‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 81 sur 127 · LETTRE LXXI TARA · texte numérisé non relu

LETTRE LXXI TARA

Pères sor

A SON FILS. l'espace d

tempéré ;

Progrès de la Foi dans le Canada. — Confirmation du traité de paix. — La pareil, YE À précieuse mort des révérends Pères de Nouë et Massé, jésuites, — Vertus de juin. I

de quelques sauvages particuliers.

nouvelles une assoc Mon très-cher et bien-aimé fils, de ces peu | ; les nations Je prie le Roi des saints d'être l'unique objet de votre moins tous amour pour le temps et pour l'éternité. plus parti Le désir que j'ai que vous priiez, et que vous excitiez sion. Or, c

les gens de bien à prier pour cette nouvelle église, me jai voulu

porte à vous faire un petit récit des bénédictions que verse, afin

Dieu continue de verser sur nos sauvages. Cela vous ma faite.

| excitera sans doute de nouveau à louer leur bienfaiteur, de meilleu | et à lui demander pour les uns la persévérance, et pour CHRisT. En les autres la grâce d’une parfaite conversion. Il y a confessé soi apparence que cela n'est pas bien éloigné, puisque nous six mariage

voyons ici tous les jours, à notre grande consolation, les diables de nouvelles nations attirées par les nouvelles de la paix, qui leur rend les passages libres. Le désir qu'ils ont de se faire instruire et de se sauver fait qu'ils demandent des Pères, pour les emmener en leur pays, afin qu'ils y portent les riches trésors de la Foi et de l'Evangile, et qu'ils les mettent au nombre des enfants de Dieu par le moyen du Baptême.

Ceux qui paraissent les plus zélés sont les sauvages

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du côté du nord, dont la mission est à Tadoussac. Je vous en parlai l'an passé; et comme les nations de cette côte, qui résident avant dans les terres, entre des montagnes affreuses et des rochers inaccessibles, viennent se rendre chaque année au printemps en ce lieu-là, les Pères sont aussi exacts à s’y trouver pour les instruire l'espace de trois ou quatre mois, que le temps est plus tempéré; car le reste de l’année il y fait un froid nonpareil, y ayant encore des neiges et des glaces au mois de juin. Il y a quelques jours que j'en demandais des nouvelles au Père qui a le soin de cette mission, ayant une association spirituelle avec lui pour la conversion de ces peuples : car encore que nous embrassions toutes les nations en Celui qui les a créées, nous en tirons néanmoins tous les ans chacune une au sort, afin d'exciter plus particulièrement nos dévotions pour leur conversion. Or, comme cette mission m'est tombée en partage, jai voulu savoir du Père les bénédictions que Dieu y verse, afin de lui en rendre grâces. Voici la réponse qu'il m'a faite. « Je ne puis rien mander de ces quartiers de meilleur que l'amplification du royaume de JEsus- CHRisT. En un jour j'ai baptisé trente Betsamites,; et confessé soixante chrétiens. Je suis sur le point de faire six mariages en face d'église. Je pris avant-hier tous les diables des sorciers, leurs pierres, leurs tambours et semblables badineries (objets frivoles et ridicules), que j'ai fait bouillir, pour leur faire voir combien c'est peu de chose, et afin que ce malin esprit ne paraisse plus dans le pays de ces pauvres gens.

» Les sauvages de Tadoussac font des harangues qui nont point de prix, tant à leurs gens qu'aux nations étrangères, pour les encourager à croire et à embrasser la Foi. Vous les concevriez mieux par les oreilles que

rar les yeux. Remerciez le grand Maître de ce qu'il illumine toutes les nations du nord, car il yen a ici de plus de dix sortes, qui sont de plus de douze journées de Tadoussac, Je ne sais si la fin du monde est proche, mais la Foi s'étend beaucoup. Je n'ai qu'un regret, de voir un si mauvais instrument que moi entre les mains de Dieu, mais priez sa bonté, je vous en supplie, de me rendre plus digne en me faisant miséricorde. Les dévoiions de nos paroissiens sont fort réglées. Il y en a environ soixante qui se sont confessés deux ou trois fois, et comme ils se disposent à communier, ils jeûnent le samedi à ce dessein. Il y en a trente qui ont com. munié pour la première fois, le reste communiera en son temps. Ce m'a été une consolation bien sensible de les voir recevoir ce saint Sacrement avec tant de dévotion et de ferveur, que les Français des deux barques qui sont arrivés, ayant assisté à la messe, à l'eau bénite, et à l'instruction qu'on leur a faite, les ont admirés. Leur police continue dans une obéissance exacte. Ils ont premié 'e, seconde et troisième table. Les personnes de considération mangent à la première, les officiers qui ont servi mangent à la seconde; et les femmes et les enfants à la dernière. Ils ont fait une allée pour se promener après le repas, pour traiter de leurs affaires et pour prier en se promenant.

