‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 110 sur 127 · LETTRE XCVIII. , A SON FILS · texte numérisé non relu

LETTRE XCVIII. , A SON FILS

Progrès des Iroquois sur les Français et snr les sauvages confédérés, — Que la mentés, véritable paix du cœur est fondée sur le parfait dégagement des créatures. — descend Que c'est l'humilité qui fait les saints, ce que prouve l'exemple des révérends tyrannie Pères Jésuites martyrisés par les Iroquois.

que de le tout le p Mon très-cher et bien-aimé fils, manque,

| : | | ou mour La vie et l'amour de JÉsus soient votre vie et votre

ici au n amour pour l'éternité. trouver « C'est un grand témoignage de votre affection pour de périr

moi, de me souhaiter le même partage qu'à nos révé- MN mis; et d rends Pères. Mais, hélas! je suis indigned'un tel honneur |! pays, po et d'une si haute grâce, quoiqu'elle paraisse fort proche France. ( de nous. Car depuis que je vous ai dit quelque chose ) que lan de la grande et extraordinaire persécution des Iroquois, À) avons d’ il y a eu encore un grand choc entre les Français et } Seigneur ces barbares, dans une rencontre qui s'est faite proche nent; M: les Trois-Rivières, lorsqu'on allait chercher les neuf lesquels Français que les autres avaient pris et emmenés. million € Aujourd'hui ils sont en dessein d'enlever les Trois- nos frère Rivières, ct vous remarquerez qu'ils ont avec ux plu À plus que sieurs Hollandais qui les aident; on et onnu un ciel. Ré dans le combat, et un Huron qui s'es uvé nous et vous pol a encore assuré. sont mê]

Quaud ils auront pris les Trois-Rivières, ls sont | arrivera

Que la ES, — érends

résolus, à ce qu'on nous a dit, de venir nous attaquer. Or, bien qu'en apparence il n'y ait pas tant de sujet de craindre dans nos maisons qui sont fortes, ce qui est néanmoins arrivé dans tous les bourgs des Hurons, qui ont été ruinés par le feu et par les armes (car certes ils sont puissants), doit faire appréhender aux Français un semblable accident, s'il ne nous vient un prompt secours. C'est le sentiment des plus sages et expérimentés, comme le sont les révérends Pères, qui sont descendus des Hurons et qui ont porté le poids de la tyrannie de ces barbares. Ce secours ne nous peut venir que de la France, parce qu'il n’y a pas assez de forces en tout le pays pour leur résister. Si donc la France nous manque, il faudra en bref (en peu de temps), ou quitter ou mourir. Mais parce que tous les Français, qui sont ici au nombre de plus de deux mille, ne pourront pas trouver des voies pour se retirer, ils seront contraints de périr ou de misère ou par la cruauté de leurs ennemis; et de plus, quitter des biens qu'ils ont acquis en ce pays, pour se voir dépouillés de toutes commodités en France. Cela leur fera plutôt choisir la mort en ce pays que la misère dans un autre. Pour nous autres, nous avons d’autres motifs, par la miséricorde de Notre- Seigneur. Ce ne sont point les biens qui nous y retiennent; mais bien le résidu de nos bons chrétiens, avec lesquels nous nous estimerions heureuses de mourir un million de fois, s’il était possible. Ce sont là nos trésors, nos frères, nos enfants spirituels, que nous chérissons plus que nos vies et que tous les biens qui sont sous le ciel. Réjouissez-vous donc si nous mourons et si l’on vous porte la nouvelle que notre sang et nos cendres sont mêlées avec les leurs. Il y a de l'apparence que cela arrivera si les mille Iroquois qui se sont détachés pour

aller à la nation neutre, viennent rejoindre ceux qui sont à nos portes. ‘

Le révérend Père Daran, que j'ai chargé de la présente, est un de ceux qui sont venus des Hurons. Il ÿ a souffert, tout ce qui se peut souffrir sans mourir, ainsi il pourra vous entretenir à loisir de tout ce qui est arrivé ces dernières années en cette nouvellé Eglise, et je me promets que vous serez extrêmement édifié de l'entendre, Il va faire un tour en France en attendant qu'on le rappelle, au cas que les affaires du pays se raccommodent, car il y est extrêmement regretté. Je le regrette comme les autres, mais soulagez mes regrets en le recevant comme il le mérite. D'autres , comme les révérends Pères Ragueneau et Pijart, vont aussi en France pour demander du secours à Sa Majesté. Le premier y prend plus d'intérêt, parce qu'il est le supérieur de la mission des Hurons. C'est un des grands personnages et des plus zélés missionnaires de la Nouvelle-France; mais je l’estime plus pour sa grande sainteté que pour tous ses grands talents naturels et pour toutes ses grâces gratuites. Nous espérons de le revoir l’année prochaine.

