‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 35 sur 127 · A SON BEAU-FRÈRE · texte numérisé non relu

A SON BEAU-FRÈRE

À qui elle donne avis de son arrivée dans la Nouvelle France,

Mon très-cher frère,

La vie de Jésus soit la conduite et la règle de la vôtre.

Je m'assure que l'affection que vous avez pour moi vous fait désirer d'apprendre le succès de notre voyage * de mon arrivée en Canada. En vous satisfaisant je veux aussi me satisfaire, et vous assurer que nous sommes au lieu où nous aspirions, dans une santé aussi parfaite que si nous n'étions point sorties de Tours : non que nous n'ayons souffert de grands travaux durant trois mois de navigation parmi les orages et les tempêtes, qui pour treize cents lieues que nous avions à faire, nous en ont fait faire plus de deux mille. Nous nous sommes vues à deux doigts du naufrage; mais celui qui commande aux vents et à la mer nous a préservées par son doigt tout-puissant; qu'il en soit loué et béni éternellement des anges et des hommes.

Ce que nous avons vu en arrivant dans ce nouveau monde nous a fait oublier tous nos travaux : car entendre louer la Majesté divine en quatre langues différentes; voir baptiser quantité de sauvages; entendre les sauvages mêmes prêcher la loi de JEsUS-CuRisT à

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leurs compatriotes, et leur apprendre à bénir et à aimer notre Dieu; les voir rendre grâces au ciel de nous avoir envoyées dans leur pays barbare pour instruire leurs filles, et leur apprendre le chemin du ciel; tout cela, dis-je, n'est-il pas capable de nous faire oublier nos croix et nos fatigues, fussent-elles mille fois plus grandes qu'elles n'ont été? Il en a été baptisé cette année, tant aux Hurons qu'aux Montagnais, plus de cinq cents. Je vous supplie de prier pour la conversion des autres, qui sont en grand nombre, parce qu'il y a des nations presque infinies qui ne connaissent point JÉSUS-CHRIST. Nous sommes venues avec les ouvriers de l'Evangile, qui vont tâcher de les attirer à la connaissance de son nom et de sa sainte loi. Enfin nous sommes tous ici pour un même dessein : Dieu nous veuille remplir de son esprit, afin que nous y puissions réussir pour la plus grande gloire du Maître de la vigne, qui est JESUS, dans lequel je serai toute ma vie votre...

De Québec, le 1‘ septembre 1639.

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