‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 58 sur 127 · A UNE DEMOISELLE DE QUALITÉ · texte numérisé non relu

A UNE DEMOISELLE DE QUALITÉ

(Mademoiselle de Chevreuse.)

Elle lui donne quelques avis pour sa conduite spirituelle, la remercie de quelques charités qu'elle a faites au séminaire, et lui découvre quelque peine qu'elle a de la part de madame de la Peltrie.

Mademoiselle,

Je salue votre cœur dans le cœur très-aimable de notre divin JESUS.

Je ne puis douter que ce divin Sauveur ne vous possède, puisque vous voulez être cachée en lui : c'est pourquoi je vous y cherche, je vous y trouve, je vous y vois, je vous y aime et vous y chéris. Que vous dirai-je davantage} je voudrais pouvoir enfermer mon cœur en cette lettre pour vous confirmer l'amour qu'il a pour vous, Cette protestation est encore trop faible pour dire ce qui en est; il faut que notre cher Sauveur le dise lui-même, puisqu'il n'y a que lui seul qui le puisse faire. Je lui ai rendu et lui rends tous les jours mes humbles actions de grâces pour les biens qu'il vous fait : votre lettre me les fait savoir; le révérend Père de la Haye, qui en est vivement touché, me les confirme, et le doux sentiment que Dieu me donne lorsque je lui parle de vous, me les dit si vivement, que je ne puis douter de l'amour qu'il vous porte.

C'est ici la lettre du cœur; car mon autre, qui vous parle de ce qui est arrivé en cette nouvelle Eglise du Fils de Dieu, peut être commune et communiquée. Je ne vous puis exprimer, Mademoiselle, la consolation que j'ai reçue lisant celle dont il a plu à votre bonté de m'honorer. La générosité de votre esprit fait honte à ma lâcheté; mais en même temps elle me donne un puissant motif pour supporter les croix et les travaux qui se présentent ici à tout moment. Comme vous me dites les secrets de votre cœur, je vous dirai aussi les secrets du mien, qui a une facilité entière à s'ouvrir à votre égard. Non, mon affection ne vous peut rien céler, et je croirais offenser la sincérité de la vôtre, si j'usais de réserve quand je communique avec vous, quoique je sois la créature du monde la plus indigne de la bienveillance dont il vous plaît de m'honorer. Mais que la gloire soit à notre Maitre, de qui dérivent

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J'ai été étonnée d'apprendre que vous étiez encore aux Ursulines de Saint-Denis; mais votre lettre m'en apprend la cause, et je vois que c'est la gloire de notre bon Dieu qui vous y retient. Le révérend Père Le Jeune, qui a eu l'honneur de vous y voir, en a été extrêmement édifié, et m'a chargée de vous dire que le mouvement qu'il a pour vous, et qui le touche vivement pour votre satisfaction, est que vous devez présenter votre cœur à Dieu comme une table vide de tout, afin que sa bonté y écrive ses saintes et divines volontés, et que, le laissant faire, il est assuré qu'il vous enseignera et fera connaître ce qu'il veut de vous. Voilà ma cornmission que je fais par obéissance de la part de mon Père : quoique je ne doute point de la soumission que vous rendez à celui qui meut votre cœur, j'ai cru que vous ne désagréeriez pas ce que son serviteur me fait vous dire.

Nous avons reçu votre aumône par le moyen de M. de Bernières, je vous en rends mes très-humbles remerciments. Sans ce secours je crois qu'il nous eût fallu renvoyer nos séminaristes dès cette année, comme je crois qu'il faudra faire à l'avenir, ainsi que M. de Bernières nous le signifie pour les causes que je vous dirai, ce qui nous serait une privation très-sensible, à laquelle néanmoins il nous faut résigner, si notre bon JESUS le veut; nous sommes ses servantes qui devons baisser le col à ses jugements.