Lorsque j'achevais de vous parler du révérend Père Ragueneau, on est venu m'avertir qu'il me demandait pour me dire adieu. Il m'a promis de vous voir et, à cet effet, il a pris votre nom par écrit. C'est un des meilleurs amis de notre séminaire, et qui a une grande connaissance des grâces que la divine bonté y répand. Il m'a encore assurée, dans l'expérience qu'il a de la fureur et de la force des Iroquois, que si nous n'avous un prompt secours du côté de la France, ou qu'il ne plaise à Dieu de secourir le pays extraordinairement, tout est perdu. Ce n'est point une exagération, je vous dis le même selon mes petites connaissances.

Vous somme ticulier mon es peuven l'année Dieu, e messe.

sainte Si Dieu ricorde, en état elle ses

Je su détache l'amour Fils, le dénué d soi-mêm corrompi attaques qu'une â vaincue seulemen extérieur tes; mais de s’accu tence et point la f qu'an y € cela elle de malic les autr

Vous voyez par là, qu'en attendant le secours, nous sommes en la pure providence de Dieu. Pour mon particulier, mon très-cher fils, je m'y trouve si bien, et mon esprit et mon cœur y sont si contents, qu'ils ne le peuvent être davantage. S'il arrive qu'on vous porte l'année prochaine les nouvelles de ma mort, bénissez-en Dieu, et offrez-lui pour moi le saint sacrifice de la messe. Procurez-moi encore les suffrages de votre sainte Congrégation, qui m'a toujours été très-chère. Si Dieu m'appelle à lui et qu’il lui plaise me faire miséricorde, elle me le sera encore davantage, et moi plus en état de supplier la divine Majesté d'augmenter sur elle ses saintes bénédictions.

Je suis extrêmement consolée de ce que Dieu vous détache des créatures, et de l'amour ou prétention de l'amour que vous pourriez attendre d'elles. Ah! mon Fils, le royaume de la paix est dans ün cœur ainsi dénué de toutes choses, et qui, par une sainte haine de soi-même, se plaît à détruire les restes de la nature corrompue, dont les plus saints ont jusqu'à la mort des attaques qui sont le vrai motif de leur humiliation. Dès qu'une âme entre en cette vérité, et qu'elle en est convaincue par sa propre expérience, elle s’humilie, nonseulement devant Dieu en ses opérations intérieures et extérieures, où elle découvre toujours de nouvelles fautes; mais encore devant les créatures, prenant plaisir de s'accuser en public de ses défauts, d'en subir la pénitence et d'en porter toute la confusion. Elle ne rejette point la faute sur le tiers et sur le quart, bien que quelqu'an y ait pu concourir; elle s’attribue le tout, et après cela elle est convaincue qu'elle est encore plus remplie de malice qu'elle n'en dit et qu'elle n’en connaît, et que les autres n'en découvrent. D'où elle est persuadée

qu'elle est seule digne du châtiment, tant de la part de Dieu, par la privation de ses plus grandes faveurs, que du côté des créatures, qui prenant les intérêts du Créateur, nous corrigent chacune à sa manière! I] y a bien d'autres dépendances de l'humilité, dont les actes tirent leur source de leurs contraires. Le glorieux Père saint Benoît en parle aussi éminemment, comme je crois, qu'il l'a pratiquée. C'est votre Patron et votre Père, qui attirera sur vous l'influence de cet esprit, qui se goûte mieux dans l'intérieur qu'on n'en peut parler extérieurement. Demandez-lui qu’il obtienne cette haute vertu pour moi, car cest elle qui fait les saints, comme on l'a encore remarqué dans les cinq serviteurs de Dieu qui ont été martyrisés en ces quartiers : car ils étaient si humbles avant leur martyre, qu'ils donnaient de l'étonnement à ceux qui avaient le bonheur de vivre en leur compagnie. Il me faudrait écrire une trop grande lettre si j'en voulais dire toutes les particularités, mais le temps ne me permet pas de m'étenüre. |

