, d'autant que l'imagination étant 1 5

frappée, l'esprit, si l'on n'y prend garde, est aussitôt

(1) Voir ci-dessus Lettre VII, page 17, ce que nous avons dit sur le sens de ce mot.

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ému , après quoi il n'y a plus de paix ni de tranquillité. Pour vous dire vrai, depuis trente ans que Dieu m'a ait la grâce de m'attirer à une vie plus intérieure, je

Dai point trouvé de moyen plus puissant pour y faire

de grands progrès, que ce retranchement universel

He réflexion sur les difficultés qui se rencontrent, et

sur tout ce qui ne tend point à Dieu, ou à la pratique le la vertu. rs

Il ne faut pas vous étonner de cette grande activité dentendement. Je crois que les personnes d'étude y sont sujettes, à cause des matières qu'elles ont à traiter, ice n'est qu'elles aient la volonté entièrement gagnée. i Dieu; car alors la volonté est la maîtresse, et quand le veut elle attire par sa force l'entendement après

Aile. Je me suis autrefois trouvée en cette peine, lors

qu'ayant à enseigner les mystères de la foi à des perwnnes déjà avancées dans la vie spirituelle, je jetais sulement la vue sur ce qu'en dit le petit catéchisme du concile, et tout aussitôt mon esprit en possédait les vérités. Je me trouvais ensuite dans une telle activité dentendement et dans un discours si suivi, qu'il ne se put rien davantage. Mais comme ce n'était ‘pas là mon æntre ordinaire, la volonté, par un seul acte, imposait silence à l'entendement pour le faire jouir avec elle par me contemplation simple et amoureuse des fruits qui sont cachés dans les mystères. De la sorte, les trois puissances de l’âme demeuraieñt dans leur centre, où sans distinction d'opération, et comme si elles n'eussent été qu’une seule puissance, elles connaissaient, aimaient et étaient à leur Dieu, Être pur et simple. Quand, dis-je, la volonté est gagnée à Dieu, et qu'elle ne se détourne point volontairement de l'attrait où la divine Majesté lappelle, qui est pour l'ordinaire l'amour actuel et

l'entretien familier, l'entendement ne peut lui nuire: #8

car. elle est la maîtresse, et elle lui commande comme elle veut par une certaine force intérieure qui vient d'une puissance secrète qui la meut. Et remarquez que

cette puissance tend toujours à ce que Dieu seul soit

le maître partout.

Vous observerez encore que, dans le cours ordinaire, il y a des personnes qui ont l'entendement si volage et naturellement si facile à courir çà et là, que l'oraison se passe sans qu'ils donnent rien à la volonté. C'est un vice de nature, où il n’y a que l'humilité et la patience à pratiquer, parce que s'en affliger, ce serait jeter le trouble dans l'imagination, qui ferait un double ravage. Par la pratique de la vertu, l'on gagne ce que l'on croit avoir perdu; une bonne et persévérante volonté gagne le cœur de Dieu, qui donne ensuite ce qu'on n'a pu acquérir par son travail.

Vous dites vrai qu'il y a des états d'union d'entendement et de volonté, et que ces états sont passagers. Ce sont, ce me semble, des essais ou des épreuves que Dieu veut faire d'une âme pour l’'amorcer et la gagner à lui. Si elle Jui est fidèle en ces rencontres, elle avancera plus avant dans la voie de Dieu. Il semble que les promesses qu'on lui fait en cet état dans l'oraison, sont comme des contrats qui doivent être gardés inviolablement, autant que la faiblesse humaine le peut permettre avec le secours de la grâce. Encore qu'on ne s'en aperçc.ve pas, on ne laisse pas d'avancer. Mais Dieu, qui sait que l'âme est encore faible, lui cache son progrès et la grâce même qu'il lui donne, parce que n'ayant pas encore l'esprit assez convaincu de son néant et de son impuissance au bien, elle s’attribuerait ce qui est dû à son bienfaiteur.

