‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 60 sur 127 · A SES NEVEUX EN COMMUN · texte numérisé non relu

A SES NEVEUX EN COMMUN

Elle les exhorte à la piété et à être obéissants à leurs parents. — Elle leur met devant les yeux la grâce de leur vocation à la Foi,

Mes très-chers enfants,

Je vous souhaite toutes les bénédictions du ciel.

J'ai reçu toutes vos lettres, avec une très-sensible consolation d'apprendre de vos nouvelles. Continuez de le faire; vous ne me sauriez davantage obliger que de me dire vos dispositions et vos desseins, car vos intérêts sont les miens, puisque je vous aime au delà de ce que je vous puis dire. Dieu vous bénira si vous continuez à le servir comme vous me dites que vous le faites. Rendez l'obéissance à votre père et à votre mère, qui ont plus de plaisir de vous voir riches des biens du ciel, qui sont la grâce de Dieu et les vertus chrétiennes, que de ceux de la terre qui ne sont qu'une f1mée passagère. Je vous présente tous les jours à Dieu comme autant de victimes que je désire être consacrées à sa divine Majesté. Faites de même à mon égard, mes très-chers enfants, que j'aime et embrasse de la plus tendre affection de mon cœur. Priez aussi pour les sauvages afin qu'ils se convertissent tous, et quils croyent en ce grand Dieu auquel vous croyez. Vous êtes heureux mes enfants, d'être nés de parents chré

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tiens; c'est de quoi vous devez rendre grâces à Dieu tous les jours de votre vie; car vous n'avez pas mérité cette grâce non plus que ces pauvres barbares : il vous l'a faite par sa pure miséricorde. Remerciez-le aussi de la grâce et de l'honneur qu'il me fait de le servir en ce bout du monde, et d'aider à instruire quelques âmes pour le ciel. Adieu, mes chers enfants, je suis toute à vous et toute vôtre.

De Québec, le 11 de septembre 1643.

LETTRE Li.

A SA NIÉCE.

Elle la console sur la mort de sa mère. — Hlle prend de là occasion de l'exhorter à vivre chrétiennement, et lui donne à cet effet des conseils salutaires,

Ma très-chère et bien-aimée fille,

La paix et l'amour de JÉsus soient l'unique joie de votre cœur.

Je veux croire que la grande affliction que vous avez de la perte de votre bonne mère, arrivée par un accident si funeste, est la cause que j'ai été privée cette année de vos lettres. Je ne laisse pas de vous écrire pour vous témoigner que je compatis beaucoup à votre perte et aux angoisses que vous avez soutfertes, et que vous souffrez encore par suite de ce coup terrible. Voilà, ma chère lle, comme vont les affaires du monde. Considérez bien cette vérité; votre bonne mère, après en avoir

bien souffert, enfin la voilà morte, et morte d'une déplorable façon'. Vous en avez de la douleur, c'est un juste devoir, puisque vous lui devez plus qu'à aucune autre créature. Je l'ai quasi vue mourir en vous mettant au monde. Depuis ce temps-là, il semblait qu'après Dieu son plus tendre amour était pour vous; vous en avez vu l'expérience et ressenti les eflets. Tout cela était bien capable de gagner votre amour, mais aussi tout cela étant passé il est bien juste que votre amour se tourne en douleur. Mais enfin tout ce qui vous est arrivé et à elle n'est point arrivé par hasard; Dieu l'a permis pour votre sanctification, et afin de vous sauver par des voies extraordinaires que vous ne recherchiez pas. Il importe beaucoup d'ouvrir les yeux à cette providence; la vanité aveugle beaucoup de filles de votre âge, lesquelles, pour s'y laisser trop emporter, se privent elles-mêmes par leur faute des grâces que la divine bonté leur voulait faire, et qu'elle fait ensuite à d'autres à leur exclusion. Plusieurs personnes de qualité m'ont écrit de France à votre sujet, et m'ont apprisle soin que la divine Providence a pris de vous, inspirant à Monsieur N. de prendre la conduite de vos affaires, et à Madame sa femme de vous faire l'honneur de vous tenir auprès d'elle comme l'une de ses. filles. Sans mentir, ma chère fille, vous êtes bien obligée à Dieu de vous avoir donné un si puissant appui; je me donne l'honneur de leur écrire pour les remercier de cette faveur, dont je me sens aussi obligée que s'ils me l'avaient faite, puisque je vous regarde et que je vous aime plus que moi-même.