Vous savez la grande affection qu'a eue pour nous notre bonne fondatrice, qui nous a amenées en Canada avec une générosité, comme tout le monde sait, des plus héroïques. Elle a demeuré un an avec nous dans

ce même sentiment et dans un cœur tout maternel, tant à notre égard qu'envers nos séminaristes. Elle commença ensuite à vouloir visiter les sauvages de temps en temps, ce qui était très-louable, Peu de temps après elle nous quitta tout à fait ne nous venant visiter que peu souvent. On jugeait de là qu'elle avait de l'aversion de la clôture, et que n'étant pas religieuse, il était raisonnable de la laisser à sa liberté. De notre part nous estimions que pourvu qu'elle nous aidât de son bien, ainsi qu'elle s'était engagée de parole, à laquelle nos amis et nous nous étions confiés, cette retraite ne ferait point de tort au séminaire. Cependant le temps se passait et scn affection à nous établir diminuait de jour en jour. Ce qui retarda encora beaucoup nos affaires, c'est que les personnes qui vinrent l'an passé pour établir l'habitation de Mont-Réal, qui sont un gentilhomme et une demoiselle de France, ne furent pas plus tôt arrivés qu'elle se retira avec eux. Elle reprit ensuite ses meubles et plusieurs autres choses qui servaient à l'église et au séminaire, et qu'elle nous avait donnés. Nous laissâmes tout enlever sans aucune répugnance, mais plutôt, à vous dire mon cœur, en les rendant je sentais une grande joie en moi-même, m'imaginant que notre bon Dieu me traitait comme saint François, que son père abandonna, et à qui il rendit jusqu'à ses propres habits. Je me dépouillai donc de bon cœur de tout, laissant le séminaire dans une très-grande pauvreté. Car comme cette bonne dame s'était jointe à nous, et que tout ce qu'elle avait servait en commun, nous nous passions de ce qu'elle avait (nous subsistions au moyen de ce qui était à elle), avec les meubles que nos Mères de France nous avaient donnés pour notre usage, sa fondation étant si petite, qu'elle n'eût pas

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suffi à nous meubler pour nous et pour nos séminaristes'. Par cette retraite elle ne nous a pas laissé pour coucher plus de trois séminaristes, et cependant nous en avons quelquefois plus de quatorze. Nous les laissons coucher sur des planches, mettant sous elles ce que nous pouvons pour en adoucir la dureté, et nous empruntons au magasin des peaux pour les couvrir, notre pauvreté ne nous permettaut pas de faire autrement. De vous dire que notre bonne fondatrice a tort, je ne le puis selon Dieu, car d'un côté, je vois qu'elle v'a pas le moyen de nous assister étant séparée de nous, et son bien n'étant pas suffisant pour l'entretenir dans les voyages qu'elle fait. D'ailleurs, comme elle retourne dans le siècle, il est juste qu'elie soit accommodée selon sa qualité, et ainsi nous n'avons nul sujet de nous plaindre si elle retire ses meubles; et enfin elle a tant de piété et de crainte de Dieu, que je ne puis douter que ses intentions ne soient bonnes et saintes. Mais ce qui m'aflige sensiblement, c'est son établissement à Mont-Réal, où elle est dans un danger évident de sa vie à cause des courses des Iroquois, et qu'il n'y a point de sauvages sur le lieu. Et ce qui est le plus touchant (affligeant), elle y reste contre le conseil des révérends Pères et de monsieur le Gouverneur, qui ont fait tout leur possible pour la faire revenir. [ls font

(1) Bien des fois, dans notre enfance, nous avons va des personnes âgées de la campagne employer la tournure de phrase don, se sert ici la Mère Marie de l'Incarnation : dire, par excinple : Nous nous sommes passés tout l'hiver de ve que nous avions récolté dans telle pièce de terre. C'est, dans la pensée, comme si l'on disait : Moue nous sommes passés ou faufilés d'un bout à l'autre de l'hiver en vivant de ce que, etc.

Cette remarque s'applique à un grand nombre d'autres formes de langage et d'expressions de la vénérable Mère, Pour les expliquer il nous suffit de rappeler n0s souvenirs.

encore une tentative pour lui persuader son retour: nous en attendons la réponse, qu'on n'espère pas nous devoir contenter. Ce grand changement à mis nos affaires dans un très-mauvais état : car M. de Ber. nières, qui en a la conduite, me mande qu'il ne ies peut faire avec le peu de fondation que nous avons, qui n'est que de neuf cents livres. Les Mères Hospitalières en ont trois mille et madame la duchesse d'Aiguillon leur fondatrice les aide puissamment; avec tout cela elles ont de la peine à subsister. C'est pourquoi M. de Ber. nières me manie qu'il nous faut résoudre, si Dieu ne nous assiste d'ailleurs, de congédier nos séminaristes et nos ouvriers, ne pouvant suflire à leur entretien, puisque pour payer le fret des choses qu'il nous envoie, il lui faut trouver neuf cents livres, qui est tout le revenu de notre fondation. Et de plus, dit-il, si Madame votre fondatrice vous quitte, comme jy vois de grandes apparences, il vous faudra revenir en France, à moins que Dieu ne suscite une autre personne qui vous soutienne.

