‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 33 sur 127 · LETTRE XXIV · texte numérisé non relu

LETTRE XXIV

a A UN DE SES BEAUX-FRÈRES.

Elle lui donne avis de son embarquement pour le Canada, et du désir qu'elle a de souffrir en cette Mission.

Mon très-cher frère,

La vie et l'amour de Jésustoient votre partage.

… C'est sans remise qu'il nous faut quitter la France © pour passer dans le Nouveau-Monde, où Dieu n'est 4 quasi point connu, sinon d'une petite troupe de saints

qui travaillent à le faire connaître. Les bontés infinies

à . du Roi du ciel ont bien voulu se répandre sur moi, et lui-même a bien voulu me choisir pour y aller habiter. C'est par sa miséricorde qu'il veut se servir du plus chétif instrument qui soit sous le ciel. Aidez- | moi à bénir son aimable Providence, entre les bras de | laquelle je m'abandonne pour vivre ou pour mourir, soit sur la mer, soit dans le fort de la barbarie, car N tout m'est égal dans son adorable volonté. C'est donc à ce coup que je vous dis adieu pour jamais, puisque les vaisseaux sont prêts et que nous allons nous embarquer la semaine prochaine, si la tourmente ne nous 0 retient. O qu'il me tarde que je n’aie déjà fait le sacrifice de ma vie! Dans le désir que j'en ai il me semble qu'au } milieu des dangers je serai plus sûre et plus tranquille sur la mer que sur la terre.

EE

a Pe—-

Ée 2 D 2

a = . = EE RE

mm D mm

CE

Vous savez les périls que nous allons courir sur cette grande mer Océane, la plus rude à passer de toutes les mers : non qu'il se perde beaucoup de vaisseaux dans la traverse que nous allons faire de douze cents lieues : mais il y a bien des incommodités à souffrir; on tombe en de grandes maladies, on craint la rencontre des Anglais, des Dunkerquois' et des Turcs. Mais tout cela n'est rien; la vie et la mort me sont une même chose, et je fais ce sacrifice de moi-même du meilleur cœur qu'aucune chose que j'aie faite en ma

vie. Les croix et les souffrances me sont plus agréables :

que toutes les délices de la terre. Que l'on m'envoie dans le fond de la plus cruelle barbarie, ce seront là mes délices, et je chérirai plus mes petites sauvages, que si c'étaient des princesses. Je m'en vais donc de bon cœur suivre mon cher Jésus et souffrir tout ce qu'il voudra pour son amour. Priez-le qu'il me donne un grand courage, et remerciez-le de la grande

grâce qu'il me fait de m'avoir appelée, à l'exclusion 4 de tant d’autres, à une si haute vocation. On nous M

fait la grâce, à trois Ursulines que nous sommes, de nous donner place dans l’Amiral, ou même le capi-

taine nous abandonne sa chambre, qui est belle et

spacieuse, et où nous serons séparées du bruit du

vaisseau. Nous faisons le voyage en la compagnie M

des Mères Hospitalières, de madame de la Peltrie notre fondatrice et de deux filles séculières; le révérend Père supérieur des Missions nous accompagne et il nous donnera la consolation de nous dire la sainte Messe tous les jours et de nous administrer les saints

(1) Du port de Dunkerque, alors au pouvoir de l'Espagne, sortaient souvent

des vaisseaux armés qui tâchaient de capturer les bâtiments français.

« sacrel pour j

Elle lui d

C'est et s'en miséri quoi n vent I dans ne sen désir bien-a cœurs notre . sa bon feu se voit ba vous p

Li DE LA MÈRE MARIE DE L'INCARNATION. 61

sacrements. Adieu donc, mon très-cher frère, adieu

ur cette | ; toutes { pour jamais.

isseaux 4 De Dieppe, le 15 avril 1639.

e cents | OUT, EE ——————— ; = la ren Turcs. 14 ont une LETTRE XX.

me du # > en ma 3 A LA SUPÉRIEURE DES URSULINES DE TOURS. gréables { ‘à (La Mère Françoise de Saint-Bernard.) m'envoie “M F © lle lui donne avis de son embarquement et de la joie avec laquelle elle s'expose eront là 4 pour Dieu aux périls de la mer.

auvages, ” is donc frir tout 4 Ma très-révérende et très-chère Mère, qu'il me Votre sainte Bénédiction.

a grande M

C'est tout de bon qu'il vous faut dire le dernier adieu, et s'en aller où notre Epoux nous appelle par son infinie miséricorde. Le vaisseau va en rade aujourd'hui, après quoi nous n'avons plus de temps que pour attendre un vent propre qui nous y puisse conduire sans danger dans une chaloupe. Vous pouvez jugér si les moments ne semblent pas trop longs à une âme qui est dans le désir et dans l'impatience de donner sa vie pour son bien-aimé. O ma chère Mère, que le maître de nos cœurs est puissant! Si vous saviez ce qu'il opère en la sûinte notre troupe canadienne, vous eñ béniriez mille fois les saints MR. 52 bonté. Tout est en feu, et pourtant il semble que ce ! feu se réduise en cendre et en humilité, tant l'on se

| voit bas dans l'abîme des divines miséricordes. Je ne vous puis dire, ma très-chère Mère, ce que j'en pense.

xclusion On nous M sommes, le capi- « belle et bruit du mpagnie Peltrie le révéompagne

62 LETTRES Toutes nos hardes sont embarquées; on nous en prête d'autres en attendant l'heure heureuse de notre départ.

Enfin nous n'aurons pas la Mère de Saint-Jérôme; c'est une affliction sensible à toute sa maison, mais elle la ressent plus que tout autre. Monseigneur le Cardinal, ainsi que m'écrit madame de la Ville-aux-Clercs, a trouvé fort mauvais le procédé de M. de Paris, auprès duquel madame la duchesse d'Aiguillon a fait tout son possible pour avoir cette chère Mère; vous savez ce que la reine a fait à ce sujet. Après cela il faut nous résoudre de prendre une religieuse de Dieppe, parce qu'on ne veut pas que nous passions seules. J'aurai peut-être encore assez de temps pour vous mander l'issue de cette affaire.

Madame de la Ville-aux-Clercs étrenne notre établissement d'un beau tabernacle, d'un très-beau voile de calice et d'un grand nombre de fleurs de broderie pour charger un parement. C'est notre première bienfaitrice après vous, ma très-chère Mère, qui serez toujours l'incomparable, puisque, sans parler de vos autres bienfaits, vous nous avez donné nous-mêmes. Aussi serez-vous toujours mon unique Mère, et je serai toujours votre très-affectionnée fille en JESUS-CFRIST.

De Dieppe, le 18 avril 1639,

Elle Jui

Vot

Je m'ass ‘diez plus d ne pension en faire 8:

nous ont :

faire le pla envie d'éc côtes d'An très-bonne sans avoir et par les avons déc vaisseaux, route d'An avons vu d guer les ci nous quitt des ennem sommes à

Page 1