(1) Il nous a été impossible de rien découvrir sur l'accident dont elle parle

et qui coûta la vie à sa sœur.

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Au reste j'ai fait dire beaucoup de messes et fait faire beaucoup de communions pour le repos de l'âme de votre bonne mère; encore à présent je ne cesse point de l'offrir à Dieu ; et je voudrais avoir assez de mérites pour accroître sa gloire dans le ciel. Retenez ce que vous avez remarqué de vertus en elle durant sa vie, afin de limiter. Elle a tant fait dire de messes, elle a tant paré d'autels, elle a tant fait d'aumônes et tant délivré de prisonniers, elle a tant revêtu de misérables réduits à la nudité; et enfin elle a tant fait d'œuvres de miséricorde et de charité, que “ela est admirable : j'en suis témoin, car elle se servait de moi, afin que tout cela se fit plus secrètement. J'estime que ‘toutes ces bonnes œuvres ont plaidé pour elle au jugement de Dieu, et qu'à votre égard ses vertus vous serviront d'exemple toute votre vie, si vous demeurez dans le siècle. Mais si vous choisissez le meilleur parti, qui est Dieu, vous donnerez tout tout à la fois, puisque le présent qu'on fait de soi-même est préférable à tout. Suivez en cela l'inspiration de Dieu, et les conseils d'un sage directeur. Si vous étiez proche de moi, ma chère fille, en vous consolant je me consolerais aussi, mais puisque cela ne se peut, consolez-vous avec mes amis, mettez-vous en ma place, et visitez souvent comme je ferais moi-même la révérende Mère Françoise de Saint-Bernard, supérieure de notre maison de Tours, qui est ma plus chère et plus parfaite amie. Enfin je vous donne tous les avis que je crois vous être utiles comme à ma très-chère fille, que je présente sans cesse à Notre-Seigneur, afin qu'il vous possède parfaitement, et qu'il vous donne la lumière nécessaire pour connaître l'état où il veut que vous le serviez, et que vous fassiez votre salut. Remerciez-le de la grâce qu'il me fait de le

servir en cette Eglise naissante, où il se gagne un grand nombre d'âmes pour remplir la place des anges apostats, qui ne l'ont pas voulu aimer et servir. Je vous embrasse en JESUS et suis...

De Québec, le 14 de septembre 1643.

LETTRE LIl.

A UNE SUPÉRIEURE DES URSULINES DE DIJON

Elle la remercie d'une aumône qu'elle avait faite au séminaire.

Ma très-révérende et très-honorée Mère,

Salut très-humble dans les sacrées plaies de notre cher Sauveur.

Vous êtes trop bonne de vouloir jeter les yeux sur notre petit séminaire et d'y envoyer vos libéralités. Nous les avons reçues par le moyen de nos révérendes Mères de Paris. Je vous en rends mes très-humbles remerciements, ma très-honorée Mère, vous assurant que nous n'en demeurerons pas ingrates ni méconnaissantes, non plus que nos néophytes, desquelles vous avez tant de compassion, puisque leurs vœux et les nôtres sont continuellement à Dieu pour nos bienfaiteurs. Ces bonnes filles continuent à bien faire et à se rendre flexibles à la grâce. Leurs bons sentiments nous touchent si fort, que quand nous ne verrions que cela en cette terre de bénédiction, nous nous tiendrions plus que très-récompensées de nos petits travaux. Mais

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de plus nous voyons des grâces surabondantes sur ceux qui sont continuellement à notre grille, et en général sur tout le pays, où Dieu amène des sauvages de tous côtés, pour les faire enrôler au nombre de ses enfants. La Relation qui vous en fera le détail vous fera verser des larmes de joie, et redoubler vos ferveurs pour l'Eglise de JÉSUS-CHRIST. Je vous supplie d'y particulariser (de donner une part particulière de ces ferveurs à) notre petit séminaire, qui vous en sera trèsobligé. Mes sœurs vous supplient d'agréer leur humble salut que je présente avec le mien à votre sainte communauté. Comme je suis la plus pauvre du monde, je vous demande l’aumône en particulier devant notre bon JÉSUS, dans le sein duquel je suis.