+ Ils souhaitent passionnément une petite maison à la française pour y loger l'été et serrer leurs hardes l'hiver, pendant qu'ils sont à la chasse. » Jusqu'ici sont les paroles de la lettre du Père.

C'est une chose ravissante de voir nos bons sauvages de Sillery, et le grand soin qu'ils apportent à ce que Dieu soit servi comme il faut dans leur bourgade, que les lois de l'Eglise soient gardées inviolablement, et que

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les fautes y soient châtiées pour apaiser Dieu. L'une des principales attentions des capitaines est d'éloigner tout ce qui peut être occasion de péché, ou en général, ou en particulier. L'on ne va point à la chapelle que lon n'y trouve quelque sauvage en prière, avec tant de dévotion que c'est une chose ravissante. S'il s'en trouve quelqu'un qui se démente de la foi ou des mœurs de chrétien, il s'éloigne et se bannit de lui-même, sachant bien que, bon gré mal gré, il lui faudrait faire pénitence ou être honteusement chassé de la bourgade. Il y a quelques jours qu'un jeune homme eut différent avec sa femme. Ils furent menés devant les capitaines, qui condamnèrent l’homme à être mis à la chaîne dans une cave du fort, et là jeûner trois jours au pain et à l'eau; et la femme fut condamnée à la même peine, qui fut exécutée en notre monastère. Ces pauvres gens firent leur pénitence avec tant de dévotion, que je crois que leur faute leur fut rémise dès le moment que la sentence leur fut prononcée. La femme ne voulut pas seulement une poignée de paille sous elle; car, disaitelle, je veux payer Dieu que j'ai fâché.

Les Attikamek, qui sont aussi du côté du nord, sont convertis et vivent d’une vie extraordinairement innocente. Il y a quatre ans qu'une trentaine descendit ici, où ils furent instruits et baptisés: après quoi ils s'en retournèrent en leur pays, annonçant avec une ferveur apostolique à ceux de leur nation le bien qu'ils avaient rencontré. Ils leur expliquèrent les points de la Foi comme ils les avaient appris, en sorte qu'ils en convertirent un grand nombre, qu'ils amenèrent aux Trois- Rivières pour y être baptisés, ce qui leur fut accordé. Depuis ce temps-là ils sont réglés comme s'ils avaient toujours des Pères parmi eux : aussi viennent-ils de

temps en temps, quoique fort éloignés, pour rendre compte de leur foi et recevoir de nouvelles lumières, On ne peut rien voir de plus zélé, même jusqu'aux enfants.

La paix qui fut faite l'an passé a ouvert la porte aux nations éloignées, qui, sans crainte, viennent en ces quartiers, ravies d'avoir la liberté du commerce et de se faire instruire. Elles demandent toutes des Pères pour les mener en leurs pays. Et déjà en voilà qui partent pour aller aux Abnakiouoïis, qui étaient ci-devant inaccessibles. D'autres vont aux Iroquois, et c'est la chère mission du révérend Père Jogues, laquelle a commencé par l'effusion de son sang, dont il a arrosé cette terre: mais il l'a bien plus sanctifiée par ses vertus héroïques, qui ne seront bien connues qu'au jour du jugement, car ce grand serviteur de Dieu les cache dans son humble silence. Ce peu néanmoins qui en a paru a ravi en admiration ceux mêmes qui l'ont tyrannisé, qui le revoyant de retour de France, et aller en leur pays, l'ont reçu comme un ange du ciel et le regardent comme leur Père.

Mais il faut vous dire quelque chose de ces ambassadeurs qui avaient promis, lorsqu'ils s'en allèrent, de revenir au printemps. Dès qu'ils furent arrivés en leur pays, ils firent leur légation à leurs capitaines de la part de M. de Montmagny, notre Gouverneur, des Français, des Hurons, des Algonquins et des autres nations, qui étaient jointes en ce traité de paix. Voici comme la chose se passa.

Trois jours après leur arrivée dans le premier village, le peuple s’assembla pour écouter la voix d'Ononthio, qui est M. le Gouverneur, par la bouche du sieur Couture; mais avant qu'ils parlassent, on leur fit un présent pour leur graisser le gosier, et ôter la poussière

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DE LA MERE MARIE DE L'INCARNATiON. 283

qu'ils avaient contractée dans le voyage, afin de donner une plus libre sortie à leurs paroles. Après que le.sieur Couture et les autres eurent fait leurs harangues, et offert leurs présents, les Iroquois firent les leurs au nombre de six.

Le premier était pour guérir les pieds des ambassadeurs, que les ronces, les épines et les autres difficultés des chemins avaient ensanglantés.

Le deuxième, pour dire que les haches autrefois levées contre les Français, Algonquins, Hurons et alliés étaient jetées bien loin, afin qu'elles ne fissent plus de mal.