A ces paroles ne direz-vous pas, mademoiselle, que tout est perdu? En effet, on le croirait s'il n'y avait une Providence amoureuse qui a soin des plus petits vermisseaux de la terre. Cette nouvelle a beaucoup aflligé nos amis qui en savent l'importance; et néanmoins mon cœur est en paix par la miséricorde de notre bon JESUS, pour lequel nous travaillons. Dans la confiance que j'ai en son amour, j'ai résolu de retenir nos séminaristes et d'aider nos pauvres sauvages jusqu'à la fin. J'ai encore retenu nos ouvriers pour bâtir le séminaire, espérant qu'il ne nous a pas amenées ici pour nous détruire et nous faire retourner sur nos pas. Si pourtant sa bonté, ou son aimable justice le voulait pour châtier mes

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péchés, me voilà prête d'en recevoir la confusion à la vue de toute la terre. Il ne m'importe ce qui m'arrive, pourvu qu'il en tire sa gloire; et à l'heure que je vous écris, mon cœur possède une paix si accomplie, que je ne vous la puis exprimer. J'ai une singulière satisfaction de vous le dire comme à celle que j'aime et que jhonore le plus en ce monde. Oui, Mademoiselle, puisque votre humilité se porte jusqu'à me vouloir honorer de votre affection et bienveillance, vous avez si fort gagné mon cœur, qu'il ne se peut empêcher de vous dire les biens et les maux qui lui arrivent.

Après ce que M. de Bernières m'a écrit, il sera sans doute épouvanté, voyant que je lui demande des vivres comme à l'ordinaire, et de plus, que je lui envoie des parties pour six mille livres qui ont été employées : payer les gages de nos ouvriers, et à l'achat des “atériaux de notre bâtiment, sans parler du frêt du vaisseau : car en «out cela nous n'avons que la providence de notre bon Dieu. On dit que tout cela est perdu, et cependant je me suis sentie portée intérieurement à poursuivre ce que Notre-Seigneur nous a fait la grâce de commencer en sa nouvelle église. L'arrivée des vaisseaux nous donnera nne nouvelle instruction, et peut-être un nouveau courage pour travailler plus que jamais au service de notre Maître.

Après les efflictions communes dont je vous parle en mon autre lettre, et que nous souffrons à l'occasion de cette nouvelle église, persécutée des démons et des Jroquois, vous voyez ici mes croix particulières, Vous en avez aussi, Mademoiselle ; joignons les vôtres et les nôtres ensemble pour n'en faire qu'un composé qui puisse être offert à Notre-Seigneur. Pour moi, j'offre

grande affection que je puisse avoir en cette vie; je pense que vous me croyez et que vous ne doutez point qu'il n'y ait dans votre servante une sincérité entière. Cela n'empêche pas que je n’aie une consolation sensible des grandes bénédictions que Dieu donne à vos affaires; je l'en bénis de tout mon cœur, et c'est une marque que la justice est de votre côté. J'ose vous le répéter, Dieu attend de grandes choses de vous si vous lui laissez manier votre cœur et si votre âme suit son mouvement de quelque côté qu'il la tourne.