De Québec, le 22 de septembre 1643.

LETTRE LIIl.

À SON FILS

Premiers fondements de l'Eglise de Miscou. Progrès de celles de Tadoussac et des Hurons. — Conversion notable d'un capitaine, sorcier. — Les Iroquois persécutent l'Eglise; ils tourmentent le révérend Père Jogues et font mourir quelques Français,

Mon très-cher et bien-aimé fils,

L'amour et la vie du Roi des nations consume votre cœur de l'ardeur avec laquelle il ravit les cœurs de nos néophytes.

Vous devez à présent avoir reçu les lettres que je vous ai écrites du mois de juillet dernier, par lesquelles je vous faisais un petit récit de ce qui s'est passé cette année dans notre nouvelle France, et dans la nouvelle Eglise de JEsus-CHRisT.' Je n'avais point encore reçu de vos lettres, mais ma Mère de Saint-Bernard m'avait envoyé celle par laquelle vous lui faisiez des plaintes de ce que vous n'en avez reçu aucune de moi l'année dernière. Je vous avais écrit amplement, mais ce que l'on confie à la mer est sujet au hasard. C'est pourquoi il se faut attendre à cela, mon très-cher fils; mais pour y apporter quelque remède, j'ai pris la résolution de vous écrire, tant que je vivrai, par deux vaisseaux différents; afin que si l'un se perd ou est pris par les pirates, l'autre vous porte de mes nouvelles. Faites le même de votre part, si l'obéissance vous le permet, car vous pouvez juger que nos contentements seront en cela réciproques.

Mais il ne faut point perdre de temps; commençons à parler de nos néophytes. Les premiers fondements de l'église ont été jetés cette année à Miscou, qui est une habitation de Français, seulement pour la traite de pelleterie.® A dix lieues au delà, on a bâti ure chapelle et établi une grande mission pour les sauvages du côté du nord, qui ont été attirés à la foi par la conversation de nos sauvages Montagnais de Tadoussac. Cette mission promet de grands fruits, car la matière est disposée. Ce lieu est à cent cinquante lieues d'ici, approchant de vous (en allant d'ici vers la France).

Cent lieues en deçà est la mission de Tadoussac, où

(1) Cette lettre a été perdue sur mer. (Note de CI. Martin.) (2) C'est une île du golfe Saint-Laurent, près l'embouchure du fleuve de ce nom.

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lon a vu cette année des merveilles, un grand nombre de sauvages, avancés de plus de vingt journées dans les terres, y étant venus pour se faire instruire, et ensuite pour se faire baptiser. Ils ont des sentiments si religieux et font des actions si chrétiennes, qu'ils nous font honte et nous surpassent en piété. Ce sont les fruits du zèle de nos bons chrétiens sédentaires, car ils vont exprès de côté #t d'autre pour gagner des âmes à JESUS- CHRIST. Toutes ces nations-là sont du côté du nord, et Tadoussac où ils s'assemblent, est à quarante lieues d'ici ou environ, tirant vers Miscou.

Sillery est à une lieue au-dessus de Québec, et nous tenons le milieu. Nos sauvages sédentaires sont là en partie, et en partie à Québec, où se fait la traite (le commerce).

