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douceur et une charité incroyable, les défendant daus les rencontres, et les servant avec amour dans leurs besoins.
Son amour pour la pauvreté,
Comme l'humilité et la pauvreté sont deux sœurs qui ne se séparent quasi jamais, aussi se tenaient-elles une fidèle compagnie dans cette chère Mère. L'on ne remarquait en elle nulle affection pour les biens de
‘ Ja terre; elle n’en souhaitait à la Communauté qu'autant
qu'elle en avait besoin pour faire subsister une bonne observance. Et pour son particulier, elle pratiquait la pauvreté en sa personne, évitant toute superfluité dans le vivre, dans le vêtir, dans les ameublements de sa cellule, et souffrant même souvent la disette du nécessaire. Si quelque chose lui manquait, il fallait le deviner, car elle ne se plaignait jamais, voulant imiter Notre- Seigneur dans les états de sa pauvreté. Comme la nourriture est grossière en ce pays, et tout à fait contraire à ses infirmités, elle ne laissait pas de l'aimer, parce qu’elle était pauvre, et quand celle-là même lui manquait, elle ressentait un redoublement de joie; et elle m'a quelquefois dit qu'elle avait un singulier amour pour ces sortes de privations, parce que c'était en cette manière qu'elle pouvait donner quelque chose à Dieu et lui témoigner le désir qu'elle avait d'imiter son Fils dans sa pauvreté.
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O1 LETTRES \ à cong ne résol Le mépris du monde. k par 4 reco!
| Elle avait une peine extrême quand elle voyait que 4 de D at quelqu'un s'élevait pour sa naissance, surtout quand EI c'étaient des personnes religieuses; ne croyant pas dès ] qu'il y eût rien qui fût capable d'élever une âme que | de se la vertu; et disant que comme la religion rend tous notre | ses sujets égaux, nul ne doit s'élever au-dessus d'un é ‘qu'on il autre. Un mois avant sa mort, une personne du dehors que pr lui fit demander quelqu'éclaircissement touchant un qu'on | | de ses ancêtres. Elle lui fit réponse qu'elle ne s'était de sa 4 jamais mise en peine de savoir les avantages que la l'espr ut nature lui avait donnés dans ses parents, parce qu'elle Sur c ne faisait état que de l'honneur qu'elle avait d'être fille qu'il ] (ht de Dieu et de l'Eglise ; que c'était en cela qu'elle mettait | haute del son bonheur, et qu'elle méprisait tout le reste. Quoi- ver à Ê ii qu’elle rendit à ses parents ce que Dieu lui commandait, | très-p d'A elle faisait voir combien elle en était détachée, dans deute Ut les occasions où la grâce le devait emporter sur la pas ju 1 ñ nature. Comme elle leur était fort chère, il ne se peut : respec Li dire combien ils firent d’instances, ni les ressorts qu'ils aux u IN firent jouer pour la faire retourner en France, tant | qu’elle | } pour la faire soulager dans ses infirmités, que pour la attaqu Hi à retirer du péril où on leur avait dit qu'elle était par les ment k. l courses continuelles des Iroquois. Eile leur témoigna : révére 114 toute la reconnaissance imaginable de leur bonté en était a À son endroit, mais elle leur fit voir par des raisons si où not fortes la fidélité qu'elle était obligée de rendre à Dieu sa voc pour la grâce de sa vocation, qu'ils en étaient égale- À ment convaincus et édifiés. M. de la Rochelle même (1) Cet dit au révérend Père Lallemant, lorsqu'il alla prendre À Saint-Jose À
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congé de lui avant que de s'embarquer, qu'il avait résolu de la rappeler, mais qu'il en avait été empêché par la force de ses lettres, dans lesquelles il avait reconnu tant de marques de l'esprit et de la volonté de Dieu, qu'il ne pouvait plus s'opposer à sa vocation.
Elle a toujours eu cette fermeté dans sa vocation dès le commencement, sans avoir égard à la tendresse de ses parents. Lorsque nous étions en marche pour notre embarquement, quelqu'un manda à M.de la Troche ‘qu'on s'étonnait de ce qu'il eût permis si facilement que sa fille passât dans un pays perdu. C'est ainsi qu'on lui parlait de ce pays, que l'on prenait pour celui de saint Christophe, qui en effet n'était pas alors, en l'esprit de plusieurs, dans une trop bonne réputation. Sur cet avis il revint à lui, et révoquant tous les congés qu'il lui avait donnés, il employa des personnes de trèshaute considération pour l'arrêter. L'on nous vint trouver à Paris et à Dieppe à ce sujet, avec des lettres très-pressantes de son père et de sa mère, qui dans le deute que nous ne fussions déjà embarquées, n'avaient pas jugé à propos d'y venir eux-mêmes. Elle reçut avec respect les personnes et les lettres, mais elle répondit aux unes et aux autres avec tant de zèle et de ferveur, qu’elle l'emporta encore pour cette fois. A une autre attaque qui suivit peu après, ses parents mirent entièrement la résolution de cette affaire entre les mains du révérend Père dom Raymond de Saint-Bernard, qui était alors provincial des Feuillants. IL vint à Dieppe où nous étions déjà; après une nouvelle épreuve de sa vocation, et ayant reconnu que ce que l'on avait
(1) Cet évêque de la Rochelle était oncle maternel de la Mère Marie de Saint-Joseph.
