LETTRE LXIII
A SON FILS
Elle lui fait l'éloge d’un gentilhomme, qui sous l'apparence d'un courtisan menait une vie fort intérieure. — Le grand nombre de lettres qu'elle écrivait.
Mon très-cher fils,
Il ne mest pas possible de laisser passer aucune occasion sans me donner la satisfaction de vous écrire. En voici une d'un honnête gentilhomme, lieutenant de M. le Gouverneur de la Nouvelle-France, et qui est l'un de nos meilleurs amis. Il m'a promis de vous voir, car il tâche de m'obliger en tout ce qu'il peut. Vous le prendrez pour un courtisan, mais sachez que c'est un homme d’une grande oraison, et d'une vertu bien épurée. Sa maison, qui est proche de la nôtre, est réglée comme une maison religieuse. Ses deux filles sont n0$ pensionnaires : ce sont de jeunes damoiselles qui ont sucé la vertu avec le lait de leur bonne mère, qui est une âme des plus pures que j'aie jamais connues. Je vous dis tout ceci, mon très-cher fils, afin que vous
honoriez M. de Repantigny, c'est ainsi qu'il se nomme, |
et pour vous faire voir qu'il y a de bonnes âmes en Canada. Ii passe en France pour ies affaires du pays
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Mon très-bon et très-cher fils, voilà qu'on va lever
l'ancre, ce qui fait que je ne vous puis dilater mon
cœur selon mon souhait, outre que je suis extrêmement fatiguée du grand nombre de lettres que j'ai écrites, qui montent comme je crois au nombre de plus de deux cents : et il faut faire tout cela sans préjudice de nos observances régulières. Je vous ai déjà écrit quatre autres lettres : celle-ci n'est que pour vous renouveler mon affection, et les grands désirs que j'ai de votre sainteté. Je lis avec bien de l'attention la Règle de votre saint Patriarche. Je ne vous puis dire les consolations que j'en reçois, ni la joie que j'ai de vous voir appelé dans une voie si sainte. Ne vous lassez point de prier pour moi, ni de me recommander aux prières de vos révérends Pères; je les tiens pour miens, puisque ce sont les vôtres.
De Québec, le 15 de septembre 1644.
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