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Ce que j'appelle union d'entendement, c’est lorsque cette puissance est immédiatement occupée de Diru par une notion spéciale ou générale. Cette notion est pourtant amoureuse, et elle emporte avec soi toute l'âme; mais c'est l'entendement qui arrête la volonté pour aimer, sans même quelle connaisse qu'elle fait des actes. C'est une infusion de grâces qui ne se peut exprimer. Tout ce que je puis en dire, c’est que l'âme ne veut rien pour elle-même, mais tout pour Dieu, de qui elle reçoit des effets d'une bonté immense.

L'union d’entendement et de volonté est un attrait de Dieu, qui produit tout ensemble un effet de lumière et d'amour, ce qui met l'âme en des privautés avec Dieu qui sont inexplicables; ce qui opère en l'âme des effets très-précieux, surtout une facilité continuelle à traiter familièrement avec sa divine Majesté en quelques affaires qui se puissent rencontrer; et un état de paix actuelle qui est à l'âme une réfection savoureuse où les sens n'ont point de part. Le cœur n'est jamais dans l'abattement ; il est toujours vigoureux quand il faut traiter avec Dieu : et lorsque, dans la conversation qu'il est obligé d'avoir avec les créatures, il est interrompu, son inaction est un repos et une simple attention à Celui de qui il se sent possédé, sans que cette attention

empêche le commerce du dehors, pourvu qu'il soit dans

l'ordre de l’obéissance ou de la charité.

Mais, mon très-cher fils, en vérité je vous admire

des remarques que vous faites sur ce que je vous écris.

Soyez persuadé que je ne m'arrête jamais à faire toutes ces distinctions. Voici pourtant quelques mots pour répondre à ce troisième degré que vous dites.

C'est que, par suite de cette privauté dont je viens de parler, l'âme ne pourrait pas s’assujettir, non pas

même dans un temps libre, à réfléchir sur diverses matières, tant spirituelles puissent-elles être. Elle n'y peut penser que par un simple regard. La volonté est toujours dans l'amour actuel avec une liberté entière de parler, quoique ce parler ne se fasse point par un long discours, mais par une aspiration simple et continue. L'âme a un langage court, mais qui la nourrit merveilleusement, comme si elle disait : Mon Dieu, soyez béni. Ce mot, Dieu, dit plus en l'âme qu'on ne peut exprimer. O ma vie, Ô mon tout, Ô mon amour! à mesure que la respiration naturelle se fait, cette aspiration surnaturelle .continue. Et lorsque, par l'ordre de ia charité ou par l'obligation de quelque emploi,

faut interrompre ce langage, le cœur ne cesse point ‘ve attentif à son objet.

Mais le présent le plus précieux en tout, est l'esprit in sacr! Vorbe Incarné, quand il le donne d’une façon sublime, some il le donne à quelques âmes que je connais de cette nouvelle Eglise, et comme il l’a donné à nos saints martyrs, les révérends Pères de Brébeuf, Daniel, Jogues et Lallemant, qui ont fait paraître par leur généreux courage combien leur cœur était rempli de cet esprit et de l'amour de la croix de leur bon Maître. C'est cet esprit qui fait courir par mer et par

terre les ouvriers de l'Evangile, et qui. les fait des mar-

tyrs vivants avant que le fer et le feu les consume. Les travaux inconcevables qu'il leur faut endurer sont des miracles plus grands que de ressusciter les morts. Pour venir au particulier, je vous dis que c'est un présent, parce qu'il ne s'acquiert pas dans une méditation. Il peut néanmoins arriver que Dieu le donne à une âme qui aura été fidèle en quelque occasion de conséquence pour sa gloire, et même en une petite,