L'an passé, la nation des Attikamek vint se rendre ici pour se faire instruire; et plus de la moitié fut baptisée. Le premier baptême fut en notre église, comme aussi le premier mariage, car quand l'homme et la femme sont baptisés, on les unit au même temps en face d’Eglise. Plusieurs ensuite furent baptisés et mariés. Il faut que je vous avoue que la joie que mon cœur ressent quand je vois une âme lavée du sang de Jesus-CurisT est inexplicable. Ces bonnes gens étaient tous les jours instruits dans notre chapelle : après la messe nous leur faisions festin de pois ou de sagamite, de blé d'Inde avec des pruneaux, après quoi ils étaient quasi tout le jour à notre grille pour recevoir quelque instruction, ou apprendre quelque prière. C'était un prodige de voir avec combien de promptitude et de facilité ils apprenaient tout ce qu'on leur enseignait. Une pauvre femme qui avait l'esprit un peu plus dur que les autres, se fâchant contre elle-même, dit en se

prosternant : je ne me lèverai d'aujourd'hui que je ne sache mes prières. Elle eut tout le jour la bouche contre terre, et Dieu bénit tellement sa ferveur qu'en se levant elle sut tout ce qu'elle voulait apprendre. La ferveur est universelle, et nous sommes ravies de voir de grands hommes nous venir trouver avec empressement, afin que nous leur apprenions à faire des actes intérieurs et des oraisons jaculatoires, dont ils se servent dans les rencontres.

Le capitaine de cette nation était un grand sorcier, et l'homme du monde le plus superstitieux. Je l'écoutais soutenir la vertu de ses sorts et de ses superstitions, et peu après, il vint trouver le Père contre qui il avait disputé, lui apporta ses sorts et le tambour dont il se servait dans ses enchantements, et protesta de ne s'en vouloir jamais servir. Je vous envoie ce tambour, afin que vous voyiez comme le diable amuse et séduit ce pauvre peuple avec un instrument d'enfant; car vous saurez que cela sert à guérir les maladies, à deviner les choses à venir, et à faire de semblables choses extraordinaires. Ensuite de ce changement nous eûmes la consolation de voir faire en un jour un sacrifice à Dieu de tous les tambours de cette nation. Ils s'en retournèrent tous en leur pays en chassant, afin dy arriver au printemps. Et parce qu'ils étaient nouvellement instruits, une de nos nouvelles chrétiennes de Sillery s'en alla avec eux, par un froid de neige des plus horribles, pour leur faire répéter tous les jours leurs prières, de crainte qu'ils ne les oubliassent. Nous avons appris qu'ils mènent une vie admirable.

C'est une merveille de voir la ferveur de nos bons néophytes, ils ne se contentent pas de croire en JESUS- CHRIST, mais le zèle les emporte d’une telle manière

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(1) La vénérable page 144.

qu'ils ne sont pas contents, et pensent ne croire qu'à demi, si tous ne croient comme eux. Le capitaine des Abnakiouois a quitté son pays et ses gens pour venir se rendre ici sédentaire, afin de se faire instruire, et de pouvoir ensuite attirer ses gens à la foi de JÉsus- CarisT. Il fut hier baptisé et marié à une de nos séminaristes nommée Angèle, dont la Relation parlait l'an passé avec éloge.' Son zèle le portera bien plus avant, car il est résolu de porter l'Evangile en beaucoup d'autres nations. Je ne me contenterai pas, me dit-il, de porter mes gens et ma jeunesse à la foi et à la prière; mais comme j'ai été dans plusieurs nations dont je sais la langue, je me servirai de cet avantage pour les aller visiter, et les porter à croire en Dieu.

Les hommes ne sont pas seuls embrasés de ce zèle : une femme chrétienne a passé exprès dans une nation fort éloignée pour y catéchiser ceux qui y habitent, en quoi elle a si bien réussi, qu'elle les a tous amenés ici où ils ont été baptisés. Il lui a fallu un courage apostolique pour courir les dangers où elle s'est exposée, afin de rendre ce service à Notre-Seigneur. Nous voyons souvent de semblables ferveurs dans nos bons néophytes, qui, sans mentir, font honte à ceux qui sont nés de parents chrétiens.