Le troisième témoignait la douleur qu'on avait eue de la mauvaise fille qui n'avait pas été obéissante à sa Mère qui l'exhortait d'écouter la voix de son Père Ononthio, et de considérer sa bonté. Cette effrontée avait bien eu la hardiesse de venir encore cet automne vers Mont-Réal pour lever la hache. C'est-à-dire que sept hommes de guerre de la nation des Oniontcheronons, qui est une petite nation dépendante des Iroquois, se mirent en campagne à leur insu, contre leur volonté, st tuèrent quelques Algonquins, n'ayant pas voulu consentir à la paix.

Le quatrième, pour faire voir la réjouissance de tout le pays, de ce qu'Ononthio avait uni tous les peuples et aplani toute la terre.

Le cinquième, en action de grâces au Père commun, Ononthio l'incomparable, qui avait donné de l'esprit aux Algonquins, ce que nul n'avait pu faire avant lui.

Le sixième, était pour avoir place dans ses maisons et y allumer du feu, c'est-à-dire, pour y être bien venus et y pouvoir converser en assurance avec les Français.

Les présents étant faits et toutes choses conclues, le

sieur Couture s'en retourna avec les Hurons, dix jours après leur arrivée. Etant déjà fort avancés dans le chemin , ils furent contraints de retourner sur leurs pas, parce qu'ils ne trouvèrent pas leurs canots au lieu où ils les avaient laissés pour cheminer à pied, Dieu l'ayant ainsi permis pour donner assurance de la sincérité des Iroquois. Car quelque temps après leur retour au village d'où ils étaient partis, ceux que je viens de dire, qui avaient été en guerre proche de Mont-Réal et qui avaient tué des Algonquins, arrivèrent et demandèrent audience dans le bourg principal, ce qui leur fut accordé. Ils exposèrent le sujet de leur ambassade, qui était de rompre avec les Algonquins. L'un d'eux prit la parole en montrant les chevelures de ceux qu'ils avaient tués. Voilà, dit-il, un de ceux que vous haïssez. Je vous ai entendu dire autrefois que vous aviez si peu de volonté de vous réconcilier avec eux, que si vos âmes se rencontraient en l'autre monde dans un même lieu, vous les persécuteriez encore. J'en dis de même, et afin de vous encourager à tenir ferme, voilà leurs têtes et des cordes pour les lier (c'était un grand collier de porcelaine de cinquante palmes. Ces têtes étaient de plusieurs de nos bons chrétiens de Silleri qui étant cabanés (établis) proche de Mont-Réal, furent tués en trahison par ces misérables.

A ce discours les Iroquois répondirent qu'ils s'étonnaient comment ils avaient eu la hardiesse de leur apporter ces têtes, et que sans doute c'était leur jeter la honte sur le front. Hé quoi! disaient-ils, Ononthio est-il un enfant? Que dira-t-il entendant cette nouvelle? Ne dira-t-il pas : Voilà un trait d'Iroquois! Ils n'ont pas fait le coup, mais ils ont donné la hache à ceux-là pour la faire tomber sur la tête de nos amis. Mais ce n'est pas

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tout, il n'y va pas seulement de notre honneur, mais encore de nos vies. Nos parents sont avec les Algonquins comme en leur propre terre, ne seront-ils pas en danger d'y perdre la vie? Ne les accusera-t-on pas comme auteurs de ces meurtres quand on en apprendra les nouvelles? Allez, retirez-vous avec vos chevelures et vos présents, nul de nous ne les touchera.

Ce procédé nous a fait voir que les Iroquois, quoique barbares, ont recherché la paix avec sincérité. Et de plus, pendant tout l'hiver, à ce qu'a rapporté le sieur Couture, nul n'a parlé de guerre, au contraire, chacun était bien aise de se voir en liberté, et de pouvoir chasser en assurance. Ils ont fait un tel massacre de cerfs, qu'ils en ont tué plus de deux mille. Ils ont donné charge au sieur Couture de dire aux Algonquins et aux

‘Hurons, qu'ils allassent quérir leurs filles et leurs pa-

rentes qui étaient captives parmi eux depuis longtemps.

Couture étant de retour au printemps avec les ambassadeurs iroquois, apporta quantité de présents pour diverses raisons, mais qui se terminaient toutes à une seule qui, était la confirmation de la paix. M. le Gouverneur leur en fit aussi de son côté, pour leur témoigner qu'il agréerait leurs propositions, et que Jde sa part il la maintiendrait de tout son pouvoir ; que ciaprès (désormais) il les aimerait et protégerait comme ses enfants, qu'ils seraient les très-bien venus dans les maisons françaises, qu'ils y trouveraient toujours le feu et la chaudière prête pour leur témoigner le contentement qu'on a de les voir en notre alliance, et que pour leur donner une preuve irréprochable de tout cela, comme aussi de son affection, il désirait non-seulement leur faire entendre cette vérité par lui-même dans le présent conseil, mais de plus qu'il voulait envoyer un

