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Mon révérend Père,
Je crois que Dieu veut vous conduire par la voie d'un grand dénûment, et je suis extrêmement consolée de la disposition où il vous met touchant le don des larmes : car bien que ce soit un don, la nature néanmoins s'y peut prendre, parce que ces sortes de larmes délectent en quelque façon, en ce qu'elles sortent d'un cœur piqué dans la vue d'un Dieu offensé et aimé. Un esprit épuré de toutes choses ne s'arrête pas aux dons, mais il s'élance en Dieu par un certain transport qui ne lui permet pas de s'attacher à ce qui est moindre que cet objet, pour lequel il a été créé. C'est en cela que consiste la vraie nudité de l'âme. Une fois que j'étais fortement «) unie à cette divine Majesté, lui offrant, ainsi que je crois, quelques âmes qui s'étaient recommandées à mes 1 froides prières, cette parole intérieure me fut dite :
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Apporte-moi des vaisseaux vides. Je reconnus qu'elle voulait parler des âmes vides de toutes choses, qui, comme saint Paul, courent sans relâche et sans empé- ; chement au but, afin d'y arriver. C'est dans ces âmes-là é que Dieu fait sa demeure, et qu'il prend plaisir de se familiariser. Et quand il nous dit : Soyex parfaits comme votre Père céleste est parfait (MATTH. v, 8.), ne nous instruit-il pas que comme il est un et éloigné de la matière, ainsi il veut que les âmes qu'il a choisies pour une haute perfection, soient unes, c'est-à-dire, simples, pures, dégagées de l'affection de toutes choses, et même de celle de ses dons; afin qu'étant attachées à lui seul, W elles soient faites un même esprit avec lui, et qu'elles $ puissent dire avec le prophète : J'ai vu la fin de toute la consommation. (Ps. cXxvI11, 96.) C'est-à-dire, j'ai vu l’anéantissement de toutes les appropriations, par lesquelles la nature pourrait prendre quelque part aux dons de
Dieu, et les souiller par de certaines attaches à ces ÿ choses-là, qui enfin amusent. l'âme, et s'il faut ainsi k parler, appesantissent ses ailes pour l'empêcher de #
voler si haut. Je bénis notre Bienfaiteur, de ce que son A amour vous ouvre cette voie, à laquelle il est bon de ÿ consentir, car c'est une aimable liaison, qui rendra i
l'âme semblable à celui qui l’attire, si elle se rend fidèle. Mais pardon, pour l'amour de notre cher JESUS, si je suis si téméraire que de m'avancer à parler de la sorte à celui que Dieu m'a donné pour Père et pour Maître, et de qui par conséquent je dois être la très-obéissante fille, et la très-humble servante.
De Tours.
(1) Cette lettre n'est pas datée. Claude Martin dit qu'elle a été écrite, ainsi que. la suivante, avant que sa mère fût en religion. Il en est probablement de mème
de la trnisième.
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Jésus, si je er de la sorte pour Maître, ès-obéissante
été écrite, ainsi que,
bbablement de mème
LETTRE Il.
AU MÊME
Elle lui rend compte de sa disposition intérieure, qui était un insatiable besoin d'amour, et une souflrance de cœur de ne pas assez aimer.
Mon très-cher et très-révérend Père,
Je prie le doux Amour de nos cœurs de vous transformer en lui.
Je n'ai pas voulu laisser passer votre cher Frère N. sans vous déclarer (faire connaître) mes dispositions intérieures, ou du moins quelques-unes, en attendant le bien (l'avantage) de vous voir, et de mettre entièrement mon âme à découvert entre vos mains. Premièrement, j'ai souffert une peine extrême de ne pas assez aimer, qui est une peine qui martyrise le cœur,
à Là-dessus Notre-Seigneur me donna un si puissant attrait, qu'il me semblait que je tenais mon cœur en mes mains, lui en faisant un sacrifice. Ne pouvant faire
davantage, je voyais en esprit l'amour que tant de
. Saints et de Saintes ont eu pour lui, et tout cet amour
” ne me suffisait. pas, ne me pouvant souffrir avec un
amour limité. Tout cela, pour grand qu'il fût en effet, me paraissait petit et comme rien à l'égard de mon
« JEsus. Enfin mon âme était insatiable, ne voulant que … la plénitude de l'amour. En cet attrait, ces angoisses & intérieures me serraient étrangement par la présence
amoureuse de Notre-Seigneur, qui m'était si intimement uni que je ne le puis exprimer. O que ce martyre est doux, dans lequel l'âme se trouve toute transformée en son objet! C'est un goût sans goût; aussi c'est ce que.je ne puis expliquer.
Après cette occupation d'esprit, je fus deux ou trois jours que je ne pouvais faire autre chose que de dire à l'Amour : Hé quoi! un chétif cœur est-il digne de Jksus? Des personnes aussi chétives que je suis pourront-elles aimer Jésus? Il m'est demeuré en l'âme une impression qui m'a toujours continué depuis, qui est que je me vois comme immobile et impuissante à rien faire pour le Bien-Aimé. Je me vois comme ceux qui sont anéantis en eux-mêmes, et cela me met dans un extrême abaissement, qui me fait encore davantage aimer : car je vois très-clairement qu'il est tout et que je ne suis rien, qu'il me donne tout et que je ne puis rien lui donner. Ne suis-je donc pas bien riche dans ma pauvreté, puisque j'ai le Tout dans mon néant? Je le dis encore une fois, je suis comme les petits enfants dans mon impuissance ; tout ce que je puis faire c'est d'attendre les volontés de l'Amour sur moi, où il fera tout par sa pure bonté. Nous parlerons de cet anéantissement quand Notre-Seigneur vous aura fait revenir à nous, et que son œuvre qui vous en éloigne sera achevée. Cependant pardonnez à mon enfance et à ma folie; si je me voulais croire je vous en dirais bien d'autres, mais la confusion me saisit et m'impose le silence.
De Tours, le 27 juillet.
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