‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 67 sur 127 · A UNE DE SES PARENTES, URSULINE DE TOURS · texte numérisé non relu

A UNE DE SES PARENTES, URSULINE DE TOURS

Elle se plaint de ce qu'elle n'a pas passé en Canada, l'occasion s'en étant présentée , et lui dit qu'elle peut gagner autant d'âmes dans sa cellule par ses prières, que dans la Mission par son travail. — L'avantage des croix et des afflictions intérieures.

Ma très-chère Mère et bien-aimée cousine,

L'amour et la vie de JÉSUS pour mon très-affectionné salut.

Votre lettre m'a d'autant plus consolée qu'elle m'a appris des nouvelles qui sont toutes à la gloire de Dieu. J'ai béni sa divine miséricorde d'avoir appelé votre neveu à son service quasi au même temps qu'il y a appelé ma nièce. Je ne vous puis exprimer la joie que mon cœur en a reçue après les hasards que l’un et l’autre ont courus. S'ils retournent dans le siècle c'en est fait : mais je vois qu'ils ont tant de secours et tant de bons conseils, que j'ai sujet d'espérer que Dieu leur donnera la persévérance.

Pour vous, vous êtes toujours Canadienne (c’est-à-dire dans sa pensée, zélée pour l'œuvre du Canada) : pourquoi donc n'avez-vous pas pris une des places qui se présentaient? Car comme nous n'avions demandé aucune en particulier, je crois que toutes celles qui avaient du désir de venir, se sont offertes, et qu'ensuite on a fait

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le choix de celles qui avaient des dispositions plus présentes à cette mission, cependant je ne vois point qu'on ait parlé de vous. Je me persuade facilement que vous êtes tombée dans quelque infirmité, et si cela est, vous ne perdrez pas le fruit ni le mérite de votre vocation, puisque ce n'est pas la volonté qui vous manque. Mais puisque Dieu a permis que les choses soient allées de la sorte, de votre cellule gagnez des âmes à Dieu par vos prières : vous en pouvez plus convertir par ce moyen, que nous par nos travaux, et de la sorte vous nous surpasserez de beaucoup.

Pour ce qui est de vos dispositions particulières, les croix et les dérélictions intérieures (délaissements de la grâce sensible) ne sont pas désavantageuses ; au contraire elles nous font ressembler à JÉSUS-CHRIST. Il ne faut attendre en cette vie que des changements et des vicissitudes continuelles. Lorsque nous serons avec le Dieu de la paix, dégagées des misères de la vie présente, la nôtre ne sera plus troublée, et jusque là il faut se résoudre à tous les événements de sa providence. Courrons donc à cette divine patrie, et ne nous donnons point de trève que nous n'y soyons arrivées : or nous avancerons beaucoup si nous ne nous écartons point des dispositions de ses divines volontés sur nous. Voilà mes pensées et mes sentiments à votre égard, ma trèschère Mère. Aimons-nous en ce divin objet, dans lequel je serai toujours avec plaisir votre.

De Québec, le 3 septembre 1644.

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