des Pères et un Français des plus considérables pour porter sa parole à tout le pays, et confirmer tous les Iroquois dans les assurances qu'il leur avait données de sa bienveillance. Qu'à cet effet, il avait choisi le Père Jogues qu'il aimait comme lui-même, et honorait comme son Père; et que toutes les assistances et le bon accueil qu'ils lui feraient, il s'en tiendrait obligé comme s'ils l'avaient fait à lui-même. Les Iroquois furent fort contents de ces offres, et témoignèrent à M. le Gouverneur toute sorte de satisfaction et de reconnaissance. Le révérend Père Jogues partit donc avec les Iroquois le 16 de mai dernier, et M. Bourdon, un de nos principaux habitants, partit avec lui, selon la promesse de M. le Gouverneur. Ils souffrirent de grandes fatigues en ce voyage, à cause des sauts d'eau qui obligent de décharger les canots et de les porter sur le dos avec tout leur bagage, car en ces rencontres nul n'est exempt de porter ses paquets. Ils arrivèrent en un lieu où plusieurs Iroquois étaient à la pêche, et dans la compagnie desquels se trouva notre Thérèse, Huronne. Le Père lui parla en particulier, l'interrogea, l'instruisit et l'exhorta à prendre courage, le temps de sa délivrance étant venu, parce qu'il portait sa rançon que nous envoyions à cet effet, non précisément en forme de prix, parce qu'on était obligé de nous la rendre par le traité de paix, mais pour payer sa dépense à ceux qui l'ont nourrie. Elle l'assura qu'elle ne chancelait point en la Foi, qu'elle priait Dieu tous les jours, et qu'elle serait ravie de retourner avec nous pour reprendre de nouvelles impressions des choses de Dieu et de piété. Elle n'avait que treize ou quatorze ans quand elle fut enlevée, et cependant elle a tenu ferme en la Foi, au milieu de cette barbarie, pleine de superstitions diaboliques

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Le Père étant arrivé au pays des Iroquois, fut reçu comme j'ai remarqué plus haut. 11 ft ses harangues et ses présents de la part de M. ie Gouverneur, dans toutes les’ circonstances et coutumes du pays. Les lroquois répondirent à tout avec applaudissement, et il s'y passa beaucoup de particularités que je serais trop longue de rapporter. Le révérend Père n'avait point ordre de parler do la Foi, mais seulement de sintroduire et de leur faire voir qu'il n'avait rien de mauvais dans le cœur pour tous les mauvais traitements qu'ils lui avaient faits, mais au contraire qu'il les aimait comme ses frères et ses neveux, avec qui il voulait bien demeurer, après qu'il aurait fait entendre à Ononthio qu'ils consentaient à ce qu'il désirait d'eux, et que ci-après (désormais) ils ne seraient plus qu'un avec lui et avec ses alliés.

Il faut que je vous parle à présent de la précieus” mort des révérends Pères de Nouë et Massé de la compagnie de JÉsus. Le premier mourut, selon toutes les apparences, le jour de la Purification de la sainte Vierge, étant actuellement dans l'exercice de l'obéissance et de la charité. Il s'exposa au hasard pour ailer depuis les Trois-Rivières jusqu'à Richelieu sur le grand fleuve gelé et glacé, pour confesser les soldats de la garnison, qui étaient demeurés sans prêtre. Il partit des Trois- Rivières le 30 de janvier, accompagné d'un Huron et de deux Français. Le premier gîte fut à six lieues des Trois-Rivières, dans le lac de Saint-Pierre, du côté du nord. Après qu'il eut pris un peu de repos, il partit sur les deux heures après minuit, à dessein de prendre le devant et de donner avis à ceux de l'habitation de venir quérir ce qu'on leur envoyait, et que ceux de la compagnie du Père avaient traîné sur la glace depuis les

Trois-Rivières. La charité de ce bon Père et l'ardeur de son courage le firent plus penser aux autres qu'à luimême. Il refusa ce qu'on lui voulait donner, savoir : un peu de vin et de lard cuit. Il laissa son fusil à faire du feu, et sa couverture, dont les .aissionnaires se servent en guise de manteau quand ils vont en mission l'hiver dans les bois et dans les neiges. Il se contenta pour toute provision d'un morceau de pain et de cinq ou six pruneaux, et pour tout habit d'une simple camisole sous une simple soutane, dans ja rigueur d'un froid extrême, sur un fleuve glacé. Il marchait à la faveur de la lune, tirant du côté du nord de cap en cap, lorsque le ciel commença à se couvrir, et la neige à tomber en telle abondance, qu'elle lui ôta la vue de l’île. Les deux soldats qu'il avait laissés derrière ne partirent que trois heures après lui, et cheminèrent encore plus de deux heures de nuit avec autant de crainte que de difficulté, parce qu'ils étaient nouveaux dans le pays, et qu'ils ne pouvaient marcher avec des raquettes sur la neige, où de plus ils ne voyaient point les vestiges du Père. L'un d'eux, qui avait déjà fait le chemin de Richelieu, s'avisa de se servir d'une boussole pour gagner le milieu du lac, et tirer droit aux îles avec son compagnon et le Huron. La nuit les surprenant avec la lassitude, ils couchèrent dans la neige au bout de l'île de Saint-Ignace, qui est à l'opposite de l'habitation de Richelieu. Le Huron, plus fort et plus accoutumé à la fatigue, donne jusqu'au fort, et demande le Père, lequel n'ayant point paru, mit le capitaine et tous ses gens en grande peine tout le reste de la nuit. Le lendemain, on va au-devant des deux soldats, qu'on trouve avoir passé la nuit sans feu, et comme à demi-morts. On les conduit au fort, où ils furent bien surpris de ne point