Vous vous plaignez que je ne vous demande rien. Vous nous faites tant de biens que je n'oserais m'avancer, de crainte de faire tort à votre affection qui nous prévient sans cesse. De plus, nous avons besoin de tout, comme vous voyez, surtout de commodités pour nous bâtir, c'est ce qui me fit vous taire l'an passé le besoin que nous avions d'étoffes, en quoi je fis tort à l'affection que vous avez pour nos chères séminaristes. Néanmoins, comme je ne pensais qu'à les loger, Dieu inspira un honnête homme de France de m'envoyer deux pièces de serge forte et des chaussures toutes faites pour les vêtir, sans quoi elles eussent été obligées de souffrir les rigueurs de l'hiver. Ne fait-il pas bon de s'attendre à la Providence d'un si bon Père? Oui assurément; et c'est encore un autre effet de cette aimable Providence de vous avoir inspiré de me commander de vous dire ce qui nsus serait le plus utile. C'est donc pour vous obéir que je prends la hardiesse de vous dire que c'est de l'étofle forte rouge et grise, avec des toiles d'un commun usage, lesquelles sont très-rares et pourtant très-nécessaires en ce pays. C'est pour vous obéir que je m'ouvre de la sorte, mais si notre divin Maître vous tourne le cœur d’un autre côté, faites, s'il vous plait,

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tout ce qu’il vous dira, car c'est tout ce que j'aimerai et chérirai. Ah! Mademoiselle, que Dieu veut un grand dénûment dans les âmes qu'il a appelées en sa nouvelle église ! Il veut, dis-je, d'elles une si grande dépendance de sa pure Providence, que pour jouir d'une parfaite paix, elles doivent être disposées d'agréer de moment en moment les dispositions de ses desseins sur elles. Faites donc tout ce que ce même moteur des cœurs voudra que vous fassiez, et non plus, et ce sera là notre plaisir.

Ce que vous avez envoyé à votre filleule a été volé depuis Paris jusqu'à Dieppe : je lui ai dit la perte qu'elle a faite et l'amour que vous lui portez. Cela l'a fort touchée, mais après une petite tristesse, elle a fait selon l'humeur des sauvages, qui est d'oublier facilement ce qui les fâche : ce qui a contribué à sa consolation, cest la lettre qu'il vous a plu de lui écrire; elle n'a jamais été tant honorée, et elle est toute ravie d'avoir un Massinahigan, c'est-à-dire, une lettre de sa bonne marraine. On ne peut rien voir de plus innocent que cette fille, et je tâcherai de ne rien oublier pour ia mettre dans la voie de son salut. Bénissons Dieu, Mademoiselle, de ce qu'il touche aussi bien nos barbares que ceux qui naissent dans les lieux les plus cultivés de France. Vous fondriez en larmes de voir leur dévotion et leur humilité quand ils assistent aux processions et aux assemblées publiques. Madame notre fondatrice avait coutume d'y conduire nos séminaristes, et de marcher à la tête des femmes et des filles sauvages, après quoi nous leur préparions un festin; aujourd'hui qu'elle est éloignée, elle est privée de cette consolation, mais nous avons toujours la nôtre qui est de les régaler selon nos petits moyens.

Comme j'étais sur le point de finir cette lettre, il est arrivé une barque de Mont-Réal qui nous apprend que cette bonne dame est résolue d'y passer l'hiver parmi les dangers. Je vous avais bien dit que ses intentions sont bonnes et saintes, car elle m'écrit avec une grande cordialité, et me mande que le sujet qui la retient à Mont-Réal, est qu'elle cherche le moyen d'y faire un second établissement de notre Ordre, au cas qu'elle rentre dans la jouissance de son bien. Mais je n'y vois nulle apparence, et le danger où elle est de sa personne me touche plus que toutes les promesses qu'elle me fait.

Voilà le vaisseau prêt à lever l'ancre, ainsi il faut que je finisse et que tout de nouveau je vous rende mes très-humbles remercîments de tous vos bienfaits. Et à l'égard de l'affection que mon cœur a pour vous, la parole est trop faible pour l'exprimer. Que l'amour infini de notre aimable Jésus vous le dise donc, puisque lui seul sait que je suis toute vôtre. Oui, sans réserve je suis votre très-humble.….

De Tours, le 29 de septembre 1642.

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LETTRE XLVIIT.

A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION

(La Mère Giltette Roland.)

Après lui avoir témoigné des sentiments de tendresse et d'affection, elle lui fait

le récit du zèle héroïque d'un homme et d’une femme sauvages.