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faite avec uu parfait amour de Dieu et une entière haine de soi-même. Mais, pour l'ordinaire, il le donne après beaucoup de sueurs dans son service, et de fidélités à sa grâce. Ce don.est une intelligence de l'esprit de l'Evangile et de ce qu'a dit, fait et souffert notre adorable Seigneur et Maître, avec un amour dans la volonté conforme à cette intelligence. Concevez un point de la vie cachée du Fils de Dieu, cela contient une sainteté que les plus hauts Séraphins adorent, et ils reconnaissent qu'ils ne sont que des atomes et des néants en comparaison des sublimes occupations intérieures de ce divin Sauveur. Considérez encore les trois années de sa conversation avec les hommes, ses entretiens particuliers, ses prédications, ses souffrances, sa passion, sa mort; vous direz que ces trois années ont porté ce qu'il y a de plus divin : il nous a donné ou acquis tous les biens de la grâce et de la gloire. Par la distinction des états de cet adorable Maître, nous connaissons la différence des nôtres avec quelque proportion, car à Dieu ne plaise que nous fassions de la comparaison entre Lui et nous. Dans cet aveu, la compagnie familière que l'on a avec Dieu surpasse ce que j'en ai dit ci-dessus, et donne une générosité d'une bien autre trempe que la première. Cet excellent sermon de la montagne : Bienheureux sont les pauvres d'esprit, etc., et celui de la

Cène sont la force et le bastion des âmes à qui Dieu

fait ce présent. Ne vous imaginez pas qu'en cette occupation il se passe rien dans l'imagination ou dans le corps; non, le tout est dans la substance de l'esprit par une infusion de grâce purement spirituelle. En cet état, on ne pratique pas seulement les maximes que vous savez, on se sent encore poussé à la pratique de toutes celles de l'Evangile, qui sont conformes à l'état où nous

sommes appelés, et aux emplois où l'obéissance nous engage. L'âme fait plus de chemin en un jour dans cette disposition, qu'elle ne ferait en toute autre dans un mois. Cette approche amoureuse du sacré Verbe Incarné porte dans l'âme une onction qui ne se peut exprimer, et dans les actions une sincérité, droiture, franchise, simplicité, fuite de toutes obliquités (de manque de droiture); elle imprime dans le cœur l'amour de la croix et de ceux de qui l’on est persécuté: elle fait sentir et expérimenter l'effet des huit héatitudes d'une manière que Dieu sait et que je ne puis dire.

Tous ces heureux effets et beaucoup d’autres que je ne dis pas, viennent de l'onction et de l'attrait continuel avec lequel l'esprit de Jésus emporte l'âme. Cet esprit persuade, convainc et attire si doucement, qu'il n'est pas possible de lui rien refuser; et de plus, il agit dans l'âme comme dans une maison qui lui appartient entièrement. Cette douce persuasion est son langage, et la réponse de l’âme est de se laisser emporter en cédant amoureusement. Ce sont de mutuels regards et des intelligences si pures, que nos paroles sont trop basses pour les énoncer. L'âme, sans faire peine à la nature, qu'elle attire facilement après soi, se voit tranquille dans les choses les plus pénibles et difficiles. Quand même la nature, par faiblesse et infirmité, serait surprise par quelque tort ou injure qu'on lui fait, l'âme s'en aperçoit aussitôt, et la nature n'a plus de force; la paix et l'onction intérieure fait même qu'on aime ceux qui ont fait l'injure. Il en est de même de tout le reste. L'âme est humblement courageuse et sans respect humain dans les occasions où il y va de la justice et de l'équité, néanmoins avec une soumission entière de jugement à ceux qui la dirigent.