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mandé sur le Canada était une méprise, il ne la pressa pas davantage; et, sur son témoignage, méssieurs ses parents demeurèrent en repos et satisfaits.
Sa conversation simple et pacifique.
Sa conversation était angélique, toujours utile, toujours profitable, inspirant des sentiments de piété et de dévotion. Elle ne laissait pas d'être d'un entretien agréable et d'une belle humeur. Mais Je naturel et la grâce étant joints ensemble, celle-ci l'emportait toujours. Dans la récréation, elle mettait toujours quelque bon propos en avant pour servir de matière d'entretien, et dans ces sortes de conversations, elle avait un soin merveilleux de conserver la paix et la bonne intelli. gence. Elle se servait en perfection du rare talent qu'elle avait de pacifier les esprits, tant des inférieures envers les supérieures, que des supérieures envers les inférieures, trouvant dans les unes et dans les autres des raisons d'excuses admirables. Elles les voyait séparément, et s'il y avait quelque chose à redire en leur conduite, elle les en avertissait en secret; et l'on ne pouvait trouver mauvaise la franchise dont elle usait, parce qu'il était visible par les bons succès, que c'était l'esprit de Dieu qui la portait à agir de la sorte.
Son obéissance.
Tout ce qui lui était recommandé de la . de la religion, était sacré à son égard, comm sont les offices et les emplois qui lui étaient co Elle maninit tout
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cela avec tant de sainteté et de perfection, qu'il ne se pouvait rien désirer de mieux pour l'extérieur. Et quant à l'intérieur, celles à qui elle était obligée d'ouvrir son cœur étaient ravies de la droiture et de la pureté de ses intentions. Elle ne cherchait que Dieu et sa gloire, et elle se portait toujours à ce qu'elle croyait
le plus parfait. Enfin sa fidélité était admirable en tout
ce qui regarde l'obéissance, envisageant constamment Notre-Seigneur dans ses supérieurs, recevant leurs avis et leurs ordres comme venant de sa part, et les exécutant et faisant exécuter avec autant d'exactitude que si elle l'eût vu présent. Elle leur ouvrait son cœur, en sorte qu'ils y voyaient aussi clair que dans le leur propre. Dès le lendemain que ma révérende Mère Marguerite de Saint-Athanase fut élue supérieure, elle fut lui rendre compte de la disposition de son âme et de la conduite que Dieu tenait sur elle. Elle en usait de même en mon endroit; et tout cela se faisait avec une admirable simplicité, sans empressement ni affectation, car elle parlait peu; et même, de peur d'excéder et de recherche d'elle-même, elle écrivait ce qu'elle avait à dire, et un oui ou un non rendait son esprit content. Nous avons été privées de ces écrits par l'embrasement de notre monastère, comme aussi de ceux qui faisaient mention de la conduite de Dieu sur elle depuis son enfance, qu'elle avait été obligée d'écrire par le commandement de ses supérieurs. C'étaient des trésors que nous n'étions pas dignes de posséder.
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Sa pureté,
Sa pureté était angélique, et la moindre chose qui se trouvait contraire à cette vertu marquait sa pudeur sur son visage. Elle en a donné des preuves quasi dès le
berceau, comme j'ai déjà remarqué, et elle l'a confirmée
jusqu’à la mort. Elle avait un soin particulier d'en inspirer l'amour à ses écolières, tant françaises que sauvages. Ces dernières avaient coutume de marcher presque nues avant notre établissement; mais elle fit tant qu’elle retrancha cette coutume dès les premières qui nous furent données, et depuis elles sont demeurées couvertes. Elle s’y plaisent, disant que leur bon ange les quitterait, et quand elles sortent du séminaire pour retourner dans les cabanes, elles y portent cette façon modeste, en sorte qu'on peut dire que cette chère Mère a mis la pudeur parmi les femmes et les filles sauvages.
Sa modestie.