J'ai répondu par une autre lettre aux moyens que vous me proposez d'élever quelques sauvages, afin qu'ils puissent gagner leurs compatriotes à la foi. Outre ce que je vous en écris, entretenez-en le révérend Père Daran, il vous dira qu'encore que le pays se rétablisse, il faudra toujours dépendre de l'Europe pour avoir des ouvriers de l'Evangile, le naturel des sauvages Américains, même des plus saints et spirituels, n'étant nullement propre aux fonctions ecclésiastiques, mais seulement à être enseignés et conduits doucement dans la voie du ciel; ce qui fait soupçonner dans ce renver-

(1) Elle parle en tout cela d'elle-même {Note ds CI. Martin).

| sement «(

Eglise p

Il est reçu le s Père Ga cette an cher fils force de et dans | Cet ado vive de aux âme qu'elles 8 mes, et jusqu'au union, di gloire, e pensez p:

puisqu'’ell dans les

| une force

et pénible décrire la saint. Il et rempli avait du pratique.

(entretien

(1) Ce qui :

compte du car saäcerdoce. C'e ordonné en 1.

du nord,

t de que réabien rent saint TOIS, ère, ui se arler laute ints, ervijuartyre, nt le drait outes as de

s que qu'ils e ce Père lisse, avoir ages étant mais dans nver-

| sement d’affaires que peut-être Dieu ne veut ici qu’une

Eglise passagère."

il est vrai que le révérend Père de Brébeuf avait reçu le sacré présent dont je vous ai parlé. Le révérend Père Garnier, l'un de ceux qui ont remporté la couronne cette année, l'avait éminemment. Jamais, mon trèscher fils, vous ne connaîtrez cela par l'étude ni par la force de la spéculation, mais dans l'humble oraison et dans la soumission de l'âme aux pieds du crucifix. Cet adorable Verbe incarné et crucifié est la source vive de cet esprit; c’est lui qui le donne en partage aux âmes choisies et qui lui sont les plus chères, afin qu'elles suivent et qu'elles enseignent ses divines maximes, et que par cette pratique elles se consomment jusqu’au bout dans son imitation. Cet esprit saint, cette union, dis-je, dont je vous parie, n'est pas celle de la gloire, elle en est seulement un avant-goût. Et ne pensez pas qu'elle rende toujours les travaux faciles, puisqu'elle ne redonde pas (ne reflue pas) toujours dans les sens. Mais elle donne dans le fond de l'âme une force invincible pour les supporter, quelque pesants et pénibles qu'ils soient. Il faudrait un gros livre pour décrire la vie de ce révérend Père, animé de cet esprit saint. Il était éminemment humble, doux, obéissant et rempli de vertus, acquises par un grand travail. On avait du plaisir à voir la suite de ses vertus dans la pratique. Il était dans un continuel colloque et devis (entretien) familier avec Dieu. Etant percé de coups,

(1) Ce qui montre avec quelle perspicacité la Mère de l’Incarnation se rendait compte du caractère des sauvages, c'est que, jusqu'ici, un seul a pu être élevé au säcerdoce. C’est M. l'abbé Prosper Vincent, du village huron de Lorette. Il a été ordonné en 1870. Il est le premier prêtre de race indigène dans l'Amérique du nord.

on le vit encore dans l'exercice de la charité, faisant un effort pour se traîner vers une pauvre femme qui ayant reçu plusieurs coups de hache, était aux abois et avait besoin de secours pour bien mourir.

Le révérend Père Chabanel, un de ceux qui ont été massacrés cette année, avait naturellement une si grande aversion de vivre dans les cabanes des sauvages, qu'elle ne le pouvait être davantage : pour ce sujet, on avait voulu souvent l'en exempter, afin de l'envoyer aux autres missions où il n'eût pas été engagé à cette sorte de vie. Mais, par une générosité extraordinaire,

et porté de l'esprit dont nous parlons, il fit vœu d'y |

persévérer et d'y mourir, s'il plaisait à Dieu de lui faire cette miséricorde. Son supérieur néanmoins ayant su qu'il était extrêmement fatigué des travaux de sa mission, le rappella, et ce fut en ce voyage qu'il fut pris et massacré, sans qu'on ait pu savoir par quels ennemis, ni ce qu'ils ont fait de son corps. Quoi qu'il en soit, il est mort dans l’acte de son obéissance.

