‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 122 sur 127 · LETTRE CXI · texte numérisé non relu

LETTRE CXI

A LA MÊME

Elle lui prouve par son expérience que les disgrâces de cette vie sont des effets de la justice de Dieu, mais qui finissent par être des effets de sa bonté, en nous

détachant des créatures.

Ma très-chère et bien-aimée sœur,

La paix et l'amour de notre bon JESUS.

Je vous suis infiniment obligée de la compassion et de la tendresse avec laquelle vous avez reçu les

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nouvelles de notre embrasement. Voilà, ma chère sœur, comme vont les choses de ce monde. Ce ne sont que de petites vapeurs, que la justice divine dissipe par la force de son bras quand et comme il lui plaît.

Il nous a privées, comme il fit à l'égard de Job, de tout ce que sa bonté nous avait donné, et nous a réduites par

‘ce revers de sa providence, sinon sur le fumier, au

moins sur la neige. Il nous avait tout donné, il nous a tout Ôté; que son saint nom soit béni! Mais il commence à nous traiter comme il a traité Job, nous relevant plus magnifiquement qu'il ne nous avait élevées. Car nos bâti: ments sont avancés et nous commençons à les habiter.

Après ce coup, il nous en donne encore d'autres. Les Iroquois sont pires que jamais et font plus de dégâts parmi les Français qu'ils n'en avaient encore fait. Ils ont massacré le révérend Père Buteux avec une partie des Attikamek, qui sont à deux ou trois journée. des Trois-Rivières.

Ils ont encore tué le Gouverneur du fort de cette habitation, avec une partie des habitants, qui s'étaient témérairement engagés dans les bois pour les combattre, ce qui a tellement effrayé les habitants du pays qu'ils simaginent que cet ennemi est toujours à leurs portes.

Nous avons encore souffert cette année une perte considérable par le débris du premier vaisseau, qui est venu faire naufrage au port, où il a échoué sur une roche. Toutes nos farines ont trempé dans l'eau salée ainsi que tous nos autres rafraîchissements. Car encore qu'on ait sauvé une bonne partie des marchandises, néanmoins les eaux de la mer les couvrant toutes à

chaque marée, elles ont entièrement diminué leur force et leur prix.

En tout cela, ma chère sœur, n'y a-t-il pas plaisir de voir les volontés de Dieu accomplies? Ce que j'ai appelé effets de sa justice, peut mieux être appelé des effets de sa bonté, puisqu'ils nous apprennent qu'il ne faut s'attacher à rien dans ce monde. Dieu seul, qui ne change point, est mon unique consolation dans nos pertes; et comme son éternité ne finira jamais, c'est aussi la seule chose à laquelle nous devions nous attacher.

Je viens de vous parler de nos disgrâces, mais, ma très-chère sœur, quand j'ai appris les troubles et guerres Ë de la France, j'ai ressenti dans mon âme une douleur qui m'a fait oublier toutes les croix que nous souffrons en ce bout du monde, en sorte que je n'ai plus d'occupation en mon esprit que de ce qui se passe en vos quartiers. O mon Dieu, que d’abominations ! que de péchés! que d'injures à Dieu et d'injustice aux hommes pour des choses de néant, caduques et périssables! On nous a fait voir les choses en tel état, que nous craignons que

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