‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 80 sur 127 · A UNE DE SES PARENTES, URSULINE DE TOURS · texte numérisé non relu

A UNE DE SES PARENTES, URSULINE DE TOURS

Comment il se faut comporter quand on perd son directeur. — La manière je connaître et de surmonter les inclinations de l'amour-propre.

Ma très-chère Mère,

La paix et l'amour de JESUS.

J'ai reçu votre lettre, qui m'a donné un grand sujet de bénir Dieu pour les grâces et les faveurs qu'il vous fait. Je trouve bon que le révérend Père recteur des Jésuites vous ait dit ce que je crois que Dieu veut de vous. Votre directeur ordinaire néanmoins étant de retour, je ne doute point que vous n'ayez repris sa direction, et que vous n'en ayez reçu de grandes assistances, aussi bien que tout le reste de la Communauté; car c'est un homme rempli de l'esprit de Dieu, et qui tâche

de l’inspirer à tous ceux qui le communiquent (qui sont f

en communication avec lui). Mais je viens d'apprendre qu'il vous a quittées une seconde fois, pour aller à Paris : c'est dans ces rencontres que l'on pratique un haut dénûment, parce que l'on perd extérieurement et en apparence un grand secours spirituel. Je dis extérieurement, car pour la conduite intérieure, si une âme religieuse sait se connaître, elle avouera par sa propre expérience, pourvu qu'elle soit fidèle à la grâce et aux douces et fréquentes semonces de Notre-Seigneur,

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quelle peut se passer de beaucoup d'appuis, et que ce ve sont pas les créatures qui lui donnent la vigueur intérieure. Il est vrai qu'elles soutiennent quelquefois les sens par quelque paix que l'on en reçoit; mais cette paix n'est pas de la qualité de celle que Dieu donne dans le fond de l'âme : celle-là passe bientôt par l'absence de la créature qui la cause; mais celle qui vient de Dieu demeure solidement dans l'âme, comme Dieu même. Ce n'est pas qu'il n’y ait quelquefois des nécessités qui obligent à chercher du secours auprès des personnes sages et éclairées; et dans ces rencontres Dieu veut qu'on en cherche et qu'on le trouve par la créature. Je crois, mon intime Mère, que vous en usez de la sorte, car il me semble que je vous connais assez pour n'avoir point d’autres sentiments.

Prenez donc bon courage et suivez Dieu en vous quittant vous-même : car nous avons un certain nousmême dans nous-même, lequel est plus préjudiciable à la perfection que toute autre chose. Vous le connaîtrez en étudiant tous les mouvements, tant de votre intérieur que de votre extérieur ; c'est là le vrai secret, car quand une âme a acquis cette connaissance, et que son esprit en est convaincu, elle quitte bientôt ce soi-même pour mettre Dieu en sa place. Alors la pureté de cœur l'emporte par-dessus toutes les souillures qui la tenaient auparavant embarrassée en mille choses de néant. Voilà mes pensées à votre égard; ce que je pourrais vous dire davaziage serait superflu, mais ce ne me &ra pas une chose inutile de me recommander à vos prières. Je suis toute à vous dans le cœur de JÉSus; oui, sans réserve, je suis votre...

De Québec, le 14 d'octobre 1645.

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