Les autres révérends Pères qui se sont retirés ici des missions éloignées ont si épouvantablement souffert, qu'il n’y a point de langue humaine qui le puisse exprimer. Je n'exagère point, et si la grande humilité du révérend Père Daran ne le cache point, demandez- ‘lui quelques particularités de ses souffrances, car son expérience l'a rendu savant. Je vous donne ces exemples pour vous convaincre que notre union n'est jamais plus éminente que dans les travaux soufferts à limitation et pour l'amour de JEsus-CHRIST, qui était dans le temps de ses souffrarc2s et surtout au point de sa mort, dans le plus haut degré d'union et d'amour pour les hommes avec Dieu son Père. L'union douce et amoureuse est déjà la béatitude commencée dans une chair mortelle,

et son Dieu et

quelque et que v il faut qu àunesit dispositio

Je suis pourra bic Je vois d’ les chose:

doit fort La premii subsister que si ce ou retour sensés. Je avec la :

isant e qui abois

t été ne si ages, sujet, voyer cette naire, U d'y le lui ayant de sa il fut quels 1 quil

és ici ffert, puisse milité ndezr son mples s plus on et emps dans mmes e est telle,

et son mérite est dans les actes de la charité envers Dieu et le prochain, et des autres vertus théologales. Mais dans l'union dont je parle, qui est pourtant une suite de celle-là, il s'agit de donner sa vie dans une consommation de travaux qui portent à la ressemblance de JÉsus-CHRisT. Ah! certes, il faut donner le prix à celle-ci, et attendre à l'autre vie à connaître son mérite et son excellence, car à présent nos discours sont trop bas pour en pouvoir parler comme il faut.

Je bénis Dieu du désir qu'il vous donne de souffrir le martyre. Vous êtes encore jeune, mon bon fils, et si vous voulez être fidèle à la grâce, vous en souffrirez un bien long, encore que vous demeuriez enfermé dans votre solitude. Ce désir vous doit être un puissant aiguillon pour mener une vie pénitente, mortifiée, régulière. C'est le martyre que vous avez à souffrir et que Dieu demande de vous, en attendant peut-être quelque occasion que sa divine Majesté vous garde et que vous n'attendez ni ne prévoyez pas. Cependant il faut que vous vous munissez des vertus nécessaires à une si haute grâce, et encore après toutes vos bonnes dispositions, vous devrez vous en estimer indigne.

Je suis de votre sentiment, que le défaut d'argent pourra bien empêcher l'expédition de notre bulle à Rome. Je vois d’ailleurs que les affaires du pays tiendront bien les choses en suspens. Car il y a trois choses que l'on doit fort considérer dans la conjoncture des affaires. La première, que ni nous ni tout le Canada ne pourrons subsister encore deux ans sans secours. La deuxième, que si ce secours manque, il nous faut ou mourir ou retourner en France, selon le sentiment des mieux sensés. Je crois néanmoins que si l'ennemi a la guerre avec la nation neutre et à Andastoué, ce sera une

diversion d'armes qui nous fera subsister un peu davantage. Maïs s’il poursuit ses conquêtes et ses victoires, il n’y a plus rien à faire ici pour les Français. Le commerce ne pourra pas s'y exercer; le commerce ne s'y exerçant plus, il n’y viendra plus de navires ; les navires n'y venant plus, toutes les choses nécessaires à la vie nous manqueront, comme les étoffes, le linge; la plus grande partie des vivres, comme les lards et les farines dont la garnison et les maisons religieuses ne peuvent se passer. Ce n'est pas qu'on ne travaille beaucoup et qu'on ne fasse des nourritures; mais le pays ne donne pas encore ce qu'il faut pour s’entretenir. La troisième chose qui retarde nos affaires, est que si le commerce manque par la continuation de la guerre, les sauvages qui ne s'arrêtent ici que pour trafiquer, se dissiperont dans les bois; ainsi nous n'aurons plus que faire de bulle, n’y ayant plus rien à faire pour nous qui ne sommes ici que pour les attirer à la foi, et pour les gagner à Dieu. Vous pouvez juger de là qu’un évêque ne viendra point ici dans un temps si plein de calamité; outre que l'Eglise n’y ayant été que passagère, il n’y a que faire de pasteur: je parle dans la supposition que Dieu permit l'extrémité que l'on appréhende.

