TETE
dans la compassion que nous avions de Îa voir tant souffrir. Car, pour le service, rien ne nous a coûté. Plusieurs nuits se passaient doucement auprès d'elle, Car dès le premier jour il la fallut veiller, en quoi Dieu a tellement béni nos petits travaux, que nulle de nous n'a été ni malade ni incommodée, ce qui ne s'est pu faire sans une grâce particulière, car nous le devions être toutes, couchant toutes dans une même chambre. Enfin, ma très-chère Mère, votre bonne sœur m'avait été donnée pour compagne. J'avais promis à monsieur votre père et à madame votre mère de ne la point quitter jusqu'à ce que la mort ou l'obéissance nous séparât, et que je la servirais de tout mon possible; j'avais fait la même promesse à nos révérendes Mères lorsqu'elles me firent l'honneur de me la donner; j'ai tâché de garder fidèlement ma promesse à leur considération, mais incomparablement plus parce que Notre-Seigneur nous avait unies ensemble d'un lien de charité que la mort n'a pu dissoudre. Car je puis vous assurer que votre chère sœur ne m'est point absente, et que je suis plus avec elle en esprit, maintenant qu'elle est avec Dieu, que je n'y étais de corps durant sa vie. Et certes
je le dois, puisque j'ai en sa personne une puissante
avocate auprès de Dieu, et qu'elle me rend des assistances encore plus eflicaces que n'étaient les conseils et les secours qu'elle me donnait, quoiqu'ils fussent grands et solides.
Pour la consolation de nos chères Mères et pour la vôtre particulièrement, j'envoie un récit de la conduite de Dieu sur notre chère défunte.' Je devais cela à sa mémoire et à votre affection, Il ne m'a pas été possible
( Ce récit est la Lettre précédent
à cause de l'empressement de nos affaires d'en faire plus d'une copie; encore ai-je eu bien de la peine d'en venir à bout; cet écrit, quoique succinct, vous donnera tous les éclaircissements que vous pourrez désirer à son occasion; et soyez persuadée, ma chère Mère, qu'en tout ce que j'ai dit, je n'ai usé d'aucune exagération, mais plutôt que j'ai agi dans la vérité et dans la simplicité. Consolez-vous donc, ma très-chère Mère, et aimez cette petite famille qui a tant aimé votre chère sœur, et qui garde encore ses os avec amour et respect. Donnez-moi sa place en votre cœur, et aimez-moi en Dieu comme votre sœur propre, puisque je la suis par un autre titre, savoir en Notre-Seigneur, auprès duquel je désire vous servir toute ma vie.
De Québec, le 18 de septembre 1652.
À UNE DE SES SŒURS
Eile lexhorte à l'amour du Verbe Incarné et lui apprend que les visites de Dieu, quoique affligeantes, sont des caresses qui nous doivent détacher des créatures.
Ma très-chère et bien-aimée sœur,
La paix de notre bon JÉsus.
J'ai reçu depuis quelques jours votre chère lettre, qui m'a donné la consolation que vous pouvez juger. Je divise la réponse en deux, afin de multiplier le plaisir
peu, intim bonté aux
influé cence point je vo encot et su bon J et s'a] provi.
parmi que d ses cC:
quelq de so eux u dépen une p créatu rend | que pt cette
aimer le mo
tes
er
ui
sir
RSR MR NESE
SERRES CPR
oo
que j'ai à vous entretenir. Je suis consolée de votre persévérance dans la piété; car, ma chère sœur, je n'aurai jamais de repos dans les désirs que j'ai pour vous, que je ne vous voie toute consumée dans l'amour du sacré Verbe Incarné. Notre chère Mère Marie de Saint-Joseph, ma fidèle compagne du Canada, qui est morte ici depuis peu, s’est bien trouvée de ses approches continuelles (ses intimités habituelles) à ce divin Sauveur, qui par sa bonté très-aimable, l'avait élevée jusqu'aux douceurs et aux délices de son cœur. Aussi recevait-elle de là des influences de grâce et d'amour dignes de la magnificence d'un Dieu riche en miséricorde. Je ne vous parle point ici de la mort de cette grande servante de Dieu; je vous dis seulement ce mot en passant, pour vous encourager en la pratique des vraies et solides vertus, et surtout au sacré commerce de l'amour avec notre bon JÉsus. Ah! ma chère sœur, qu'il fait bon l'aimer et s'appuyer entièrement sur les soins de sa paternelle providence! Sans cet appui, où en serais-je maintenant parmi les épreuves de sa divine justice sur nous? Mais, que dis-je, parmi les épreuves? disons mieux, parmi ses caresses, puisque ses visites sur ses enfants, en quelque sens qu'on les puisse regarder, sont des effets de son amour. Il ne les envoie que pour produire en eux une soumission plus parfaite à ses ordres, une dépendance plus entière de son aimable providence, une pureté de cœur plus dégagée, un denûment des créatures plus parfait, et une pauvreté d'esprit qui rend l'âme plus libre, et qui fait qu'elle n'a plus de vie que pour Lui. Après cela, ma chère sœur, qui aimerait cette vie? Certes je ne sais pas comment on la peut aimer ni aucune chose de la terre. Soyons-donc dans le monde comme si nous n'y élions pas; voyons les
Re
pis ik
en era qe
choses de la terre comme si nous ne les voyions pas; usons des créatures pour les nécessités de notre vie, comme si nous n'en usions pas; et enfin qu'aucune chose d'ici-bas ne soit capable de nous détourner de notre unique et souverain bien.
Vous me consolez de me dire tant de bien de mon fils et de ma nièce, croyant que vous me dites la vérité. Nous avons de grandes obligations à Notre-Seigneur d'avoir appelé à son service ces deux personnes qui nous sont si chères, et de nous avoir aussi appelées, vous et moi, quoiqu'en différentes conditions, pour le suivre dans la vie de l'esprit, qui est la voie de l'oraison jointe aux bonnes œuvres, et qui approche plus des maximes de J£sus-CHRIST. Bénissons à jamais son infinie bonté de tant et tant de miséricordes.
De Québec, le 26 de septembre 1652.
eme tem