‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 21 sur 127 · LETTRE XII · texte numérisé non relu

LETTRE XII

AU MÊME

{ Elle demeure ferme et confiante dans son dessein, nonobstant ia nouvelle de la

| | tempête qui avait dissipé la flotte, le changement de résolution d'un gentil homme qui voulait doter le monastère, et les raisons d'un R,. Père Jésuite

qui voulait la dissuader de penser davantage au Canada.

Mon très-révérend Père,

Il est vrai que nous avons des sujets d’affliction, et je les expérimente sensiblement. Les raisons que vous m'indiquez me paraissent considérables; mais quand je

i considère les œuvres admirables de notre divin Maître, || toutes ces bourasques ne me semblent rien. Il est plus f| fort que tous les hommes, et c'est lui qui commande aux

vents et aux tempêtes. Je ne puis m'imaginer que son Eglise qu'il aime tant, soit délaissée, et que ses serviteurs soient privés de sa protection. Peut-être que son | | amour: veut tous ces accidents pour éprouver nos courages. Mais, mon très-cher Père, j'entre fort dans vos DE | sentiments, qu'il faut espérer contre espérance ; et, sans | mentir, quoique j'entende dire, mon cœur n'est point ébranlé, et il me,serait impossible de me défier de mon 11 JESUS. Toutes ces nouvelles alarmes, bien loin de

de vos

suvelle de la d'un gentil Père Jésuite

ion, et je que vous quand je

Maître,

est plus ande aux que son es servique son nos coudans vos : et, Sans est point r de mon

loin de

m'effrayer, m'ont été de nouveaux aiguillons pour me faire rentrer dans la ferveur, et il me semble que j'ai * maintenant beaucoup d'affaires à traiter avec mon » Epoux. Si j'avais beaucoup d'amour, je lui aurais bienë tôt gagné le cœur; mais, quoiqu'indigente, jy vais “ employer tous mes efforts et peut-être ne me rebutera-t- Lil pas, puisqu'il se plaît à l'importunité. N'avons-nous * pas beaucoup de sujet de louer sa bonté de ce que vous “n'êtes pas parti par cette dernière flotte? En quelles | inquiétudes serions-nous à présent que la tempête a dis- “sipé les vaisseaux? Mais peut-être ne sont-ils qu'écartés çà et là, et il pourra se faire que quelque vent favorable

3 les ralliera. C'est toujours un danger pour la Nouvelle-

“ France, lequel sera capable de donner du refroidisse- “ ment à ceux qui y ont de l'inclination.

L: Mais, mon très-cher Père, est-il vrai que cela ait pu ven effet refroidir ce bon gentilhomme qui voulait nous “doter! Ne pourriez-vous pas lui relever le cœur, et remettre l'affaire en état avant que son inclination se «porte ailleurs, et que d'autres, ainsi que vous nous “écrivez, n'emportent le prix à notre exclusion? O que “cette rencontre nous était avantageuse! càr je vois qu'il

“sera difficile de gagner nos Canadiennes sans quelque

“temporel, qui sera comme l'amorce qui couvrira l'hameçon de la foi.

… Le révérend Père Dinet ne me donne point d'autre F avis que ce que je vous ai écrit, avec ces mots que “j'avais omis; qu'il estime que Notre-Seigneur ne me

veut en Canada que d'affection, et qu'il croit que je ne

verrai jamais la Nouvelle-France que du ciel, après que Notre-Seigneur aura accompli ce qu'il veut de moi dans l'état où je suis. Mais cela, non plus que tout ce

ue je viens de dire, ne m'abat point l'esprit; mais plutôt LETTR, M. 3

Ts

RE

je sens de nouvelles forces pour embrasser ce que notre

grand Jésus ordonnera de moi. Ma Mère Ursule a été +

extrémement touchée (affligée) de la réponse de mon- flotte

| sieur son père, et elle perd quasi l'espérance; sa volonté “Père

! 1 néanmoins est ferme et constante. Pour vous, si vous : ous

| êtes malade, je crois que c'est d'ennui. Si j'étais proche Don

(l de vous je vous consolerais, ainsi que je fais cette chère bâtir

ill Mère, car je crois que vous n'avez pas beaucoup de fer

| | | personnes à qui décharger votre cœur, à cause du secret . voi, de l'affaire. Ayez donc bon courage, mon très-cher Père, .

Notre-Seigneur nous donnera plus que nous ne pensons. i Faites-nous part des nouvelles que vous apprendrez: 11 nous sommes dans cette attente, comme vous pouvez le penser, et aussi dans l'espérance de vos saintes prières.

De Tours, le 29 Juillet 1635.

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