Cette nouvelle Eglise étant dans un péril si manifeste, faites-moi la charité de faire quelque dévotion devant l'image de la très-sainte Vierge, afin qu'il lui plaise de la prendre en sa protection. Priez-la aussi pour moi et pour notre élection, que nous allons faire la semaine de la Pentecôte. Ce péril et ces craintes ne diminuent pourtant rien du culte que les chrétiens tant Français que sauvages ont coutume de rendre à Dieu. Vous eussiez eu une dévotion sensible de voir la procession qui se fit à Québec le jour de l’Assomption

de cett portère orné, a

pour les

les uns pour le charge.

six cen tion de les larm la curio être vu France apparen ges, cel qu'ils o qu'ils so à un poi combien Iroquois fils, que toute cet encore C bon cœu J'ai d dans ces velles. L que les nation n Si cela et ce ser bien enc qu'il sai

\vanoires, . Le ne s'y vires a vie | plus irines uvent up et lonne sième nerce vages eront re de

ui ne !

ir les vêque calaagère, uppoende.

maniotion il lui aussi faire intes tiens bndre voir btion

de cette Mère de bonté. Deux Pères de la compagnie portèrent son image de relief, sur un brancart bien orné, aux trois maisons religieuses qui étaient destinées

pour les stations. Comme les lieux sont assez éloignés

les uns des autres, deux autres Pères étaient préparés pour leur succéder et les soulager en cette sainte charge. Outre le gros des Français, il y avait environ six cents sauvages qui marchaiïent en ordre. La dévotion de ces bons néophytes était si grande, qu'elle tirait les larmes des yeux de ceux qui les regardaient. J'eus la curiosité de les regarder d’un lieu où je ne pouvais être vue, et je vous assure que je n'ai point vu en France de procession où il y eût tant d'ordre et en apparence tant de dévotion. Pour ce qui est des sauvages, cela m'est toujours nouveau, car la pensée de ce qu'ils ont été avant que de connaître Dieu, et de ce qu'ils sont à présent qu'ils le connaissent, me touche à un point que je ne puis dire. De là vous pouvez juger combien je souffre de voir la tyrannie que les barbares Iroquois exercent en leur endroit. Ah! mon très-cher fils, que je serais heureuse, que je serais contente si toute cette persécution se terminait en moi! Présentez encore ce mien désir à la sainte Vierge, à laquelle de bon cœur je présente le vôtre.

J'ai déjà écrit cette lettre à diverses reprises, et dans ces intervalles il vient toujours quelques nouvelles. Le captif qui s'est sauvé des Iroquois rapporte que les guerriers des Andoouestéronons et ceux de la nation neutre ont pris deux cents Iroquois prisonniers. Si cela est vrai, on les traitera d'une terrible façon, et ce sera autant de charge pour nous. Ce captif sera bien encore quinze jours avant que d'avoir dit tout ce qu'il sait. Car c'est la coutume des sauvages de ne

dire ce qu'ils savent que peu à peu et à divers jours; ce qui fait impatienter nos Français, qui ont l'esprit vif et voudraient savoir les choses tout d’un coup, surtout quand il s'agit d'affaires de conséquence et rapportées par un seul messager.

Depuis ce que dessus, il s'est encore sauvé deux Hurons de la captivité des Iroquois. Ils sont tous deux bons chrétiens en leur cœur, et catéchumènes en effet. Le désir du saint baptême leur a fait faire des efforts très-violents, par de grandes courses dans les bois, et sans aucune provision. Ils ont rapporté que nos dix Algonquins de Sillery qui furent pris au mois de juin dernier ont été brûlés tout vifs avec de très-grands sentiments de foi et de religion. L'un d'eux, pour l'amour duquel je vous écris cet article, s'est particulièrement signalé par son zèle et par sa ferveur. Il était âgé de vingt-deux ans ou environ, et c'était mon fils spirituel, qui m'aimait autant ou plus que sa mère. Il a été trois jours et trois nuits dans des tourments très-horribles, en dérision de la foi, qu'il a confessée hautement jusques au dernier soupir. Ces barbares lui disaient en se moquant : Où est ton Dieu? il ne t'aide point. Puis ils recommençaient à le tourmenter, et aussi à se moquer, disant : Prie ton Dieu pour voir s'il t'aidera. Cependant ce courageux serviteur de Dieu redoublait ses prières et ses louanges à Celui pour l'amour duquel il souffrait, car naturellement il chantait fort bien, et cela faisait enrager ces barbares. Il se nommaïit Joseph et avait été élevé en la foi par le révérend Père Le Jeune, quasi dès son enfance. A votre avis, n’ai-je pas là un bon fils! C'est plutôt mon père et mon avocat auprès de Dieu. Je suis ravie, pour l'amour que je lui portais, de la haute grâce qu'il à reçue en persévérant avec tant de géné-

rosité.

et extrê fidélité.