Il n'y a personne de considérable dans les Hurons qui ne veuille être chrétien. L'on y a bâti cette année quatre chapelles, et ci-devant on avait peine d'y en souffrir une. Les Iroquois néanmoins persécutent étrangement cette pauvre nation. Ils en ont pris et tué un grand nombre depuis deux ans, et depuis quinze jours

(1) La vénérable Mère en a parlé elle-même dans la Lettre XLVI, ci-dessus page 144.

ils ont encore défait leur flotte. Vous savez qu'ils prirent l'an passé le révérend Père Jogues, des Français et des Hurons avec une de nos séminaristes. Ils tuèrent les anciens et emmenèrent les autres captifs. Le révérend Père fut moulu de coups et mis à nu, arrivant en leur pays; on lui coupa le pouce, et il eut l'index mordu jusqu'à la jointure, les bouts des autres doigts furent brûlés, et ensuite on lui fit souffrir mille ignominies. On en fit autant à un Français son domestique, et un autre, qui lui appartenait aussi, eut la tête fendue d'un coup de hache. Le pauvre Père, croyant qu'on lui en allait faire autant, se mit à genoux pour recevoir le coup et offrir son sacrifice, mais on ne lui fit rien davantage. On fit à la plupart des captifs comme on lui avait fait, puis on leur donna à tous la vie. On ne fit rien à notre séminariste Thérèse, laquelle a toujours généreusement professé le saint Evangile et fait les prières publiquement. Le révérend Père y prêche présentement l'Evangie; c'est le premier qui a eu cet honneur, et Dieu bénit tellement son travail, qu'il a déjà baptisé plus de soixante personnes dans sa captivité.

Il faut un peu parler de nos séminaristes sédentaires, qui nous donnent tous les contentements possibles. Une me disait il y a quelque temps : Je parle souvent à Dieu dans mon cœur, je prends grand plaisir à nommer JESUS et MARIE : Ah! que ce sont de beaux noms! On les entend quelquefois s'entretenir de Dieu, et faire des colloques spirituels. Un jour entre autres elles se demandaient les unes aux autres de quoi elles pensaient avoir plus d'obligation à Dieu. L'une dit : C'est de ce qu'il s'est fait homme pour moi, et qu'il a enduré la mort pour me délivrer de l'enfer; l'autre repartit : C'est de ce qu'il m'a faite chrétienne, et de ce qu'il m'a

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mise, par le baptême, au uombre de ses enfants. Une petite qui n'a pas plus de neuf ans, et qui communie depuis un an et demi, haussa sa voix et dit : C'est de ce que JÉSUS se donne à nous en viande au saint Sacrement de l'autel. Cela n'est-il pas ravissant en des filles nées dans la barbarie?

Elles ne manquent point à leurs examens de conscience, ni à s'entre accuser les unesles autres, ce qu'elles font avec une ingénuité non-pareille. Elles demandent quelquefois qu'on les châtie, afin de payer à Dieu dès « monde la peine de leurs péchés. Une ayant été corrigée, on lui demanda ce qu'elle avait pensé de son châtiment. J'ai pensé, dit-elle, que l'on m'aime, puisque lon me châtie pour me faire venir l'esprit, car je n'en ai point, moi, qui ai été instruite, je suis beaucoup plus coupable que ma compagne qui a failli, et qui ne l'a point été.

Vous voyez nos emplois, je vous prie de prendre un grand soin du royaume de JEsus-CHrisT. Obtenez par vos prières la conversion des Iroquois qui lui nuisent beaucoup, et qui ferment les passages, de crainte que ls nations plus éloignées ne viennent se faire instruire. La nation d'Hyroquet n'a pas laissé de traverser les terres de ces barbares, qui ont fait sur eux une décharge

Lie plus de cent coups de fusils, mais Dieu les a si bien

protégés, qu'il n'y en a pas eu un seul de blessé. Je vous écris la nuit, pour (à cause de) la presse des lettres, et des vaisseaux qui vont partir. J'ai la main si lasse qu'à peine la puis-je conduire, c'est ce qui me fait finir en vous priant d'excuser si je ne relis pas ma lettre.

De Québec, le 30 de septembre 1643.

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