Quelques années avant sa mort, l'on voyait bien que c'était un fruit mûr que notre Seigneur avait envie de cueillir bientôt. Elle en avait même un pressentiment, ce qui la faisait voler plutôt que courir dans la voie de la perfection, afin de faire beaucoup de chemin dans le peu de temps qui lui restait. Elle s'étudiait particulièrement à imiter Notre-Seigneur dans ses vertus, surtout dans sa vie cachée et obscure. C'est ce qui la tenait dans un anéantissement continuel d'elle-même, qui lui faisait éviter les occasions où elle eût pu faire connaître ses
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riches talents, surtout aux personnes du dehors. Mais quelque effort qu'elle fit pour les cacher, ils paraissaient plus dans son silence et dans sa modestie, que si elle leur eût donné la liberté d'éclater aux yeux du monde. On lui a quelquefois témoigné qu'on voulait l'élever à quelque emploi plus éclatant que ceux où elle était actuellement appliquée. Elle en riait en elle-même comme d'une chose qu'elle savait qui ne serait point: car elle m'a souvent assurée qu'il n'en serait jamais rien, et que Notre-Seigneur la voulait dans l'humiliation d'une vie cachée. Tout cela est arrivé. Elle est demeurée dans cette sorte de vie; mais son obscurité était pour elle une lumière, et elle y a pratiqué des vertus héroïques, qui la faisaient d'autant plus éclater qu'elle’ s'étudiait à se cacher. Car vous remarquerez, s’il vous plaît, que, pour cachée et anéantie qu'elle fût en elle-même, elle ne dégénérait (ne faiblissait) jamais dans les occasions. Son humilité était généreuse, quand il y allait de la
gloire et du service de Dieu; surtout quand il s'agissait du salut des âmes, de la réputation de la colonie, et du progrès de notre Communauté; car en ces rencontres il n’y avait rien qu'elle ne fit, et qu'elle ne souffriît, et Dieu lui donnait des lumières admirables pour tout cela.
Sa patience.
Cette chère Mère avait toutes les vertus dans un degré très-éminent, mais je puis dire qu'elle était consommée dans la patience. Quatre ans et demi avant sa mort, peu de temps après que Notre-Seigneur lui eût dit qu'elle ne vivrait plus que de foi et de croix, elle tomba dans plusieurs maladies, toutes grandes et dangereuses.
Elle fut attaquée d'un asthme, d'un mal de poumon, d'une douleur de poitrine, d'une toux continuelle, qui lui faisait cracher le sang:en abondance, et tout cela était accompagné d'une fièvre continue. Elle a supporté toutes ces maladies avec une douceur et une patience nonpareilles. L'on n'entendait aucune plainte, quoique souvent les douleurs parussent insupportables; et elle est demeurée dans cette tranquillité souffrante, depuis le temps que je viens de dire jusqu’à la mort. Car encore que de temps en temps elle parût avoir d'assez bons intervalles, elle m'a néanmoins avoué dans sa dernière maladie, qu'elle n'avait point guéri. Et cela m'était visible quand j'y faisais réflexion; car elle avait toutes les peines du monde à marcher et à respirer. S'il lui fallait ramasser quelque chose à terre, elle était tellement affaiblie quand elle s'était redressée, qu’elle semblait être à l'extrémité. Avec tout cela elle observait la règle, sinon lorsqu'elle gardait actuellement le lit, ce qui était rare; elle psalmodiait et chantait au chœur, et le conduisait entièrement, Dieu lui ayant donné un grand talent pour cela. Lorsqu'on lui disait qu’elle augmentait son mal de poumon et sa douleur de poitrine par son assiduité au chant, elle répondait qu'elle gardait sa règle, et que ses douleurs n'étaient pas considérables (dignes d'être considérées) eu égard au service de Dieu; qu'elle vivait spirituellement en faisant un peu de violence à sa nature pour un si bon sujet. Il était rare qu'elle ne se levât à quatre heures, même dans les plus grandes rigueurs de l'hiver. On lui permettait quelquefois pour son soulagement, et même on lui commandait de faire son oraison proche du feu, à cause que le chœur où nous étions après notre incendie était extraordinairement froid, ce qui la faisait conti-
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nuellement tousser. Sa cabane (son alcôve) n'était qu'à quatre ou cinq pas du feu, et néanmoins quand elle y était arrivée, elle n'avait plus d'haleine. Il en était de
même à chaque pièce qu'elle mettait pour s'habiller.