Retour des :

Elle fait

Je n'ai Lionnes :

passant f dire der tous ceux promis c saints pe qui ont e croyabies

LETTR

Urs ; rosité. C'était un jeune homme parfaitement bien fait

sprit et extrêmement modeste, mais je ne le loue que de sa

oup, fidélité. Si l'on venait m'en dire autant de vous, mon

e et très-cher fils, ah! qui pourrait dire la joie que j'en

M recevrais} Mais ces signalées faveurs ne sont pas du

leux ressort de notre élection, elles sont dans les trésors

deux de Dieu qui les communique aux âmes choisies. Il me

effet. fallait clore cette lettre par ce dernier souhait, qui est

lorts nn des plus grands témoignages de mon affection pour

bois, la personne du monde qui m'est la plus chère.

s dix

juin De Québec, le 30 août 1650.

ands À

mour

ment

véde D,

tuel, LETTRE XCIX.

trois ;

ibles, AU MEME.

dd Retour des révérends Pères Jésuites en France, après la déroute des Hurons.

n se Elle fait l'éloge des révérends Pères de Lionnes, et Jérôme Lallemant.

is 1ls

La Mon très-cher fils,

dant

ières Je n'ai pas voulu laisser partir le révérend Père de {l rait, Lionnes sans le supplier de vous donner une visite en | | Isañ passant par Rouen. Il m'a promis de le faire et de vous 1{ avait dire de nos nouvelles. Vous ne le verrez pas seul; mais \ uafl | tous ceux de la mission qui repassent en France m'ont | fils ? promis cette même grâce. Recevez, s'il vous plaît, ces |A aa saints personnages comme autant de martyrs vivants

ne qui ont entrepris des travaux et souffert des croix in-

Léné-

croyabies à ceux qui n'ont pas l'expérience des missions LETTR. M. 28

huronnes. Entrez en entretien avec eux sur ce sujet, et je m'assure que vous en aurez une particulière consolation, et que vous bénirez Dieu avec ses serviteurs. Ils retour. nent en France en attendant le rétablissement des affaires. Celui-ci néanmoins y repasse pour la mission de Miscou. Il a été un an mon confesseur, ce qui m'a obligée d'avoir avec lui des communications spirituelles. Ainsi il pourra vous parler en particulier de mes dispositions, comme je l'ai prié de le faire.

Mais les affaires de l'Eglise sont ici en un tel état, que nous croyons que le révérend Père supérieur des missions sera obligé de passer lui-même en France par le dernier vaisseau; c'est mon directeur et mon supérieur depuis plus de cinq ans. Si cela arrive, comme je le tiens pour certain, vous aurez la consolation de le voir, car il passera par Rouen, si ce n'est qu'il aille droit du Hâvre à Paris. C'est celui qui me connaît plus qu'aucun autre, et qui sait tout ce qui s'est passé en moi depuis que je suis au monde, tant bien que mal. Je vous prie de le recevoir avec le respect que mérite sa grande sainteté. Il a demeuré six ans aux Hurons, et presque autant ici. Nous lui avons des obligations plus qu'à personne du monde. Il a fait nos constitutions et mis le bon ordre qui est dans notre communauté; en un mot, c'est notre Père. C'est lui aussi qui a mis le bel ordre qui se voit dans l'Eglise de Québec, avec autant de majesté qu'au milieu de la France. Ainsi pour l'Eglise et pour les affaires du pays, et pour les nôtres en particulier, s’il ne retourne pas (ne revient pas), nous ferons une perte irréparable. C’est le frère du révérend Père Lallemant, et l'oncle du saint martyr, le révérend Père Gabriel Lallemant.