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trouver le Père. Ils crurent qu'il avait passé le lac, pour être plus en assurance du côté du sud. Dans cette pensée on dépêche plusieurs personnes qui passèrent tout le jour et une bonne partie de la nuit à le chercher. On crie, on l'appelle, on tire pour se faire entendre, mais en vain. Le jour d’après la fête de la Purification, un soldat prit la résolution d'aller jusqu’au lieu où le Père avait couché la première fois, et là, reconnaître ses pas afin de les suivre. Il prit avec lui deux Hurons qui le suivirent courageusement et heureusement, car ils reconnurent les vestiges des raquettes huronnes, dont le Père se servait, et suivirent cette piste vers le nord, toujours dans le lac et dans les îles. Ils rencontrèrent entre une île et la terre ferme plusieurs chemins que le Père avait tracés comme une personne égarée qui tâche de se reconnaître. Après avoir battu les mêmes pistes, ils trouvèrent le même lieu où il avait couché, qui était un peu de sapin sur la terre, d'où il avait Ôté la neige. Ils continuèrent et passèrent à la vue du fort de Richelieu sur les vestiges du Père jusqu'au lieu appelé le Cap de Massacre, une lieue au-dessus de Richelieu. Il est à croire au? la neige et la brune lui avaient Ôté la vue de l'habitation, ou que sa grande faiblesse, causée par les travaux du voyage qu'il avait fait sur des raquettes, ne lui avait pas permis de reconnaître le lieu où il était.

Quoi qu'il en soit, on trouva encore vers le Cap de Massacre une place où il avait reposé; et à trois lieues de là, tirant au haut de la rivière, son corps fut trouvé mort à genoux sur la terre, dans une fosse entourée de neige, sur laquelle il était appuyé. Il est probable que s'étant mis à genoux avant que de rendre l'esprit,

le poids de son corps, ayant expiré (après quil eut

expiré), l'avait mis en cette posture. Ses raqueites et son chapeau étaient proche de lui, et il avait encore en sa poche le pain qu'il avait pris pour son viatique. Le bon soldat, après avoir prié Dieu, et fait une croix à l’arbre, proche lequel était le corps, l'enveloppa dans une couverture, et le mit sur un traîneau en la même posture qu'il l'avait trouvé. Ille mena aux Trois-Rivières, où tout le monde fut comblé de tristesse, et de consolation tout ensemble : de tristesse, voyant ce bon Père qui n'avait point de plus grand soin, jour et nuit, que d'obliger tout le monde, être ainsi mort, abandonné de tout secours humain et de consolation; regardant ce corps en la posture où l'on dépeint ordinairement saint François Xavier, les bras croisés sur la poitrine, les yeux ouverts et fixés vers le ciel, qui seul avait été le témoin de son agonie, et l'attendait pour le couronner de ses travaux. Sa face ressemblait à un homme, qui est en contemplation, plutôt qu'à un mort. Tous fondaient en larmes, voyant un spectacle si dévot. Nous avons oui dire à des Pères qui étaient alors aux Trois- Rivières, qu'ayant approché son corps du feu pour le faire dégeler, afin de le mettre dans le cercueil, il devint aussi vermeil que s'il eût été en vie, et si beau qu'ils ne se pouvaient lasser de l'embrasser.

Le bon Père était âgé de plus de soixante-cinq ans. Il était dès sa jeunesse en ce pays, où il a souffert de grands travaux, en jetant les premiers fondements de cette Eglise avec le bon Père Massé, qui est aussi mort en cette même année, âgé de plus de soixante-dix ans. Outre les famines qu'il leur à fallu endurer, les naufrages qu'ils ont soufferts sur la mer, la prise des Auglais qui les ont rançonnés, ils ont jeté les fondements d'une Eglise, où il se rencontre des croix au-delà

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de ce qui se peut imaginer. Et néanmoins ni les peines, ni les travaux, ni les persécutions n'ont jamais pu donner d'atteinte, ni d'altération à leur courage.