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Dans cet état l'âme ne commet plus d’indiscrétions, parce qu'elle est unie à Dieu d'une façon qui la rend libre; elle voit clair en toutes ses opérations, n'étant plus dans des transports de désir et d'amour comme elle a été autrefois. C'est ici la liberté des enfants de Dieu, qui les introduit dans sa familiarité sainte par la confiance et par le libre accès qu'il leur donne. Dans les états passés elle était dans un enivrement et transport qui la faisaient s'oublier elle-même; mais ici elle est à son bien-aimé et son bien-aimé est à elle avec une communauté d'intérêts et de biens, si j'ose ainsi parler. Cela fait qu'elle s'expose à tout pour sa gloire, et que nonobstant toutes les croix qui se rencontrent, elle pratique suavement la loi du parfait anéantissement pour n'être plus, et afin qu'il soit tout et l'unique glorifié. Ce n'est pas qu'il ne se trouve des occasions où les croix se rendent plus sensibles, et qu'il ne s’y commette même des imperfections; mais cela passe vite; l'âme s’humilie et fait facilement sa paix par l'agrément de (en faisant agréer) son humiliation. Car remarquez que plus l'âme s'approche de Dieu, plus elle connaît son néant, et quoiqu'elle soit élevée à un très-haut degré d'amour, elle ne laisse pas de s'abaisser à un très-profond degré d'humilité; ces deux dispositions s'accordent parfaitement ensemble, ce qui me fait connaître la vérité de cette parole de Notre-Seigneur, que celui qui s'humilie sera élevé.

Il me semble que tout ce que je viens de dire répond suffisamment à vos questions, quoique j'écrive avec une grande précipitation et que le tout soit mal arrangé. Suppléez, je vous prie, à mon défaut, car je suis une pauvre créature chargée d'affaires, tant pour la France que pour cette maison. Trois mois durant, ceux qui ont

des expéditions à faire pour la France n'ont point de repos, et comme je suis chargée de tout le temporel de cette famille, qu'il me faut faire venir de France toutes nos nécessités (choses nécessaires), qu'il m'en faut faire le paiement par billets, n’y ayant pas d'argent en ce pays, qu'il me faut traiter avec des matelots pour retirer nos denrées, et enfin qu'il me faut prendre mille soins et faire mille chôses qu'il serait inutile de vous dire, il ne se peut faire que tous les moments de mon temps ne soient remplis de quelque occupation, en sorte que je ne puis vous répondre avec tout le loisir que je désire. Ne laissez pas pourtant de m'écrire à l'ordinaire, mais envoyez vos lettres de bonne heure, afin que je puisse prendre mon temps pour y satisfaire.

Vous m'avez beaucoup consolée de me dire vos dispositions. Prenez bon courage; ayez une sainte opiniâtreté à vous tenir proche de Dieu en la façon qu'il vous attire; liez-vous à sa bonté dans cet état de tranquillité et de repos; gardez vos règles avec humilité; soyez soumis en simplicité à vos supérieurs, Que la science ne vous enfle point le cœur. Ne sachez rien pour vous, mais pour Dieu. En prêchant les autres,

prêchez-vous vous-même par une sainte intention de,

faire ce que vous enseignez. Si vous faites cela, vous verrez ce que Dieu opèrera en votre âme. Vous me demandez si je vous présente à sa divine Majesté en mes oraisons. Oui, je le fais et de bon cœur, car je voudrais vous voir à lui en la façon qu'il désire. Vous m'êtes trop cher en son adorable présence pour vous y oublier, je crois aussi que vous ne m'y oubliez pas de votre part : c'est pourquoi je vous prie de lui demander que je lui sois plus fidèle que je ne l'ai été jusquà présent, de crainte que mes infidélités n'empêchent

de sembla en missior Voilà ot si nous $0 aurons fa obtenir de à celle de car l'exernr penser à :

Mère de évêque, pi ment conv On nous a Église nai

l'effet de ses desseins sur moi, à qui sa bonté a déjà fait tant de miséricordes.