Ma très-chère Mère et très-aimée Sœur,

Mon cœur sent tant d'affection pour le vôtre, que, lorsque je dois vous écrire, je suis en peine de trouver des paroles pour vous exprimer mes sentiments. Mais comme l'amour que j'ai pour vous est enfermé en celui de notre divin Maître, demeurons en cette sainte union, où la vraie amitié se trouve et s'exerce avec autant de pureté que de vérité. Sans en sortir, sortons néanmoins pour dire ses miséricordes, car elles sont grandes et infiniment grandes dans notre Amérique, dans laquelle les Âmes cédant aux froidures qui y dominent presque continuellement, avaient été toutes gelées, depuis qu'elle est habitée, jusqu'à nos jours que Notre-Seigneur témoigue par sa bonté en vouloir faire fondre les glaces. Car nous voyons que son esprit se veut tout gagner, et mettre l'embrasement partout comme il l’a promis dans l'Evangile. Nous le voyons particulièrement dans les sauvages du Saguenay, de Tadoussac et des Attikamek, qui vivent comme des saints. Une femme fort âgée, qui se nomme Angélique, a fait cette année l'office

d'apôtre aux Attikamek, pour les fortifier en la. foi, pour apprendre les prières à ceux qui ne les savaient pas et empêcher que ceux qui les savaient ne les oubliassent. Je vous laisse à penser quelle peine cette femme âgée de près de soixante ans a eue d'aller en un pays si éloigné, au fort du froid et des neiges du mois de février, traversant des bois immenses, et rampant par des rochers affreux. Ne faut-il pas avoir pour cela un excellent amour de Dieu dans le cœur, et un désir bien embrasé du salut de son prochain? Elle n'est pas encore de retour; Dieu sait de quelle affection je l'embrasserai quand je la verrai.

Un autre excellent chrétien, nommé Charles, ayant été choisi pour ramener un sauvage en son pays, afin d'obliger nos Français qui l'avaient retiré de la main des Algonquins, qui le voulaient faire mourir parce qu'il était allié aux Iroquois, a prêché notre sainte Foi par tous les villages qui se sont rencontrés sur sa route. Sitôt qu'il fut de retour il me vint voir, et en s'écriant il me dit : Sais-tu ce que j'ai fait? j'ai enseigné les grands et les petits, les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux partout où j'ai passé. Je leur ai dit: Quittez vos folies : cela serait tolérable si vous vous étiez faits vous-mêmes; cela serait bon si vous deviez toujours vivre sur la terre : mais il y a un Dieu, un bon Esprit qui a fait le ciel et la terre, et tout ce que l'un et l’autre contient. Or choisissez : Voilà deux chemins, l’un conduit dans le feu avec les diables, l'autre conduit au ciel où est celui qui a tout fait: Si vous croyez en lui, vous irez à lui après la mort; si vous n'y croyez pas, vous irez dans le feu d'où vous ne sortirez jamais. Pour moi, disait-il, ce ne sont pas les richesses de cette vie que j'aime; ce sont là de

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belles choses pour être aimées! Il ne m'importe que je sois pauvre ou riche, que j'aie faim ou que je sois rassasié, que je vive ou que je meure : cela serait bon si c'était pour longtemps; hé! nous mourrons incontinent et tout cela sera dissipé. Puis se tournant vers moi il me dit : J'ai coupé toute la bougie que tu m'as donnée par morceaux, et je m'en servais comme on fait à la messe, ainsi je déterminais des prières, je faisais faire le signe de la croix, et je disais à chacun ce qu'il devait faire. Mais il faut que tu saches que ceux que j'ai enseignés n'ont point encore d'esprit, mais attends un peu, ils vont croire et ils en auront.

Cet excellent chrétien est ravissant en tout ce qu'il fait et ce qu'il dit. C'est lui qui a le premier enseigné ses compatriotes de Tadoussac et qui y a jeté ce feu de ferveur que l'on y voit maintenant si allumé.

Je reviens à mes premières paroles. En effet, ma bonne et chère Mère, je suis sortie de moi-même pour vous parler des miséricordes de notre divin Epoux sur cette Amérique, où vous voyez que son royaume s'étend malgré l'opposition des démons. N'oubliez point en sa présence notre petit séminaire, sur lequel le Maître de la mission verse à l'ordinaire ses bénédictions. Adieu.

De Québec, le 24 août 1643. SU “ON

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