Un seigneur de haute qualité de France, voulant attirer proche de soi le Père de Nouë par les instances qu'il en faisait auprès de ses supérieurs, et lui en ayant même écrit l'année dernière d'une manière si pressante, qu'il croyait le gagner tout d'un coup, il lui fit une réponse très-sèche pour le dégoûter de ses poursuites, et il demandait tous les jours à Dieu quil le retirât plutôt du monde, que de permettre qu'il fût ôté de sa chère mission, et pour gagner le cœur de Dieu et le fléchir à lui accorder cette grâce, il faisait continuellement des actions héroïques, qui tenaient tout le monde en admiration. On croit que Dieu a exaucé ses vœux par cette précieuse mort. Mourir seul et délaissé dans l'exercice de la charité et de l'obéissance, n'est-ce pas être semblable à JÉsus-CHRIST? Pour le Père Massé, il est mort de sa mort naturelle, mais en priant Dieu. $a vie a été toute sainte, et même accompagnée de miracles. Comme je connaissais très-particulièrement cs grands serviteurs de Dieu, leur mort m'a beaucoup occupé l'esprit, mais d'une occupation si douce, qu'il me semblait que je ressentais quelque chose de jleur gloire, comme j'ai ressenti l'odeur de leurs vertus, lorsqu'ils étaient parmi nous en cette vie.

Je viens de dire adieu à un de nos révérends Pères, qui s'en va commencer la mission de saint Ignace aux Abnakiouois, accompagné seulement des sauvages de de cette nation, qui sont venus demander qu'on l’envoyât

(1) En 1869, Messieurs les abbés Laverdière et Casgrain ont cru avoir trouvé, dans l'emplacement de la première chapelle du village de Sillery, construite en

1640, les restes du Révéreud Père Massé. On y à élevé un monument convenabie,

en leur pays pour leur enseigner le chemin du ciel. C'est un grand pays, où l'on n'avait pu encore avoir entrée. Ils sont venus par un mouvement de Dieu tout particulier. Un ou deux de nos bons chrétiens les allèrent voir ces années dernières pour leur parler de Dieu, mais ils ne les écoutaient pas seulement. Cette semence néanmoins a été bénie pour le temps du dessein de Dieu, car nous espérons qu'elle va produire son fruit. Il y a proche d'eux un nombre d'Anglais, qui occupent en diverses habitations plus de deux cents lieues de pays sur la côte de la mer, et qui font ce que les Français font ici pour la traite des peaux. Quand ils ont su que les sauvages venaient ici demander des Pères, ils les ont encouragés, disant qu'ils ne pouvaient mieux faire. C'est qu'il y a parmi eux (à ce qu'on dit) un grand nombre de catholiques secrets, ce qui donne espérance d'y faire un double fruit.

Les lettres que nous avons reçues des Hurons, nous ont appris qu'on a découvert un nouveau pays, et que l'on en a trouvé l'entrée. C'est la nation des gens de mer appelés en sauvage Ouinpegouek ikimouek. Ce sera une grande mission, où l'on espère s'étendre avec avantage, parce que ces peuples sont nombreux et

sédentaires, par le moyen desquels on en découvrira

encore d'autres pour les donner à JÉsus-CHRIST, car on y va travailler fortement. Et même l'on va risquer de courir sur une grande mer qui est au-delà des Hurons, par laquelle on prétend trouver le chemin de la Chine. Par le moyen de cette même mer, qui est douce, on espère encore découvrir plusieurs pays sur les côtes et dans les terres. Si Dieu fait réussir cette entreprise cette année, et que Dieu me conserve la vie. je vous ferai part de ma joie; car mon unique souhait

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est le progrés et la consommation du royaume de Jésus-CHRisT, et ensuite de vous dire ce que j'en sais, afin que vous vous joigniez à moi pour le dessein de la plus grande gloire de Dieu, qui est dans le salut des âmes rachetées du sang de son Fils unique. Je vous conjure d'en poursuivre (solliciter) sans trève la conversion. Ah! que je serais contente si l'on me disait que vous eussiez donné votre vie pour une si bonne cause! Et moi, que je serais heureuse si j'étais trouvée digne d’être mise en pièces à ce sujet! Priez pour votre très-indigne Mère, afin qu'elle ne mette point d'obstacle aux desseins de Dieu. ”

Mais il faut descendre au particulier, et vous dire quelque chose de nos fonctions tant à nos parloirs que dans le séminaire. Les Hurons qui descendent ici sont presque continuellement à notre parloir, qui est le lieu destiné à leur instruction. C'est là la mission de la Mère Marie de Saint-Joseph, qui sait la langue. Aussi ces bons néophytes et catéchumènes la tiennent pour leur mère. L'an passé, un capitaine nommé Jean-Baptiste, descendit avec toute sa famille, pour assister au traité de paix avec les Iroquois. Tout l'hiver il nous a donné le moyen d'exercer les œuvres de miséricorde tant corporelles que spirituelles; car bien qu'il fût capitaine et homme de considération parmi les sauvages, étant néanmoins hors de son pays, il avait besoin de tout : car ces gens-là ne se chargent de rien que de leur traite (provision de ce qu'ils ont à vendre), pour la grande difficulté des chemins. Je ne vous saurais dire le zèle qu'ils ont pour la foi et pour la pratique des actions de piété. Mais ce que nous avons le plus admiré en eux, c'est la tendresse de leur conscience, et le soin qu'ils ont d'éviter jusques aux moindres fautes, ou de s'en confesser au plus tôt