Pour nos affaires, vous m'obligerez beaucoup de m'en parler comme vous faites. Nous n'avons point encore d'évêque, à cause, comme je crois, des troubles de France. On ne laisse pas néanmoins de travailler encore à Rome pour notre bulle. Cependant le révérend Père supérieur de la Mission fait ici toutes les fonctions

| ecclésiastiques, comme les mariages, les baptêmes et

autres semblables. 11 a des priviléges particuliers à notre égard, afin que tout ce qu'il fait en matière de supériorité soit valable, comme donner le voile, recevoir à profession, faire les visites, en attendant qu'il y ait ici un évêque qui fasse tout cela. Nous avons

L pris ici ces précautions depuis que le révérend Père

Dom Raymond m'a donné les mêmes avis que vous me donnez. Car encore que les révérends Pères qui travaillent dans les Indes, et dans les terres éloignées pour y établir la foi et l'évangile de JÉSUS-CHRIST aient de semblables priviléges, ceux néanmoins qui sont ici en mission ne voulaient pas s'en servir.

Voilà où nous sommes pour le présent. L'an prochain, si nous sommes en vie, je vous manderai ce que nous aurons fait à Rome. Mais pourquoi n'avez-vous pu obtenir des bulles pour l'union de votre congrégation à celle de Cluni? je vous prie de m'en dire un mot, car l'exemple de ce qui vous est arrivé m'a bien fait penser à nos affaires. M. de la Rochelle, oncle de la Mère de Saint-Joseph, lui a mandé quil est notre évêque, parce que selon le droit, les terres nouvellement converties appartiennent à l'évêque le plus proche. On nous a dit qu'on l’a voulu charger à Rome de cette Église naissante dans l'érection de son nouvel évêché,

mais qu'il ne l'a pas voulu accepter, de crainte qu'on ne l'obligeât à la visite : le temps nous apprendra ce que Dieu en a ordonné dans son éternité.

Par un premier vaisseau, que je crois avec la grâce de Notre-Seigneur être à présent arrivé en France, j'ai prié nos Mères de Tours de vous envoyer une copie de la lettre que je leur ai écrite touchant le m ‘re et la glorieuse mort de trois révérends Pères 14 Compagnie. Je leur mandais le baptême de dix-huit cents personnes, mais j'ai manqué en ce point, ‘ v en a deux mille sept cents de baptisés depuis leur mort, leur sang répandu ayant été comme une semence de bénédiction, qui a produit cette grande moisson à Notre-Seigneur. Je n'ai pu avoir le temps de vous écrire en particulier les nouvelles du pays, mais j'espère que vous m'excuserez bien, puisque j'y supplée par une autre voie. Vous verrez par la lettre dont je vous parle, que l'Église est extrêmement persécutée. les bourgs, les villages saccagés, les églises et les eis renversés, et l'élite de nos chrétiens mis à .t. Madame notre fondatrice vous envoie des reliques de nos saints martyrs, mais elle le fait en cachette, les révérends Pères n'ayant pas voulu nous en donner, de crainte que nous n'en envoyassions en France, mais comme elle est libre, et que les personnes mêmes qui furent recueillir le reste de leurs corps lui en ont donné en secret, je l'ai priée de vous en envoyer, ce qu'elle fait avec beaucoup d'affection, pour le respect qu'elle a pour vous.

Le révérend Père Poncet, votre bon ami, a été dans des risques. évidents d'être partagé comme les autres Pères de sa Compagnie. C'était son désir, mais Dieu a voulu disposer de lui d’une autre manière. Il a été

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lui seul trois mois entiers dans la mission des Cheveux- Relevés, où pas un Français n'avait encore mis le pied. Il y a jeté les premières semences de l'Evangile, et ensuite baptisé plusieurs enfants. [1 y va retourner pour continuer son travail, avec tant de zèle et de ferveur, qu'il ne s'est pas même donné le loisir d'écrire à Madame sa mère, qui s'est rendue religieuse carmélite avec son aïeule, ou grand'mère.