Elle était si accoutumée à souffrir, que sa patience fut enfin changée en amour de complaisance aux adorables desseins de Dieu sur elle. On ne pouvait l'affliger davantage que de la plaindre. Si on la forçait de prendre des soulagements, elle les prenait dans un esprit de pauvreté, et comme une aumône. Quand on lui rendait quelque service, ce qu'elle ne souffrait qu'à l'extrémité, il n'y avait rien de plus doux ni de plus commode. Elle était parfaitement obéissante à ses infirmières, ne leur étant à charge que le moins qu'elle pouvait, et adoucissant la peine de leur ministère par mille reconnaissances qui leur gagnaient le cœur; en sorte qu'il y avait plus de plaisir à la servir que de fatigue. J'en ai eu l'expérience durant trois ans que j'ai été son infirmière. En vérité, si je n’eusse veillé sur mes intentions, j'eusse eu de l'attache à la gouverner, tant une âme sainte a d'attraits pour gagner les cœurs. J'avoue que les exemples que j'ai vus ont beaucoup servi à ma perfection , et ils l'eussent fait encore davantage si j'eusse été assez fidèle pour en faire un bon usage.
Sa dernière maladie, et les vertus qu'elle y a pratiquées.
Quelque résistance qu'elle fit au mal et aux soulagements qu'on voulait lui donner, elle succomba enfin entièrement, et elle fut obligée de s'abandonner à tout ce qu'on voudrait faire d'elle. Elle tomba malade de la maladie dont elle mourut le jour de la Purification de
la sainte Vierge de l'année 1652. Elle officia néanmoins |
ce jour-là au chœur, quoique ses douleurs fussent extrêmes, et elle dit assurément (avec assurance) qu'elle en mourrait, Outre ses autres maladies dont j'ai parlé, celle qui l'arrêta fut un épanchement de bile par tout le corps, et particulièrement sur les parties malades, savoir sur le poumon, sur la poitrine et sur les parties pectorales. Ce nouveau mal redoubla la douleur des autres par son acrimonie. Elle toussait sans quasi avoir le loisir de respirer, et les efforts qu’elle faisait Ini faisaient jeter le sang en abondance. Une forte fièvre survint là-dessus, qui ne lui donnait point de repos, et elle passait ainsi les jours et les nuits. Avec toutes ces douleurs, elle avait le courage d'aller communier au chœur et d'y entendre les conférences, pour le respect qu'elle portait au Très-Saint-Sacrement et à la parole de Dieu : ce qu'elle a continué de faire jusqu'au quatrième de mars, qu'elle fut réduite à une telle extrémité, qu'on lui fit recevoir le saint Viatique et l'Extrême- Onction. ,
Outre les douleurs et les fatigues de sa maladie, elle recavait de très-grandes incommodités dans le lieu où nous étions logées. Il était fort petit, et l'on ne pouvait aller au chœur sans passer proche de sa cabane et à sa vue; le bruit des sandales, les clameurs des enfants, les allées et les venues de tout le monde, le bruit de la cuisine, qui était au-dessous et dont nous n'élions séparées que par de simples planches, l'odeur de l'anguille qui infectait tout, en sorte que durant la rigueur du froid il fallait tenir les fenêtres ouvertes pour purifier l'air, la fumée de la chambre, qui était presque continuelle ; enfin la cloche, le chant, la psalmodie, le bruit du chœur, qui était proche, lui causaient une incommo-
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maladie d'autres encore perdre appréhe crainte Dieu et à l'heu tombât illa pré quée d’ douleur aiguës,
dité incroyable et augmentaient étrangement l'étouffement du cœur et du poumon. Comme nos cabanes étaient les unes sur les autres, il y en avait une sur la sienne, où la sœur qui y couchait pouvait beaucoup lincommoder. Elle souffrait cependant tout cela avec une patience héroïque; et tant s’en faut qu'elle en fit des plaintes, qu'au contraire elle voulait nous persuader que cela la divertissait (la distrayait). Elle tenait comme une providence et une miséricorde de Dieu de ce que, par l'embrasement de notre monastère , elle était réduite dans un lieu où elle pouvait avoir la consolation d'entendre de son lit la sainte Messe, l'office divin et la prédication, et par ce moyen de vivre régulièrement (selon la discipline régulière) jusqu'à la mort. Notre-Seigneur la voulant faire passer par le creuset des souffrances, et la purifier dans ses puissances intérieures aussi bien que dans les parties de son corps, permit que les choses qu'elle avait appréhendées naturellement durant sa vie, lui arrivassent un peu avant sa mort. Elle craignait l'hydropisie, à cause que cette maladie incommode fort celles qui assistent, et pour d’autres raisons qui regardent la pureté. Elle craignait encore d'avoir des douleurs excessives, de crainte de perdre ou d'intéresser (d'endommager) la patiénce. Elle appréhendait enfin les abandonnements intérieurs, de crainte de perdre la fidélité qu'elle voulait rendre à Dieu et l'attention qu'elle désirait avoir sur elle-même à l'heure de sa mort. Notre-Seigneur permit qu'elle tombât dans les peines qu'elle avait appréhendées, mais il la préserva des suites qu'elle craignait. Elle fut attaquée d'une hydropisie mortelle, ainsi que je dirai; les douleurs qu'elle souffrait dans le corps étaient des plus aiguës, comme j'ai déjà remarqué; et enfin elle s'est
trouvée dans des délaissements si extrêmes, qu'il semblait que Dieu l'eût entièrement abandonnée.
