LETTRE XXIII
A LA MÈME
Elle lui donne avis de son arrivée à Rouen, et des instances qu'elle avait faites
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pour emmener avec elle une religieuse de Paris. — Projet de l'union générale
des Ursulines de France.
Ma très-révérende et très-chère Mère,
Votre sainte bénédiction.
Je ne puis m'empêcher de vous écrire, quelque part que je sois. Nous sommes arrivées à Rouen, ayant été obligées de partir de Paris sans la bonne Mère de Saint- Jérôme, quoique nous ayons fait toutes les diligences (démarches empressées) possibles pour l'avoir, et pour lui témoigner l'intérêt que nous prenions dans son affaire, Monseigneur l'archevêque de Paris l'ayant retenue, il a fallu que la Mère Marie et moi ayons accepté seules le contrat de fondation, en sorte néanmoins que si cette chère Mère vient après nous, l'on fera un acte : au pied du contrat (additionnel), pour faire foi qu'elle passe avec nous, et qu'elle entre dans le traité de fondation. Si Dieu permet qu'elle soit exclue de la partie,
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plus grande gloire.
Je viens de vous dire que nous nous sommes intéressées pour l'affaire de la Mère de Saint-Jérôme. Car en effet nous avons écrit en sa faveur à madame la duchesse d'Aiguillon, pour la supplier de nous l'obtenir “ par le crédit de monseigneur le Cardinal; et de plus, nous nous sommes jetées deux fois aux pieds de la " reine, pour la supplier d'obtenir son congé de mon- … seigneur de Paris.
Notre procédé a sans doute extrêmement étonné toutes les Ursulines de la Congrégation de Paris, et elles ont reconnu à nos démarches un dégagement (détachement) qu’elles n'eussent jamais cru. De là vient aussi qu'elles nous font des caresses qui ne se peuvent dire : il semble qu'elles et nous ayons été élevées ensemble, et que nous ayons été informées (formées, façonnées intérieurement) d'un même esprit. Plusieurs d'eñtre elles ont eu à mon égard des ouvertures de cœur très- | engageantes, et elles m'ont témoigné le désir qu'elles * ont d'une union générale de toutes les Ursulines de France (car je ne leur en ai point parlé autrement.) La Mère supérieure m'en a fort entretenue, et elle m'a dit que plusieurs prélats, dans la dernière conférence qu'ils ont tenue à Paris, ont fort agité cette affaire, et qu'ils étaient même dans le dessein de l'exécuter, sans je ne sais quelle autre affaire qui interrompit cellelà. Cette bonne Mère aurait le même désir que vous pour cela : en ce qui me regarde elle m'a parlé fort ouvertement, et fait paraître qu'elle me confiait sa fille, sans s'informer si je la contraindrais de se conformer à nous. Mais je l'ai prévenue sur ce point, l'assurant que je me comporterais suivant l'avis du
SRE
Fret
révérend Père Vimont, et qu'elle devait être persuadée que nous demeurerions dans une telle union qu'elle n’en recevrait que du contentement. Et en effet, si elle vient, comme nous en avons encore quelque espérance, et qu'elles font de leur côté tout leur possible pour cela, nous en userons de la sorte. Je ne sais ce qui nous arrivera, car je vois que le diable est enragé de notre dessein, vu les traverses qu'il nous suscite. Dès que nous serons à Dieppe je vous ferai savoir le succès (résultat) de cette affaire, et ce que monseigneur de Paris aura fait.
Les: Ursulines de Pontoise voudraient bien gagner cette place : si elle leur manque, celles de Rouen ont de l'ardeur pour la posséder; et si celles-ci ne l'emportent, celles de Dieppe ne la laisseront pas échapper. Il y a encore un monastère voisin où les religieuses sont remplies d'un semblable désir. Mais enfin Dieu seul sait sil veut une troisième, ou s'il veut que nous passions seules. Nous le saurons bientôt, car il est notre refuge, et c'est lui qui nous fait savoir ses volontés.
De Rouen, le 2 avril 1639.
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