Ce que vous apprendrez par la Relation vous fera voir que ce que je vous écrivis l'an passé était un indice de ce qui est arrivé. Le révérend Père de Brébeuf, premier apôtre des Hurons, avait eu plusieurs visions touchant ce qui lui est arrivé à sa mort et à celle de ses compagnons, et de ce qui devait arriver à l'église. On a trouvé tout cela dans ses écrits. Notre-Seigneur lui avait fait voir sa face toute défigurée, comme elle l'a été depuis, au rapport .de plus de cent témoins. Il avait encore vu ses mains impassibles dans la même vision; et il est arrivé que son corps ayant été mutilé de toutes parts, ses os décharnés, sa chair mangée, lui encore vivant, il ne s'est pas trouvé la moindre fracture à ses mains, contre l'ordinaire de ces barbares, qui voulant tourmenter un homme, commençent à couper les doigts et à arracher les ongles, ce qu'ils font, disent-ils, pour caresser les patients; en sorte qu'on ne le put reconnaître qu'à ses précieuses mains. Notre- Seigneur lui ayant révélé le temps de son martyre trois jours avant qu'il arrivât, il alla tout joyeux trouver les autres Pères, qui le voyant dans une gaité extraordinaire, le firent saigner, par un mouvemeni de Dieu. Ensuite de quoi le chirurgien fit sécher son sang, par un pressentiment de ce qui devait ar.ivsr; et de crainte qu'on ne lui fit comme au révérend Père Daniel, qui,

huit mois auparavant, avait été tellement réduit en cendre, qu'on n'avait trouvé aucun reste de son corps.

Il y a bien d'autres merveilles que nous avons apprises de ceux qui en ont été les témoins oculaires. Depuis deux jours quelques captifs, qui se sont sauvés des mains de l'ennemi, nous ont rapporté que ces barbares coupèrent la bouche du révérend Père de Brébeuf, de rage qu'ils avaient qu'il ne cessait de prêcher et de prier Dieu, encore qu'ils l'eussent tout décharné et mangé, et, comme ils sônt adroits à écorcher les hommes aussi bien que les bêtes, qu'ils lui eussent laissé les veines et les artères entières sur les os afin d’allonger ses tourments et qu'il ne mourût pas si tôt. C'est vraiment pour Dieu et en haine de la foi, que ces hommes apostoliques ont souffert de si horribles tourments. Ce sont les effets du présent de l'esprit de JÉSUS-CHRIST dont je vous ai parlé au commencement de ma lettre. La Relation vous les fera voir comme des miracles de patience. Pour moi, je ne suis qu'une poussière indigne d'une si sainte mort; priez Dieu qu'il me fasse miséricorde.

De Québec, le 22 octobre 1649.

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et de 1é et Qu'il se glisse quelquefois des abus parmi les personnes sDirituelles, — Combien nmes À le don de persévérance est précieux. — Que tous les trésors de la grâce et é les de la sainteté découlent du Cœur de JÉsus-Curisr. )nger var Mon très-cher fils, nmes ents. Voici un petit moment qui me reste. Je m'en vais &RIST DS vous le donner, pour l'occasion d'un honnête jeune ettre. homme qui s’en va en France, et qui est frère d'un es de de nos domestiques, qui s'en retourne aussi avec lui. indi- JS Vous me dites que vous n'avez vu personne qui m'ait fasse parlé depuis que je suis en ce pays. J'ai fait venir

celui-ci, et j'ai levé mon voile devant lui, afin qu'il puisse vous dire qu'il m'a vue et qu'il m'a parlé. Il est de trois lieues de Séez, où il m'a promis d'aller vous voir et de vous dire de mes nouvelles de vive voix.! Il peut vous dire les dispositions de notre monastère et comme tout ce pays est fait. Si mes autres lettres n'étaient pas parties, je l'en aurais chargé, parce que la voie est sûre.

Par ma grande lettre je réponds grossièrement (en gros) à la‘ vôtre, ne l'ayant pu faire autrement à cause

(1) On voit dans la Vie de CI. Martin, par dom Martène, qu'il était alors à Saint-Martin de Séez.

du grand empressement de nos affaires (de notre grande multitude d'affaires pressantes) et. que les vaisseaux étant arrivés trop tard, ils pressent leur retour.