Ce qu'elle souffrait dans l'intérieur était sans comparaison plus insupportable que ce qu’elle endurait dans le corps; mais Dieu qui l'afiligeait d'un côté, la soutenait de l'autre : car elle rendait des soumissions héroïques à sa divine Majesté, pour honorer les délaissements de son très-cher et très-aimé Fils dans la croix. A la voir on eût cru qu'elle était toute pénétrée des délices spirituelles en vue de celles de l'éternité, parce qu’elle en parlait continuellement à Dieu par des colloques humbles et amoureux. Si on la visitait, son entretien n'était que des biens de l’autre vie, ou de ceux de la religion et de la fidélité qu'une âme religieuse est obligée de rendre à Dieu pour la grâce de sa vocation, en quelque lieu du monde qu'elle soit. Ah! me disait-elle, que je suis heureuse d'être dans un lieu pauvre et d'y mourir dans le dénüment des délices et des commodités de la. France! Je vous prie de le faire savoir à M. de la Rochelle, à nos Mères de Tours, et à mes parents; et de les assurer que je meurs contente de les avoir tous quittés : premièrement d'avoir quitté le peu que je pouvais prétendre dans le monde, pour être religieuse; secondement de m'être séparée d'eux entièrement pour venir en Canada; et enfin d'y être restée nonobstant toutes les sollicitations qu'ils m'ont faites de retourner en France pour me soulager dans mes infirmités. Informez-les enfin des biens que je reçois, et des consolations que je ressens dans l'exécution de ma vocation.
Elle ne pouvait se lasser de bénir Dieu des grandes grâces qu'il lui avait faites dans la suite de sa vie, tant dans sa vocation à la religion que dans celle du Canada. Le plaisir qu'elle en avait dans son âme est inexpli-
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cable : car encore qu'elle fût dans des abandonnements sensibles, elle expérimentait dans le fond de son âme cette vie de foi et de paix, qui est au-dessus des sens, et qui était compatible avec l'abandon extérieur qu'elle souffrait. Je dirai en deux mots, tout ce que je puis dire de ma chère compagne. C'étaient une âme des plus illuminées et des plus fidèles à la grâce que j'ai connues.
Dès qu'elle se vit attaquée d'hydropisie, elle vit bien que c'était fait de sa vie. Elle en rendit ses soumissions à Dieu qui lui Ôta toutes les appréhensions de la mort, en sorte qu'elle ne faisait plus que soupirer après lui. Les médecins étaient surpris de la voir supporter tant de douleurs avec une générosité plus qu'humaine, et il n'y a point de remède dans leur art qu'ils n'eussent voulu employer pour la sauver : car je dirai en passant que quand elle eût été au milieu de la France, elle n'eût pu être mieux gouvernée (soignée). M. Menouil, chirurgien du roi, qui par dévotion est venu dans ce pays depuis quelques années, et qui s'est rendu recommandable par les belles cures qu'il a faites tant en France qu'au Canada, voyant que son hydropisie augmentait extraordinairement, crut qu'il lui fallait faire des ouvertures (incisions) aux jambes pour attirer les eaux qui menaçaient de l'étouffer. On en fit la consultation, et cela fut conclu et exécuté. Ce fut la Semaine-Sainte, en laquelle Notre-Seigneur voulut honorer sa servante de la participation de ses peines et de ses douleurs. On lui fit de grandes et profondes incisions, en sorte qu'on voyait la membrane de l'os. On craignait qu'elle ne mourût dans l'opération; c'est pourquoi elle désira que le révérend Père Lallemant, qui était notre Supérieur ordinaire, demeurât en la chambre. Elle souffrit beaucoup en cette opération, mais avec une constance admi-
rable. En levant les yeux au ciel, elle prononca le saint nom de JESUS, et croyant que c'était une espèce de plainte, elle pria qu'on lui pardonnât la mauvaise édification qu'elle donnait en se montrant si sensible.