quand ils les ont commises. Une fois la simplicité du bon Jean-Baptiste nous donna de la consolation, et nous fut tout ensemble un petit sujet de divertissement, Etant sur le point d'aller à la chasse, quelques personnes qui lui avaient promis de lui donner ce qui lui serait nécessaire pour son voyage, qui devait être de plusieurs jours, lui manquèrent de parole justement sur le point qu'il devait partir, ce qui lui fit bien de la peine, jusqu’à lâcher quelques paroles d'impatience. Etant revenu à soi, il en eut tant de douleur, qu'il s'en voulut confesser sur l'heure. Maïs son confesseur étant absent, et n'y en ayant point d'autre pour l'entendre, il vint trouver celle qui avait coutume de l'instruire, pour lui dire son péché, et la prier de le dire à son confesseur, quand il serait de retour, l’assurant que de sa part il était extrêmement triste d'avoir péché, quil avait beaucoup demandé pardon à Dieu, et qu'il tâcherait d'être mieux sur ses gardes à l'avenir. La Mère de Saint-Joseph le consola, et lui fit faire encore des actes de contrition, puis il partit en paix. Quand il eut fait deux lieues de chemin, il apprit que son confesseur était de retour; il quitte la compagnie et revient à grands pas se confesser, disant qu'il n'aurait pas fait son voyage en repos si, sachant que son confesseur était à la maison, il ne se fut pas confessé de ses impatiences.

Un autre Huron, qui n'avait point encore été instruit, mais qui avait un extrême désir de l'être, fut donné à la Mère de Saint-Joseph, qu'il regarda dès lors comme sa mère, à qui il rendait une obéissance si ponctuelle, qu’il n’y avait rien qu'il ne fit de ce qu'elle lui ordonnait,; et personne n'avait assez de crédit sur son esprit pour lui faire entreprendre quelque chose qui dût inter-

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rompre le temps et l'heure de ses instructions, si elle ne l'agréait. Quelques raisons particulières l'obligèrent un jour d'aller à la chasse avec des Algonquins, mais il ne voulut point s'y engager sans la licence de sa mère. Attendez, leur dit-il, Marie ne m'a pas donné congé, je m'en vais le lui demander. Elle lui donna la permission, et il partit aussitôt. Il ne passa pas un jour, durant son absence, sans dire son chapelet et faire ses prières. Il repassait continuellement dans son esprit ce qu'on lui avait appris des mystères de notre sainte Foi, dans la crainte qu'il avait de les oublier, et que cela ne retardät son baptême. A son retour, il n'eut pas plus tôt mis le pied hors du canot, qu'il vint à notre grille avec des joies nonpareilles, demander celles qui le désiraient enfant de Dieu. Ah! ma mère, dit-il à sa maîtresse, j'ai beaucoup péché depuis que je ne vous ai vue, car dans les désirs que j'avais de vous voir, et d'être instruit pour être baptisé, j'ai souvent demandé de m'en revenir, et cela m'étant refusé, j'étais triste, et je ne souffrais pas assez en paix de voir l'effet de mes désirs retardé. D'autres Hurons le voulant une autre fois mener à la chasse aux castors, l'en priaient avec instance, lui promettant qu'il ferait un grand gain en ce voyage. Il vint à son ordinaire demander congé à sa mère, qui lui dit que s’il ne désirait pas être sitôt baptisé, elle n’y voyait pas grard inconvénient; mais que si ses désirs pour le baptême étaient teis qu'il lui avait fait entendre, elle ne croyait pas que ce fût une bonne disposition à cette grande grâce, d'aller ainsi se promener sous prétexte d'un gain temporel. Alors il iui répondit d'un courage ferme et résolu : Il est conclu que je n'y irai pas; je n’ai point d'affaires plus pressées que celle de mon salut et de mon