Vous m'avez obligée de me dire des nouvelles des religieuses de Louviers, surtout de 1a petite Mère Françoise. Nous avons céans une de nos sœurs converses qui a été novice dans une maison qu'elle a fon-

dée; et d'où elle est sortie à cause de la vocation qu'elle &

avait pour le Canada. Elle nous à fait une si grande estime de cette Mère, qu'ayant appris qu'elle avait été accusée de magie et de sortilége, nous en avons été toutes effrayées ; et c'est ce qui me donna sujet de vous en demander .des nouvelles. Je prie Dieu de mettre au jour la vérité. Car c'est une chose horrible de voir les abus qui se sont glissés depuis quelques années parmi plusieurs personnes spirituelles. Non que je voulusse avoir du soupçon de celle-ci; mais qu'il y donne son

jour, s’il lui plaît, afin que si elle est innocente, son À

saint nom en soit glorifié et sa servante consolée. Si vous en apprenez quelque chose vous m'en ferez part, car nous devons tirer de l'instruction de tout.

Deux de nos Mères Hospitalières de la maison de Dieppe s'en retournent en France. L'une n'est ici que de l'année dernière, l'autre y est depuis six ans. La première a une grande infirmité dont elle ne peut être soulagée en ce pays, et l’autre ne s'y peut accommoder sans y devenir infirme. Oh ! que la persévérance est une chose précieuse! priez Dieu qu'il me la donne et à mes chères sœurs, et qu'il nous envoie plutôt la mort

(1) 11 y a là une erreur évidente, due à l'imprimeur : car, outre qu'il n'y a jamais eu d'Ursulines à Louviers, ce que dit la vénérable Mère se rapporte clairement aux Ursulines de Loudun,

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qu'après avoir mis la main à la charrue, nous soyons sai lâches que de regarder en arrière : c'est-à-dire qu'après nous être consacrées à son service dans cette nouvelle Eglise, arrosée du sang de ses fidèles serviteurs, nous allions chercher une vie plus douce et plus commode à la nature. La Mère Marie de Saint-Joseph est toujours infirme, mais elle est toujours courageuse. Madame sa mère et messieurs ses parents ont fait tout leur possible pour la faire retourner en France; nos Mères de Tours n'y ont rien épargné de leur part; mais. elle a fait réponse à tous qu'elle aimerait mieux vivre de la sagamité des sauvages,’ et ensuite mourir mille fois, s'il était possible, que de faire un coup si lâche contre sa vocation et contre la fidélité qu'elle doit à Dieu, pour conserver une vie si faible et si fragile. Il est vrai qu'il pourrait arriver tels accidents, que nonseulement nous, mais encore tous les Français seraient obligés de quitter le pays; en ce cas il faudrait baisser la tête pour nous soumettre aux ordres de la divine Majesté. Mais nous espérons qu'elle n'a pas fait cette nouvelle Eglise pour la détruire; nos ennemis nous menacent, ils sont puissants, mais notre Dieu l'est plus qu'eux.

Vivons en notre JEÉsus, mon très-cher fils; que les approches de son sacré Cœur fassent découler dans les nôtres la vraie sainteté; car c'est de ce Cœur sacré que découlent tous les trésors de grâce et d'amour qui nous font vivre de sa vie et nous animent de son esprit. C'est par Lui que nous persévérons dans l'ordre des enfants de Dieu. Sans Lui nous demeurons toujours en nous-

(1) La sagamité était un mets composé de blé d'Inde, de graisses d'animaux,

de poisson, etc.

mêmes dans nos lâchetés, et dans des inconstances qui font que notre vie est une maladie continuelle, et que nous ne touchons pas seulement du bout du doigt la solide vertu. Je vous conjure de demander à ce divin

Sauveur une grande fidélité en tout ce qu'il veut de #

moi, car je veux, ce me semble, être tout à Lui sans réserve : Je lui demande la même grâce pour vous. Adieu, mais sans adieu ; visitons-nous en JESUS.

De Québec, le 23 d'octobre 1649.

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