Au premier appareil, ces ouvertures rendirent quelques eaux; mais la nature étant trop faible pour secourir des parties si affligées (attaquées), la corruption s'y mit aussitôt, et l'on crut que Notre-Seigneur n'avait permis ces grardes plaies que pour faire compagnie à celles qu'il avait reçues dans la croix. Toutes ses douleurs étaient renouvelées et comme mortelles autant de fois qu'on renouvelait l'appareil; en sorte que nous croyions qu'elle dût mourir cette semaine-là. Le médecin ne voyant plus rien de naturel en sa maladie qui pût porter (supporter) les remèdes humains, nous crûmes que Notre-Seigneur ne la laissait vivre que pour lui faire faire son purgatoire, afin que son âme allât jouir de lui en sortant de son corps. Lorsque la gangrène fut formée, M. Menouil la voulant arrêter, n'y appliqua que le quart du remède convenable; elle ne le put porter, et nous crûmes qu'elle allait expirer par la violence de la douleur; ce qui l'obligea de prendre des moyens plus doux, et l'on se contenta seulement de laver ses plaies avec de l'eau-de-vie. La violence de la fièvre et des douleurs l'ayant jetée dans des faiblesses et des abattements extrêmes, elle devint comme morte à l'extérieur, et insensible aux douleurs : en sorte qu’elle se voyait tailler les jambes de nouveau, comme si elles lui eussent été indifférentes ; mais pour l'intérieur, elle a toujours eu l'esprit très-sain et très-présent pour les choses de Dieu. Le révérend Père Supérieur des missions, qui lui a fait l'honneur de la visiter plusieurs fois, en était merveilleusement édifié comme aussi le
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révérend Père Lallemant, qui l'a toujours assistée spirituellement jusqu'à la mort.
Elle renouvela ses vœux solennellement par deux fois, demandant pardon aux assistants et à la Communauté; la remerciant avec de grands sentiments d'humilité des secours qu'elle lui avait rendus dans sa maladie. Elle avait déjà remercié le révérend Père Ragueneau, supérieur de la mission, de toutes les charités qu'il avait faites à notre Communauté depuis notre embrasement, et la lui recommanda de nouveau. Elle remercia encore le révérend Père Lallemant de l'assistance qu'il avait rendue à son âme durant sa maladie; et aux médecins de celle qu'ils lui avaïent rendue corporellement, les assurant que s'il plaisait à Dieu de lui faire miséricorde,
elle le prierait dans le ciel de récompenser leur travail.
Comme elle avait eu toute sa vie un amour singulier pour les cérémonies de l'Eglise, elle conserva ce zèle jusqu’à la fin. Elle demanda au révérend Père Lallemant si elle pouvait encore recevoir le saint Viatique. Il lui répondit que cela se pouvait à la rigueur, mais que cela ne se faisait pas ordinairement. Elle repartit que comme fille de l'Eglise, elle voulait se tenir à l'ordinaire, et qu'elle ne désirait point de particularités. Elle nous entretint ensuite de toutes les cérémonies qui devaient se faire à son enterrement selon nos règles, avec une aussi grande liberté d'esprit que si elle eût été en santé, et qu'elle eût parlé d'une autre. Il faudra, disait-elle, comme vous êtes peu, que nos domestiques me portent à mon enterrement, car vous ne pourriez pas prier Dieu, ni faire les cérémonies.
C'était une chose admirable de l'entendre parler des biens de l’autre vie et du mépris de celle-ci. Nous étions consolées de la voir dans de si belles dispositions; mais
nous étions inconsolables dans la pensée de la perte que nous en allions faire. M. le Gouverneur, qui savait qu'elle aimait le pays, tant pour l'avancement de la foi que pour l'affermissement de la colonie française, pria le révérend Père Lallemant de la voir de sa part, et de la supplier de prier Dieu pour lui et pour les affaires communes du pays quand elle serait dans le ciel. Elle lui fit une réponse édifiante, et pleine de piété.