baptême; je ne désire point emporter en mon pays d'autres richesses que celles de la Foi, et l'honneur d'être du nombre des enfants de Dieu. Depuis ce temps-là, il ne manqua pas un jour de venir à l'instruction, et Notre-Seigneur, bénissant sa bonne volonté, lui donna une mémoire si heureuse pour retenir tous nos mystères, qu'il était rare qu'on lui dît deux fois une chose, la retenant dès la première. Enfin, le jour de son baptême, qu'il avait tant désiré, étant venu, qui fut le lendemain de la Pentecôte, il ne se peut dire avec combien de joie il reçut cette insigne faveur : ses paroles, ses actions, tout son extérieur rendait témoignage du contentement de son cœur. Depuis ce temps-là, il s'est confessé deux fois la semaine, et aujourd'hui on l'instruit pour la communion, qu'on se réserve à lui faire faire pour la première fois en son pays avec solennité. Notre petit séminaire a eu cette année de l'emploi aussi bien que les précédentes. Notre plus grande moisson c'est l'hiver, que les sauvages, allant à leurs chasses de six mois, nous laissent leurs filles pour les instruire. Ce temps nous est précieux, car comme l'été les enfants ne peuvent quitter leurs mères, ni les mères leurs enfants, et qu'elles se servent d'eux dans leurs champs de blé d'Inde et à passer leurs peaux de castors, nous n’en avons pas un si grand nombre. Nous en avons néanmoins toujours assez pour nous occuper. La doyenne, et comme la capitainesse de cette troupe de jeunes néophytes, était une petite fille du premier chrétien de cette nouvelle Eglise, que son père et sa mère vouèrent dès sa naissance. Elle nous fut donnée dès l’âge de deux ans, à cause de la mort de sa mère, et nous l'avons élevée environ trois ans, dans le dessein de la faire religieuse, à cause du vœu de ses parents,

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au cas qu'elle en eût la volonté. C'était le meilleur et le plus joli esprit que nous eussions encore vu depuis que nous sommes en Canada. A peine savait-elle parler quelle disait toute seule les prières sauvages par cœur, et même celles que nous faisons faire aux filles françaises. Ce qu'elle entendait chanter en notre chœur, elle le savait quasi au même temps, et elle le chantait avec nous sans hésiter. Les personnes de dehors la demandaient pour la faire chanter, et elles étaient ravies de lui entendre chanter des psaumes entiers. Elle répondait parfaitement au catéchisme, en quoi elle était la maîtresse de ses compagnes; et quoiqu'elle ne fût âgée que de cinq ans et demi, sa maîtresse l'avait établie pour déterminer des prières, et pour les commencer toute seule à haute voix, ce qu'elle faisait avec une grâce merveilleuse, et avec tant de ferveur qu'il y avait de la consolation à l'entendre. Mais notre joie a été bien courte, car une fluxion qui lui est tombée sur le poumon, lui a bientôt fait perdre la voix et la vie. Cette innocente a été six ou sept mois malade, durant lesquels elle a été si patiente, si obéissante et si raisonnable, que cela ne serait pas croyable à ceux qui ne l’auraient pas vue. Ayant demandé un Père pour se confesser, on lui en fit venir un, qui fut tout surpris de voir l'attention, la dévotion, et la maturité, avec laquelle elle faïsait cette action. Quelque pressée et abattue qu'elle fût du mal, elle n'a jamais refusé de prier Dieu qu'une heure ou deux devant sa mort, qu'elle eut une oppression fort inquiétante; mais quand on lui eut dit que c'était le diable qui la tentait, afin qu'elle n'obéit pas, au même temps elle joignit les mains, et fit tout ce qu'on voulut. Lorsque nous la visitions, pour nous témoigner l'amour qu'elle nous portait, elle nous disait

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ce qu'elle demanderait à Dieu pour nous quand elle serait dans le ciel, où elle était bien aise d'aller. Etant sur le point d'expirer, on lui demanda si elle aimait Dieu, et elle répondit avec une aussi grande présence d'esprit qu'une personne âgée : Oui, je l'aime de tout mon cœur, et ce furent là ses dernières paroles. Son père ayant été blessé en trahison par quelque étranger, mourut un peu avant elle avec de grands indices de sainteté. Depuis la mort de son père, quand on lui parlait de ses parents, elle disait : Je n'ai plus d'autres parents que les filles vierges habillées de noir; ce sont mes mères, mon père me l'a dit avant sa mort, et m'a commandé que je leur obéisse, et qu'il me donnait à elles, afin qu'elles fussent mes mères. Elle tirait un si grand avantage de la créance qu'elle avait que son père était au ciel, que quand elle avait quelque petit différend avec ses compagnes, elle leur disait par reproche : Mon père est dans le ciel, mais le vôtre n’y est pas. C'étaient là ses vengeances enfantines. Il faut vous avouer que la mort de cette innocente, quoique nous la croyions au ciel, nous a touchées, comme aussi tous nos amis; car elle était connue et aimée des Français et des sauvages, qui ne la regardaient que comme une petite Ursuline, puisqu'elle en faisait déjà les fonctions dans un corps d'enfant.

Enfin Notre-Seigneur nous fait cette grâce, que notre séminaire est le refuge des affligés et des oppressés; car s'il y a quelque fille qui soit en danger de perdre ou la vie, ou l'honneur, ou les bonnes grâces de ses parents, ou enfin qui soit en quelque peine que ce soit, les capitaines, qui ont l'œil à ce que leurs gens vivent en vrais chrétiens, nous les amènent, afin de les garder et de les instruire. Bénissez cette bonté souveraine

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de tous ses bienfaits, et intéressez-vous avec moi dans la cause de JÉSUS-CHRIST, et dans l'amplification de son royaume. Vivons et mourons pour ce sujet.

De Québec, le 10 de septembre 1646.

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