Au reste, pour délabrées que soient les affaires, n'ayez

point d’ martyr le dési

pourrai aucun

pée, j'es mant 8 ne m'a

preuve, huronn comme

faisons

perfecti desseins de les er tinue de l'unique

De(

C'est p:

souffranc:

de leurs

et je tion, tour-

des !

ssion i m'a elles.

ispo-

état, r des e par

supé- |

me je de le

aille t plus sé en à mal.

mérite ns, et s plus ons et en un le bel utant pour LÔtres nous érend érend

’ayez

point d'inquiétude à mon égard, je ne dis pas pour le martyre, car votre affection pour moi vous porte à me le désirer, mais j'entends des autres outrages qu'on pourrait appréhender de la part des Iroquois. Je ne vois aucun sujet d'appréhender ; et, si je ne suis bien trompée, j'espère que les croix que l'Eglise souffre maïntemant seront son exaltation. Tout ce que j'entends dire, ne m'abat point le cœur; et pour vous en donner une preuve, c'est qu'à l’âge que j'ai, j'étudie la langue huronne; et en toutes sortes d'affaires nous agissons comme si rien ne devait arriver. En un mot, nous faisons à l'ordinaire. Priez bien Notre-Seigneur pour ma perfection, et qu'il me fasse la miséricorde que ses desseins adorables s'accomplissent en moi : car je crains de les empêcher par mes infidélités. De ma part je continue de lui demander qu'il vous fasse saint, ce qui est l'unique chose que je désire pour vous.

De Québec, le 17 de septembre 1650.

AU MÊME

Eloge du révérend Père Bonnin de la Compagnie de Jésus.

Mon très-cher fils,

C'est par le révérend Père Bonuin, fidèle témoin des souffrances de nos saints martyrs, que je vous envoie de leurs reliques. Recevez-les d'aussi bon cœur que je

vous les présente. Vous aurez de la consolation dans la conversation de ces braves ouvriers de l'Evangile, qui me promettent tous de vous voir; aussi je me promets que vous les recevrez avec amour et bienveillance. Le révérend Père Bonnin, qui a voulu se charger de celleci, est un des plus fervents missionnaires qui se puissent rencontrer; c'est pour cela qu'on a bien eu de la peine à le laisser partir. Mais comme il est très-capable pour les emplois de la prédication, qu'il avait quittés pour obéir à l'attrait de Dieu qui l’appelait à la conversion des Hurons, on le renvoie dans l'exercice de ses premières fonctions, en: attendant que les affaires de cette Eglise se rétablissent. Vous connaîtrez aussitôt que ce n’est pas un homme du commun; mais je l'honore plus de ce qu'il est un grand serviteur de Dieu que pour tous ses autres grands talents. Il me fallait encore vous écrire ce petit mot par cette voie, et vous assurer que mon affection pour vous est telle que notre bon JÉsus la connaît. J'ai trouvé un billet de recommandation d'un de vos révérends Pères dans votre lettre : je le salue en toute humilité, sans avoir l'honneur de le connaître; je me recommande à ses saiuts sacrifices et l'offre de bon cœur à Notre-Seigneur.

De Québec, le 19 de septembre 1650.

Je c lettres, révéren!

ne puis sans me petit mc vous do:

frances tout de semblan mutilées Il a eu tête, qui vaux. Il de ces c si émine honorab] de natio:

vertueux supplié arrivé, a

ns la , qui mets e. Le cellepuisde la pable pour n des lières iglise t pas qu'il utres petit ction . J'ai révétoute e me cœur

AU MÊME

Eloges des révérends Pères Bressani et Lallemant, Jésuites.

Mon très-cher fils,

Je crois que vous avez déjà reçu quatre de mes lettres, et que vous avez eu la consolaïion de voir les révérends Pères, que j'avais suppliés de vous visiter. Je ne puis néanmoins laisser partir ce dernier vaisseau sans me donner encore la satisfaction de vous dire ce petit mot, que le révérend Père Bressani m'a promis de vous donner. Vous verrez un martyr vivant, des souffrances duquel vous avez ci-devant entendu parler, surtout dé sa captivité au pays des Iroquois. Sans faire semblant de rien, regardez ses mains; vous les verrez mutilées, et presque sans aucun doigt qui soit entier. Il a eu encore cette année trois coups de flèche à la tête, qui ont pensé faire sa couronne et la fin de ses travaux. Il a un œil dont il ne voit presque point, à cause de ces coups. Son courage l'a fait exposer à des dangers si éminents, que c'est ce qui lui fait porter ces marques honorables de la croix du Fils de Dieu. Il est Romain de nation, homme éminemment docte, et surtout trèsvertueux. Il m'a promis de vous visiter, et moi je l'ai supplié de vous faire donner celle-ci, sitôt qu'il sera arrivé, afin que vous alliez saluer le révérend Père supé-

eg

EEE meme

Page 1