Son heureuse mort, et quelques événements miraculeux qui l'ont suivie,
Notre-Seigneur, qui avait permis pour sa gloire et pour la sanctification de sa servante, qu'elle passât par tant de croix intérieures et extérieures l'espace de plus de quatre ans et demi, et qui les avait beaucoup augmentées en cette dernière maladie, voulut qu'elle finît sa vie dans les délices de sa grâce et de sa charité. Trois jours avant sa mort, il remplit son âme d'une paix
qui lui était un avant-goût de celle du paradis, et qui lui Ôtait toutes les vues de la terre. On voyait son corps agonisant et la gangrène gagner partout, et elle ne paraissait pas y faire de réflexion. Elle répondit à toutes les questions qu'on lui fit, jusqu'à ce qu'elle fut près d'expirer ; car encore qu'elle fût à l'agonie vingt-quatre heures, elle ne laissait pas de faire les actes qu'on lui proposait. En expirant même, elle donna des signes qu’elle était attentive à ce qu'on désirait d'elle. Elle mourut si doucement, qu'à peine s'en put-on apercevoir; et en expirant elle avait une face si douce et si angélique, qu'au lieu de nous laisser de la douleur de son départ, nous ressentimes de la joie, avec une onction intérieure si pénétrante, qu'elle nous était comme un
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échantillon de la gloire dont elle allait jouir. Il n'y eut pas une de nous qui ne ressentit l'effet d'une grâce tout extraordinaire, avec une espèce de certitude que nous allions avoir une bonne avocate auprès de Dieu. On se sentait portée à l'invoquer, et en l'invoquant on expérimentait l'effet de sa demande; et depuis sa mort plusieurs ont fait cette expérience. Enfin la mémoire de cette chère Mère nous est en bénédiction. Elle mourut le 4 d'avril de cette année 1652, à huit heures du soir, le jeudi de l'octave de Pâques.
Nous la portämes dès ce soir-là dans notre bâtiment nouvellement réédifié, où nous n'habitions pas encore, afin d'y faire ses funérailles plus commodément, et ç'a été la première chose à quoi il a servi. Elle fut inhumée le lendemain, et le révérend Père Lallemant fit les cérémonies avec une solennité tout extraordinaire. Il ne s'est point vu un si beau convoi en ce pays depuis qu'il est habité. Tout ce qu'il y a de considérable y assista, les grands ct les petits, les Français et les sauvages. Les Hurons avaient déjà fait en leur île la solennité de son enterrement pour marque de leur reconnaissance en son endroit. Enfin, comme eile était universellement aimée et estimée de tout le monde, il n’y eut personne qui ne voulût donner des marques de son affection en cette rencontre, et témoigner le
. regret qu'on avait de la perte d'une personne si sainte
et si aimable.
Une heure après son enterrement, un homme qui lui avait rendu de grandes assistances depuis quelques ‘années, allant pour une action de charité à une lieue de Québec, et passant un peu au delà de notre monasière, elle lui apparut dans le chemin par une vision intellectuelle. Elle avait un port grave et majestueux,
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et il sortait de son visage, et particulièrement de ses yeux, des rayons de lumière capables d'abattre une âme et de consumer un cœur. Elle possédait tellement celui de cet homme, et elle lui imprimait des influences de grâce et d'amour de Dieu si puissantes, qu'encore qu'il allât toujours son chemin, il ne pouvait se distraire. Il m'a assuré qu'il pensa mourir par la violence de ces assauts, et par l'excès de l'amour de Dieu qui était allumé en son cœur par la force de ses regards lumineux. Elle l'accompagna de la sorte jusqu'au lieu où il allait, et encore à son retour par une présence intérieure également certaine et efficace.
Le lendemain, ce même homme allant à l’île d'Orléans, dite de Sainte-Marie, pour rendre quelques assistances aux Hurons qui s'y étaient établis après leur déroute par les Iroquois, arriva à un trajet du fleuve qu'il lui fallait passer sur la glace. Durant tout l'hiver les glaces avaient porté, mais elles s'étaient fondues et minées par le dessous aux approches du printemps, en sorte qu'il ne paraissait plus qu'une petite croûte luisante qui s'était formée la nuit. Il crut que sous cette petite glace la grosse était cachée et qu'elle subsistait encore. Il poursuit donc son chemin sans crainte; mais lorsqu'il fut bien avancé, notre chère défunte, qui l'accompagnait partout en la manière que j'ai dit, lui dit intérieurement ces paroles : Arrête-toi. Alors il revint à lui, et ouvrant les yeux, il se vit tout entouré d'eaux. Il ficha son bâton sur cette petite croûte pour sonder s'il n’y en avait pas une plus forte au-dessous, mais il ne trouva que de l'eau. Il fut fort surpris de se voir dans un danger si inévitable. Pour l'éviter néanmoins, il s'adressa à celle qui l'avait si charitablement arrêté. Il se recommanda donc à elle et s'en retourna
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Voilà, mes révérendes Mères, ce que je puis vous dire pour votre consolation, de votre chère fille, ma très-fidèle et très-aimable compagne. Mais ce que je vous dis pour vous consoler, ne m'est pas un petit sujet
de honte et de confusion, quand je pense que l'ayant
notablement devancée en âge, elle m'a infiniment surpassée en vertus et en mérites. Je vous supplie de prier Notre-Seigneur, qu'il me fasse la grâce, que comme elle a été ma compagne dans mes petits travaux, je mérite
d'être la sienne dans le repos de sa gloire et de son bonheur.
