LETTRE CVII
À LA SUPÉRIEURE, ET AUX RELIGIEUSES URSULINES DE TOURS
Cette lettre est comme la préface de la relation de la vie et de la mort de la Mère Marie de Saint-Joseph.
Mes révérendes et très-honorées Mères,
Puisqu'il a plu à Dieu de retirer de ce monde la révérende Mère Marie de Saint-Joseph, notre assistante, que vous aviez donnée de si bon cœur à la mission de Canada, j'ai cru être obligée de rendre la gloire que je dois à sa divine Majesté à son sujet, et à vous la fidélité que je vous ai promise quand vous me l'avez donnée pour compagne en la fondation de ce monastère de Québec: savoir de ne la point quitter que par la mort ou par l'obéissance. Enfin c'est la mort qui l'a séparée d'avec nous; je lui ai fermé les yeux et rendu avec mes sœurs les derniers devoirs de la sépulture; mais ses vertus n'ont point été ensevelies avec elle; elle nous parle encore bien haut, en nous obligeant de limiter. Je vous en envoie un petit abrégé et un faible crayon, pour la gloire de Dieu, et afin de vous donner quelque consolation dans la perte que vous croiriez avoir faite d'une si précieuse fille. Vous serez peut-être étonnées de ce que j'y dis des choses que vous savez mieux que moi, puisqu'elles se sont passées à vos yeux, et que personne de vous ne les ignore.
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Deux raisons m'ont portée à cela; la première est afin de prendre les choses dans leur source, et d'en faire
| voir la suite et les progrès, rapportant par ordre la
conduite de Dieu sur son âme; la seconde, afin de laisser dans notre communauté de Québec un mémoire complet de sa vie, pour l'instruction de celles qui nous succèderont à l'avenir, et qui n'auront pas eu la consolation de la voir comme nous l'avons eue. J'ajouterai encore que j'en ai ainsi usé pour notre propre édification : car encore que nous ayons été les témoins oculaires de ses vertus et de sa sainte vie, quand néanmoins nous nous rafraîchirons la mémoire de ce que nous avons vu, nous trouverons des motifs qui nous mettront l'aiguillon dans le cœur pour nous pousser à
| limiter. J'y ai ajouté les circonstances de sa maladie
et de sa mort, qui ont été aussi saintes que sa vie avait été parfaite. Si j'avais eu plus de temps, j'en aurais dit davantage; mais il y en a assez pour glorifier Dieu du
{ choix qu'il a fait de cette âme pour en faire le temple
de ses délices, et pour vous exciter plus que jamais à l'amour du Canada, où l'on est heureusement nécessité de se faire saint, à moins de se rendre infidèle à une si sainte vocation. Vous l’aimez, mes révérendes Mères,
À puisque vous lui avez donné un si riche sujet et un
si précieux gage de votre amour. Continuez votre affection en sen endroit, puisque vous y avez une partie de vous-mêmes, tant en celle qui est morte qu'en celles
| qui remplissent encore votre petit séminaire. J'en suis
la moindre, mais pourtant plus qu'aucune, mes révérendes et très-honorées Mères, votre très-humble et très-obéissante fille en JÉSUS-CHRIST.
De Québec, le 1652.