De Québec, le 1652.
(1) La personne dont il est parlé à la fin de cette Lettre, est le frère Bonnemer, Jésuite, qui avait rendu de grands services à cette] religieuse dans ses maladies. Il a écrit et signé ces deux faits, son attestation a été envoyée en France.
Un charpentier de Québec, nommé Philippe Estienne, a pareillement déclaré et signé, qu'étant monté sur un échafaudage au troisième étage du monastère, l'échafaudage tomba sous ses pieds. La Mère Marie de Saint-Joseph le regardunt, vit que l'échafaudage manquait, et que cet homme tombait à la renverse. Alors levant les yeux au ciel, elle dit tout haut : Jésus, MARIE, JoserPx, et à ces paroles le charpentier se trouva sur ses pieds sans aucun mal, sur un autre échaufaudage qui était plus bas.
Une fille nommée Anne Baillargeon, étant âgée de neuf ans, fut prise par les Iroquois et emmenée en leur pays, où elle demeura près de neuf ans. Elle se plut tellement aux coutumes de ces sauvages, qu'elle était résolue de passer avec eux
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le reste de sa vie. M. de Tracy ayant obligé cette nation de rendre tous les Français qu’elle tenait captifs, elle se retira dans les bois, de crainte de retourner en sou pays. Lorsqu'elle se croyait en assurance, une religieuse lui apparut et la menaça de la châtier si elle ne retournait avec les Français, La crainte la fit sortir du bois et se joindre avec les autres captifs que l'on mettait en liberté, A son retour, M. de Tracy lui donna cinquaute écus pour se marier, mais il voulut qu'elle fût premièrement mise aux Ursulines, pour reprendre l'esprit du christianisme, qui s'était fort affaibli parmi les Iroquois. Quand elle vit le tableau de la Mère Marie de Saint-Joseph, elle s'écria : Ah! c'est celle-là qui m'a parlé, et elle avait le même habit. Durant toute sa captivité il ne put se faire que vivant parmi des païens, elle ne commit bien des fautes contraires à la sainteté du chris. tianisme ; elle avait néanmoins toujours conservé une très-grande pureté ; et l'on croit que cette Mère s'était faite son ange pour la conserver dans cette intégrité, comme elle l'a été de quelques autres en d'autres rencontres. En voici un exemple :
Un jeune homme, qui avait eu le bonheur de lui parler plusieurs fois durant sa vie, étant fortement tenté contre cette vertu, allait dans un lieu où il croyait qu'il pourrait satisfaire sa passion. 11 fut arrêté tout court dans le chemin par une puissance invisible, et il entendit distinctement la voix de la Mère Marie de Saint- Joseph qui lui dit : Où vas-tu? Elle lui représenta ensuite la grandeur et l'énormité du crime qu'il allait commettre, avec tant de force et d'efficace, qu'il en a eu de l'horreur toute sa vie. Il a assuré qu'il était redevable de cette grâce à cette bu ‘ne Mère, et qu'il l'avait eue aussi présente à son esprit dans le chemin, que si elle eût été encore en vie.
On a remarqué plusieurs semblables apparitions de cette fidèle Epouse de Jésus-Curisr à diverses personnes, mais la plus remarquable de toutes fut celle par laquelle elle alla prendre congé de ses bonnes Mères de Tours, quasi au même temps qu'elle expira. 11 y avait une excellente religieuse converse, nommée sœur Elisabeth de Sainte-Maithe, qui avait eié comme sa mère nourrice lorsqu'elle était pensionnaire, et qui en avait eu un soin tout particulier. En reconnaissance de tant de bons offices, la Mère Marie de Sairt-Joseph, qui avait contracté avec elle une amitié toute religieuse et toute sainte, en sorte qu'elles s'étaient rendu communs tous les mérites et tous les biens spirituels qu’elles pourraient acquérir durant leur vie, lui apparut et lui recommanda de se préparer à la suivre, afin que leurs âmes qui avaient été si unies en ce monde par la charité, le fussent encore dans le ciel par la jouissance d'une même gloire. Cette bonne sœur se leva aussitôt, et quoique ce fût à une heure indue, elle alla trouver sa supérieure et lui dit que la Mère Marie de Saint-Joseph lui était apparue, qu'elle lui avait commandé de se disposer à la mort, et qu'assurément elle mourrait en peu de jours. Ayant dit cela, elle retourna se coucher, et passa le reste de la nuit dans une grande paix. Le lendemain, sœur Elisabeth se trouvant à la récréation, imposa silence à la compagnie, et voyant qu'on l'écoutait, elle dit : J'ai vu cette nuit
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